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mercredi, 16 juin 2010 18:56

La nigérienne de la semaine : Diallo Amina Djibo

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Diallo_Amina_1Quel a été votre parcours académique ? Je dispose d’un baccalauréat  de la série Littéraire, que j’ai obtenu ici même, à Bruxelles au Lycée Français. J’ai fait mes études universitaires en Belgique  à l’ULB où j’ai obtenu les diplômes suivants: Diplôme d'Études Supérieures Spécialisées DESS (Master) en politique internationale, Diplôme d'Études Approfondies DEA (Licence Spéciale Belge) en Coopération au Développement et d’une Maîtrise (Licence belge) en Science Politique et Relations Internationales.
Par ailleurs j’ai, plus récemment, obtenu un Master en gestion de projet dans une école de formation au Niger, en partenariat avec l’Université du Littoral- Côte d’Opale.

Qu'est ce qui vous a poussé vers la diplomatie 

Un peu de tout : des références familiales et mon intérêt pour les discussions difficiles, les techniques de négociations et le souci permanent de résoudre les conflits. J’ai surtout le modèle des diplomates chevronnés dont je suis proche.

Quels sont les facteurs qui ont orienté  votre carrière?

Ayant bénéficié d’une bourse d’études nigérienne  pour mener mon premier cycle d’études universitaire, j’ai été orientée vers le Ministère des Affaires Étrangères et je  me suis destinée à la carrière de diplomate. Ce choix était relativement tangent car j’étais davantage intéressée par la littérature et le dessin bien que je me sois rangée à des conseils d’orientation vers la science politique et les relations internationales. Après mon service civique, j’ai rejoint mon ministère d’affectation où j’ai eu la chance d’être « prise en main » sinon encadrée par des supérieurs exigeants, minutieux et qui me poussait à tirer le meilleur de moi même. J’ai ainsi appris à apprécier le travail d’analyse politique et particulièrement les méthodes et stratégies de négociation. Il revient à un de mes anciens patrons (Ministre des Affaires Étrangères ) de m’avoir incitée à chercher d’autres expériences car il ne cessait de nous répéter que nous ne serions jamais des bons diplomates , nous ne pourrions jamais « vendre « le Niger à l’extérieur si nous ne connaissions pas le Niger profond. Lorsque l’opportunité s’est offerte, j’ai consacré près de 10 années à travailler avec les femmes des zones rurales dans un projet de micro-crédit Ceci m’a permis d’avoir une vision plus riche de mon travail.

Diallo_Amina_4Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales?

Depuis avril 2008, j’occupe les fonctions de Fonctionnaire de liaison autour du partenariat Afrique/ UE à la Mission Permanente de l’Union Africaine  à Bruxelles. Je suis présentement en train de regagner le Niger.  Auparavant j’ai occupé, 4 années durant, le poste d’Expert société civile au Programme Bonne Gouvernance et Croissance mieux répartie/PNUD  (Niamey). Précédemment, j’ai occupé la fonction de Directrice Europe au Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération. Ainsi que celle de Consultante et d’assistante technique du Projet Promotion des Organisations et Activités Féminines (PPOAF) de l’UE à Niamey. J’ai débuté ma carrière comme Fonctionnaire du Ministère des relations extérieures en 1984.

Quelles sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant  que fonctionnaire internationale ?

Les quelques difficultés relèvent de la langue de travail qui est en très grande majorité la langue anglaise et de la nécessité de s'adapter à des personnalités diverses ainsi qu’à des conditions de travail souvent différentes, exigeantes et stressantes. Il m’est arrivé de passer des moments difficiles dus à des incompréhensions liées à des approches socio- culturelles différentes. Mais somme toute, j’apprécie beaucoup la richesse et les exigences de ce milieu. En outre, des éléments facilitateurs proviennent de ma flexibilité, de ma polyvalence et de ma capacité d’adaptation liées à une faculté à créer des réseaux de contacts. Ayant par ailleurs une profonde aversion des conflits, je tente souvent de parvenir à mes objectifs de la manière la plus consensuelle qui soit ; ce qui est fortement conseillé dans notre métier.

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?

L’important, c’est de se doter d’une vision, de croire en sa mission quelle que soit la situation où l’on se trouve. La vie nous enseigne que l’on peut tirer le meilleur de soi- même si on le désire.

Quel rôle a joué  le Niger dans votre parcours de diplomate?

Le sentiment que, jusqu’à ce jour, l’Afrique et le Niger souffrent d’une injustice liée à l’image quelques fois délétère qui y est associée. De façon quasi permanente,  je réfère mon travail de diplomate ou mon quotidien à mon pays. A titre d’exemple, lorsqu’un étranger admire mes bijoux nigériens, je prends 10 minutes (particulièrement en Belgique) pour lui expliquer la provenance du bijou, la localisation géographique du pays, la diversité culturelle, etc... C’est devenu un réflexe et pour moi je suis convaincue que le travail souterrain du diplomate / négociateur qui est quelquefois sous-estimé doit s’orienter désormais vers une communication proactive. Le Niger constitue un défi constant car il y a comme vous le savez les nombreux obstacles liés à son développement économique, à la consolidation de sa démocratie et à la préservation de sa paix et de sa sécurité pour lesquels il convient de faire un plaidoyer permanent tout en donnant aux partenaires des gages de bonne volonté.

Diallo_Amina DjiboQuelles sont les valeurs qui vous ont guidées ?

L’amour du travail bien fait, les exigences liées au travail de diplomate, le sentiment de se rendre utile à son pays et particulièrement aux populations envers lesquelles le volet coopération de la diplomatie doit nécessairement être totalement orienté.

