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dimanche, 03 juillet 2011 12:37

La Nigérienne de la semaine : Mme Kaffa Jackou Rakiatou

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Quel a été votre parcours académique ?

Je  vous remercie de cette opportunité que vous me donnez de rencontrer mes frères et sœurs nigériennes.
Je suis Rakiatou Christelle Jackou épouse Kaffa, mère de cinq enfants. Je suis la fille ainée du couple Mr et Mme Sanoussi Tambari Jackou. J’ai quatre sœurs et suis issue d’une grande famille.

J’ai une autre grande famille, la famille TOASTMASTER, qui est un club de Communication et de leadership.

Je garde pleins de beaux souvenirs de l’Ecole de la « Mission des filles de Niamey » où j’ai fait toute ma scolarité. Les sœurs de l’école Mission nous ont appris à lire, écrire et compter  mais surtout elles nous ont appris à vivre en société. Ce n’est qu’après bien sur que je m’en suis rendue compte. Je tiens à saluer toutes mes maîtresses et nos différentes directrices.

Ensuite ce fut le passage au CEG Niamey 3, bonne ambiance, de très bons professeurs et un très bon encadrement, qui, je pense ont beaucoup contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Je voudrais rendre hommage ici à notre directeur feu Idi Malé qui, par son humilité et sa courtoise, a su faire du CEG3, un collège de référence au niveau du travail, et même du sport.  Je n’oublierai pas de citer Mr Le Grand, mon professeur de maths de la 6ème à la 3ème et mon professeur de français Mme Maignan. J’ai perdu leur contact mais je souhaiterais leur dire que je les cite toujours en exemple quand je veux donner l’exemple de « bons » professeurs.

J’ai ensuite eu l’honneur d’aller au Lycée Kassaï où nous étions encadrés par une « dream team » avec à sa tête Mme  Abdou Moumouni Dioffo, j’ai ensuite fait un an au Lycée Issa Korombé où j’ai eu mon BAC C.

J’ai commencé ma vie d’étudiante à l’Université Abdou Moumouni où j’ai obtenu un DUES en maths physiques, puis une licence et maîtrise en physique. J’ai ensuite passé et réussi  le concours d’entrée à l’EAMAC

Rakiatou_Kaffa_Jackou_6(Ecole Africaine et Malgache de la Météorologie et l’Aviation Civile), en année de maîtrise , et  ai commencé le cycle d’Ingénieurs des Etudes et d’Exploitation de l’Aviation Civile que j’ai validé par un mémoire sur « La problématique des compagnies aériennes dans les pays du Sahel »  , j’ai aussi fait un diplôme d’Ingénieur commerciale puis un DESS en management et administration des entreprises (validé par un mémoire : « Création d’une compagnie aérienne au Niger »), un autre diplôme de formateur et évaluateur de la sûreté de l’aviation civile et en 2010 j’ai obtenu un    Doctorat à l’Université de Toulouse où j’ai travaillé sur un sujet de recherche intitulé «  Optimisation et modélisation de la sûreté aéroportuaire ».


Qu'est ce qui vous a poussé  vers " l’Aviation Civile."?
Pourquoi l’aviation civile ?

Déjà sur la liste de mes préférences pour l’’orientation en classe de terminale, j’avais mis  l’aviation en 3ème position  sans trop y croire.

Ce, pour sa technologie dynamique et le sérieux des hommes qui évolue dans ce milieu. J’étais impressionnée  par le fait de voir voler le plus lourd que l’air et je voulais en savoir plus. L’aérodynamique m’a éclairée. Une fois la formation débutée dans cette école d’aviation, j’ai été enthousiasmée par ce domaine.

J’ai aussi compris que l’aviation est un domaine plus technique que ne pouvait l’imaginer la profane que j’étais. En plus des domaines techniques comme l’aérodynamique, la mécanique du vol, la navigation aérienne, la radionavigation et les règles de la circulation aérienne (qui est ce que le code de la route est pour la voiture) l’on doit aborder l’économie, le droit et beaucoup d’autres domaines connexes que j’ai eu le plaisir de découvrir au fur et à mesure.

Il était prévu après ma licence en physique, que j’aille poursuivre une formation en informatique au Canada  pour laquelle j’avais bénéficié d’une bourse. D’autres circonstances ont changé la donne : mon père - qui m’avait beaucoup manqué venait d’être libéré de prison où il avait vécu  une douzaine d’années pour des raisons politiques - m’a interpelée de cette manière un jour : «  Regarde cette annonce dans le journal, pourquoi tu ne ferais pas le concours de l’EAMAC ? »

J’ai suivi alors son conseil, j’ai passé ce concours et j’ai été admise. A la réflexion, ma passion pour les avions combinée avec les retrouvailles avec mon papa l’a emporté sur le projet d’aller au Canada. Je suis donc restée au Niger à l’EAMAC et je ne regrette rien, bien au contraire. Dieu, merci !

Rakiatou_Kaffa_Jackou_4Quels sont les facteurs qui ont orientés votre carrière ?

Les facteurs qui orientent non seulement ma carrière mais aussi ma vie  sont très simples :
Comme je l’ai dit plus haut l’aviation est un domaine très vaste  et de nature je n’aime pas la routine. Je suis le genre de personne qui change de boulot chaque fois que je vois la routine s’installer. Quand je sens que je n’ai plus rien à prouver dans un domaine, je cherche un autre challenge.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales?

