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samedi, 03 juillet 2010 06:37

Le Nigérien de la semaine : Seidik ABBA

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Abba SeidikComment souhaitez-vous vous présenter aux internautes de Nigerdiaspora ? Je suis à la fois journaliste, chercheur associé et essayiste. Mon engagement associatif m’a également amené à assumer depuis plus de cinq ans les responsabilités de chargé de mission auprès de la présidence de l’Association de la presse panafricaine(APPA), une structure qui regroupe les correspondants de la presse africaine à Paris. S’agissant de mon activité de journaliste, sans doute la plus connue du grand public, je dirige le Bureau de l’Agence panafricaine d’information (PANAPRESS)  à Paris tout en étant le correspondant  en France du service hausa de Radio France internationale RFI (RFI). J’interviens également, à la demande, sur plusieurs médias internationaux dont TV5, France 24, Africa 24, 3A Télésud. Même si elle est moins connue, mon activité de chercheur associé m’a amené à travailler dans une équipe de recherche du Laboratoire des Sciences de la Communication (LSC) de l’université de Valenciennes appelée « Pont avec l’Afrique » ( P2A). En tant que chercheur, j’ai présenté des  communications sur différents thèmes à l’université de McGill au Canada, à l’Université d’Athènes ainsi qu’à l’université de Montréal. Ces  communications  ont été par la suite publiées dans des Actes.


 

«Tous les jours, je réfléchis au meilleur moyen de me rendre utile au Niger » Seidik ABBA

Quel a été votre parcours académique?
J’ai effectué mes études primaires à Diffa ; mes études secondaires au Collège d’enseignement général (CEG) de Maïné-Soroa et au Lycée de Diffa. Après l’obtention de mon baccalauréat, je suis rentré à la Faculté des Lettres et sciences humaines de  l’Université Abdou Moumouni  de Niamey (UAMD) où j’ai obtenu une Maîtrise de Lettres modernes. Plus tard, j’ai obtenu mon Diplôme d’études approfondies (DEA, ancienne dénomination) en Littérature comparée à la Sorbonne. Dirigé par le Pr Jacques Chevrier, mon travail de recherche a porté sur « Allah n’est pas obligé… » de feu  Ahmadou Kourouma, écrivain ivoirien  distingué par le  prix Renaudot en 2000. J’ai obtenu la même année un DEA en Sciences de l’information et de la Communication (SIC) à l’Université de Valenciennes. J’ai par la suite préparé et soutenu une thèse de doctorat en SIC sous la direction de Mme le professeur Sylvie Leuleu-Merviel.

Qu'est ce qui vous a encouragé à continuer dans cette voie ?
Comme le dit une expression familière, l’appétit vient en mangeant. Mon souhait a toujours été d’avoir la légitimité  scientifique qui m’autorise à m’exprimer dans la discipline que j’ai choisie.

Abba SeidikPouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences internationales?
On peut situer le début de ma carrière internationale à juillet 2001 lorsqu’après une évaluation d’un mois  la PANA décide de  m’intégrer dans son Bureau à Paris. Cette position m’a permis de nouer par la suite des relations de travail avec plusieurs autres institutions internationales comme l’UNESCO, l’OIF, la CNUCED… J’ai également participé à des jurys internationaux d’attribution de prix à des journalistes. S’y ajoutent mes expériences de journaliste stagiaire à la Société de Radio Canada (SRC/CBC, Montréal), à l’Institut national de l’Audiovisuel (INA, Bry-sur-Marne) et à  la Fondation journalistes en Europe (JE, Paris).

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tant  que fonctionnaire international?
Comme beaucoup de mes compatriotes, j’ai souffert au début de mon activité internationale de mon parcours quasi exclusivement francophone. En effet, j’ai eu quelques difficultés à suivre les débats uniquement en anglais ; surtout lorsqu’ils étaient techniques. Mais très vite, j’ai dû travailler fort pour surmonter cette difficulté. Sans être véritablement une difficulté, la nostalgie du bercail accompagne toujours la carrière internationale. Je n’y échappe pas. Enfin, cette carrière impose souvent une fréquence de voyages qui peut être mal vécue par l’entourage immédiat.

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?