Quels constats faites-vous aujourd'hui de  la diplomatie au Niger,  en Afrique et dans le monde ?

Pour ce qui concerne le Niger, notre diplomatie a eu, à plusieurs reprises, à s’investir dans des discussions difficiles dont certains aspects relèvent du dialogue politique  selon  la terminologie de l’Union européenne. A ces occasions, elle a fait montre de professionnalisme et de combativité en vue de préserver les intérêts du Niger. Il faut d’ailleurs saluer le fait que les équipes de négociateurs ne soient plus uniquement constituées de diplomates stricto sensu mais comprennent des représentants de diverses institutions  et de différentes structures qui apportent un plus. Il s’agit donc d’une diplomatie active qui se saisit de tous les défis de l’heure (tels la crise alimentaire, les questions de sécurité, d’intégration sous-régionale) et qui est déterminée à s’ouvrir à des nouveaux partenariat, ceci malgré le fait que notre diplomatie souffre encore de la faiblesse des ressources et que sa représentation extérieure soit encore insuffisante au point de vue géographique.

Au niveau de l’Afrique, ce Continent avance sans complexe et ose davantage s’affirmer sur la scène internationale en réclamant une représentation plus équitable au sein des institutions internationales. C’est grâce à la pugnacité des négociateurs africains que les propositions formulées par l’Union Africaine et donc ses États membres ont d’ailleurs été examinées lors des récentes discussions du Sommet de Nice. En outre, la diplomatie africaine parvient progressivement à ouvrir ses partenariats, à sortir du carcan de ses partenaires traditionnels en vue d’arriver à des partenariats gagnant-gagnant. 

Sans nul conteste, ces 10 dernières années ont vue une diplomatie africaine plus forte qui amène l’Europe et les autres partenaires occidentaux à reconsidérer davantage ses liens traditionnels avec notre Continent.

Que pensez-vous de  la diplomatie. au Niger ? En quoi  est-il un atout pour la population en général, et de la diaspora nigérienne en particulier?

L’atout premier d’une diplomatie efficace est de parvenir à l’atteinte de ses objectifs politiques, économiques, sociaux, culturels etc.... par le biais de la négociation et par une minimisation de tous les risques et obstacles éventuels. Notre diplomatie visant la paix, la sécurité, le bon voisinage, la mobilisation de ressources externes, en bref le développement socio-économique du Niger, l’atout me semble évident pour le Niger. 

S’agissant de la diaspora, elle bénéficie directement des retombées d’une diplomatie visant à garantir de bonnes sinon d’excellentes relations entre le Niger et le pays d’accueil. Et même lorsque notre diaspora rencontre des difficultés, dès que les services extérieurs du MAEC  disposent de touts les éléments requis, ils sont les premiers concernés pour agir en faveur des ressortissants nigériens partout dans le monde. Seulement j’ai l’impression qu’un petit déficit d’information ou des contacts limités ne permettent pas d’exploiter pleinement le potentiel de collaboration.


Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?

Qu’ils prennent davantage confiance en eux mêmes et qu’ils se départissent de l’afro pessimisme ambiant. Ils doivent internaliser que  notre Continent a de l’avenir. Ils en sont d’ailleurs l’avenir. Je leur dirais qu’en dépit des difficultés qui les assaillent ils  doivent s’investir dans les études car la formation de ressources humaines compétentes est essentielle pour notre pays. Ils doivent également s’engager dans la mobilisation citoyenne et contribuer à consolider notre mode de gouvernance. Ce sont les nigériens qui feront le Niger et aucun partenaire au développement, aucun assistant technique venu de l’extérieur ne prendra plus à cœur l’avenir de ce pays que ses propres ressortissants.

Diallo_Amina DjiboAvez-vous des solutions, des projets ou  plans  pour aider la diaspora  Nigérienne ?

Il paraît opportun au préalable, de saluer les diasporas en  général et la diaspora nigérienne en particulier. Pour moi, cette composante est formée de personnes qui ont décidé d’agir pour améliorer leur situation. Une bonne fraction a réussi à s’implanter dans le pays d’accueil et à gagner des ressources qui permettent à ceux, restés au pays de couvrir certains de leurs besoins. Je pense que cette diaspora a désormais gagné en maturité et recèle en elle-même des projets et des plans d’action. Je n’aurais donc pas de solutions toutes faites mais quelques pistes. Parmi celles-ci, c’est bien sûr de parvenir à une situation stable et légale dans le pays d’accueil qui leur permettra à moyen terme de mettre en place des projets de co-développement car il existe une multitude de fondations européennes dont il conviendrait d’orienter les ressources vers le Niger. La structuration ou l’organisation est essentielle pour le partenariat en vue de voir la diaspora se constituer en   des interfaces crédibles. Certaines questions stratégiques pourraient de fait être traitées au niveau de réseaux constitués au sein de la diaspora. Actuellement, l’Union Africaine en partenariat avec la Banque Mondiale et l’Union Européenne réfléchit à la question des instituts de transfert des fonds de la diaspora africaine. Il s’agit d’un dossier extrêmement important et je pense que les diasporas doivent anticiper les débats, s’organiser pour formuler des propositions afin de veiller à les orienter selon leurs propres idées.

Le mot de la fin

Mes encouragements à votre site internet. Continuez à diffuser des informations actualisées et de qualité. Veillez à maintenir le professionnalisme et demeurez en contact avec tous les acteurs engagés dans la défense des intérêts du Niger. Vous jouez en effet un rôle essentiel pour promouvoir une image plus positive de notre pays tout en contribuant à asseoir les idéaux de gouvernance par le biais des médias.

Mme Diallo Amina Djibo Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Réalisée par Boubacar GUEDE

Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15