J’ai très vite acquis la conviction que je peux, en travaillant intensément, être à la hauteur des défis à relever sur le chemin que j’ai choisi. A aucun moment, je n’ai eu le sentiment d’avoir été mal préparé. Ma trajectoire professionnelle m’amène à retenir que nous, les Nigériens, savons être à la hauteur sur le plan international. Pour peu que nous en ayons l’opportunité. Je connais d’autres confères nigériens qui auraient pu sans difficulté avoir le même parcours que moi.

Qu'est ce qui vous a poussé vers le  journalisme ?
Entre le journalisme et moi, c’est une longue histoire ! Comme peuvent en témoigner mon cousin Amadou Almou et mon jeune frère Hachimi Abba, dès le collège je faisais des reportages fictifs sur « kourssari » un petit village près de Diffa (extrême est du Niger), je m’essayais aussi à la retransmission en direct des matchs de football, en me servant d’une corde à la place du micro… Une fois au lycée, j’ai continué à me rapprocher du métier en lisant beaucoup de journaux et en organisant des débats d’idées sur des questions d’actualités.  J’étais arrivé très vite à la conclusion  que le journalisme était ma vocation. Le début de ma carrière s’est presque fait  naturellement. Alors que je faisais mes études de lettres modernes, j’avais commencé à proposer des textes à Haské, premier titre indépendant nigérien. J’étais ensuite entré à Haské comme journaliste puis j’étais passé rédacteur en chef et Directeur de publication.
Mais j’avoue avoir pris la mesure de la beauté du  métier de journaliste en l’exerçant. C’est un métier fait de contacts humains,  un métier qui vous amène à côtoyer les riches et les pauvres, les puissants et les faibles. Mon métier de journaliste m’a donné l’opportunité de parcourir le monde,  de l’Asie à l’Afrique, de l’Amérique à l’Europe, du Proche-Orient aux Caraïbes. Tout cela vous donne une vision globale du monde et vous amène relativiser les choses.

Abba_SeidikQuel rôle a joué le Niger dans votre parcours de  directeur du Bureau parisien de l'Agence panafricaine d'information?

J’ai certes été recruté au Bureau de la PANA à Paris sur la base de mes seules qualités intrinsèques. Mais, je dois tout au Niger ;  je dois à mon pays d’être devenu journaliste. J’ai dois mon parcours à des compatriotes comme Ibricheck fondateur de Haské, Bory Seyni, fondateur du Démocrate, feu Mallam Yaro, Me Touré  et bien d’autres. Ils ont détecté mon potentiel, m’ont encouragé à travailler, m’ont encadré. Ces aînés  ont apporté une contribution inestimable à ma carrière professionnelle.

Quelles sont les valeurs qui vous ont guidé ?
Je n’ai pas de recette à donner. Car chaque trajectoire est une originalité. Mais, je peux dire que la réussite puise généralement dans la détermination personnelle, la confiance en soi. Dans toute trajectoire, il y a des hauts et des bas ; il faut en avoir conscience et ne jamais baisser les bras face aux pires difficultés. Le meilleur ennemi de toute réussite, c’est le découragement.

Vous avez publié trois ouvrages sur trois thèmes différents, pouvez-vous expliquez vos choix?
Mon premier livre porte sur le fléau du SIDA au Niger. J’ai choisi ce thème pour apporter ma modeste contribution aux efforts accomplis pour briser le tabou qui entoure encore la maladie. J’ai encore  le sentiment que le SIDA est absent du débat public au Niger alors que la maladie n’a de cesse de gagner du terrain. J’espère surtout que d’autres compatriotes prendront mon relais afin que nous ayons sur le SIDA un débat à la hauteur des ravages qui  endeuillent nos familles.  Mon deuxième ouvrage porte sur la presse au Niger. A vrai dire, c’est par ce thème que j’avais envisagé mon atterrissage dans la famille des essayistes.  J’ai suivi l’évolution de la presse indépendante au Niger d’abord à Haské puis au Démocrate. J’ai également pris une part active dans la création du Groupe Alternative. A partir de 2001, j’ai suivi depuis le Bureau de la PANA à Paris l’évolution de la presse nigérienne. J’ai souhaité  donc, à travers mon ouvrage, partager ma modeste expérience. Il s’agit aussi  de dire, avec la distance d’aujourd’hui,  comment j’envisage l’évolution de la presse nigérienne. C’est une thématique  ouverte, évolutive sur laquelle  il faudra revenir un jour ou un autre.  Mon troisième essai porte sur la mort de Mano Dayak ; figure emblématique de la première rébellion touarègue au Niger. Disons que ce sujet ne s’est pas imposé naturellement. Fin 2008, un petit livre est sorti à Paris,  mettant la mort de Mano Dayak le 15 décembre 2005 dans le crash d’un avion sur le compte des crimes de la Françafrique. J’ai alors décidé de m’intéresser au sujet,  mais surtout d’apporter une contribution au débat sur cet épisode douloureux de la première rébellion touarègue. Mon analyse de cet événement est nourrie par le rapport de la Commission d’enquête internationale, jamais publié pour une raison inconnue. Je compte poursuivre cette activité éditoriale avec la publication d’autres ouvrages. Je m’attacherai à rendre tous mes livres disponibles au pays, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériens qui voient en vous un modèle ?

Sans être un modèle, je crois devoir encourager mes jeunes compatriotes à persévérer dans le travail,  à croire en eux-mêmes. La réussite leur est possible. Dans mon domaine, le journalisme, je  connais de très nombreux confrères nigériens brillants qui auraient pu facilement  avoir la même trajectoire que moi. On les retrouve dans les médias publics comme dans la presse privée.

En tant que journaliste, quel regard portez sur la presse nigérienne?

J’ai une grande admiration pour la presse nigérienne. Pour avoir travaillé au pays, je sais dans quelles conditions matérielles travaillent mes confrères nigériens. Et en dépit de toutes les contraintes, ils abattent un travail de qualité. Au plus fort de la répression, la presse nigérienne n’a pas courbé l’échine. Elle est restée débout pour défendre la démocratie et les libertés individuelles et collectives. Il faut rendre hommage à ce courage. Les perspectives d’auto régulation portées par les journalistes eux-mêmes ne pourront que renforcer le journalisme nigérien. Cela dit, je pense qu’il y a encore des efforts à fournir sur le plan de la formation, de la distribution, de la qualité des contenus… Prenez un exemple : aucun titre nigérien ne tire à plus de 5000 exemplaires. Sur ce plan, nous sommes donc en retard par rapport à d’autres pays de la sous-région. Le Sahel,  seul quotidien du pays,  appartient à l’Etat  alors même certains de nos voisins comme le Bénin ou le Burkina Faso affichent plusieurs quotidiens privés.

Selon vous, quel rôle doit jouer les média nigériens pour les élections à venir?

En cette période cruciale, la presse doit continuer à assurer sa mission traditionnelle d’information, d’investigation, d’aiguillon du débat démocratique. Le moment venu, elle doit aussi éclairer les Nigériens sur les enjeux des différentes échéances électorales ; les aider à faire le vote utile en favorisant les débats autour des programmes de société des partis politiques.

Votre carrière vous l'aviez déjà en tête ou elle s'est faite au jour le jour ?
A vrai dire, je n’avais pas de plan de carrière prédéfini. Je voulais simplement devenir journaliste et aller le plus loin possible dans ce métier. Au départ, je n’ai jamais pensé pouvoir  devenir un jour un  intervenant régulier des émissions emblématiques d’actualités  comme « Afrique-Presse », « Une semaine d’actualité », « Maquis hebdo »…

AAbba_Seidik Envisagez-vous un avenir professionnel au Niger ?
Tous les jours, je réfléchis au meilleur moyen de me rendre utile au Niger à partir de là où je suis. Dans mes cartons, j’ai plusieurs projets dont celui de contribuer, avec d’autres confrères parisiens, à la formation des journalistes nigériens. Je pense également à la construction d’une vraie expertise sur les médias nigériens capable de fournir des données précises sur des enjeux tels que  la diffusion, l’audience, le contenu…

Avez-vous des projets pour le Niger?

Mon vœu le plus cher, c’est de transmettre ma part d’expériences à mes jeunes confrères. Tout ce qui peut aider au développement et au renforcement de la démocratie au Niger rejoint mes préoccupations. Les Nigériens que j’ai côtoyés à l’international ont partout la réputation de travailleurs  sérieux et rigoureux. J’appelle mes compatriotes à surmonter leurs doutes et leurs réticences et à embrasser la carrière internationale lorsque l’occasion  se présente. Nous en avons le potentiel.

Seidik ABBA   http://www.editions-harmattan.fr/Seidik ABBA

Réalisée par  Madame Mouhamed Saliah Rachidatou et Boubacar Guédé

 

Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15