Pour mon service civique, après mes études à l’EAMAC, j’ai enseigné les mathématiques au Lycée Issa Korombé (Ma mère qui y a été le professeur de mathématiques  et qui a enseigné de nombreuses personnalités dans notre pays m’a peut être influencée. Je l’admirais quand je la voyais se dépenser sans compter pour faire comprendre les mathématiques à certains élèves qui venaient suivre des cours complémentaires à la maison). Apres ce service civique, j’ai été affectée à l’aéroport International DIORI HAMANI où j’ai intégré une équipe en charge de la gestion de cet aéroport. Après quoi j’ai passé neuf années à enseigner à l’EAMAC où je dispensais des cours aussi bien pour les élèves-ingénieurs, pour les élèves-contrôleurs que pour les techniciens supérieurs. J’ai aussi encadré beaucoup de stages de perfectionnement et de spécialisation au profit des cadres de l’ASECNA, des Directions de l’Aviation civile et des Autorités aéroportuaires. C’était une période riche d’expérience.

Depuis 1 an et demi, je suis à Abuja à la CEDEAO en charge des dossiers de sûreté et sécurité de l’aviation civile dans les Etats membres de la CEDEAO. Comme pour le concours de l’EAMAC,  c’est cette fois-ci ma sœur Dr Hadiza qui m’a appelée pour m’informer d’un avis de vacance de poste à la CEDEAO dans le journal le Sahel. J’ai postulé et j’ai été sélectionnée pour l’interview. Je l’ai passé et j’ai été retenue. Lisez le SAHEL !

Rakiatou_Kaffa_Jackou_3J’ai eu d’autres expériences durant cette carrière :
En  2001 à la demande du gouvernement du Niger par l’intermédiaire du CNUT, j’ai participé activement avec un collègue à mettre sur pied une compagnie aérienne dénommée «  Air Niger Internationale ». Nous l’avons mise en place en tant que consultant avant de la remettre six mois plus tard aux mains du promoteur qui a ensuite nommé les personnes chargées de conduire sa destinée. 

Riche de cette expérience exaltante avec des amis, nous avons créé une Agence de voyage dédiée à la vente de titres de transport aérien et de produits touristiques. Malheureusement des problèmes de manque de ressources humaines qualifiées nous ont amenés à arrêter les activités de cette entreprise pourtant très prometteuse.

Dans un tout autre domaine, j’ai été membre de la Commission des textes Fondamentaux, rapporteur de la Commission électorale sous la transition de Mr Cheffou Amadou, membre de la COSUPEL (Commission de supervision des Elections), membre du Comité national des fêtes, membre du Comité chargé de préparé le SAFEM depuis plus de six ans. Pour ce dernier volet, je profite pour féliciter et rendre hommage à une autre grande dame qui est actuellement Gouverneur de Niamey, ma grande sœur  Guimbia. BRAVO grande sœur !

J’ai aussi fait de la politique et je suis la Présidente du Mouvement associatif des Droits de l’Homme Adalci.

Quelles sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant  que fonctionnaire internationale ?

Les barrières culturelles et le problème de langue. Moi qui ai toujours évolué dans un environnement  francophone, je me suis retrouvée en train de baigner du jour au lendemain dans un milieu très anglophone avec son style de management et de relations humaines. Vous pouvez  imaginer  l’âpreté de la tâche au début.

Une autre difficulté  et non des moindres, c’est la séparation avec la famille et les amis, avec mon mode de vie que j’ai laissé au Niger.  L’expatriation n’est jamais facile à vivre, pour une femme c’est encore plus dur.

Rakiatou_Kaffa_Jackou_5Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?

Je continue à  vivre cette expérience, donc j’apprends tous les jours. Dans la vie il ne faut jamais dire « jamais » car les voies de Dieu sont impénétrables.

Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours de" Ingénieur des Etudes et Exploitation de l’Aviation Civile" ?

J’étais boursière de l’Etat Nigérien, durant toutes mes études supérieures à l’université et à l’EAMAC. C’était la bonne époque contrairement à nos jours où les parents sont obligés de se saigner à blanc pour payer les études de leurs enfants. Mais je pense qu’avec la mise en œuvre du Programme du Président Mahamadou Issoufou, l’éducation et la formation des jeunes vont s’améliorer.

Quelles sont les valeurs qui vous ont guidée ?

La perfection, dans un domaine ou l’erreur ne pardonne pas. En aviation, le travail bien fait, la recherche perpétuelle de nouveaux challenges. En Aviation, l’erreur tue !!!

Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?

Bien que je ne me considère pas  comme quelqu’un de spécial, je demande à  mes frères et sœurs  d’avoir l’amour du travail, surtout du travail bien fait. L’aviation est un domaine passionnant, et nous avons la chance d’avoir une grande école de l’aéronautique au Niger, donc qu’ils s’y intéressent plus.

L’EAMAC organise un concours d’entrée chaque année et il existe de nombreux métiers passionnants dans l’aérien. Je suis prête à conseiller tous ceux qui le désirent.

Rakiatou_Kaffa_Jackou_1Quels constats faites-vous aujourd'hui de  "l’Aviation Civile"  au Niger,  en Afrique et dans le monde ?

Le sujet est très vaste, mais voilà quelques réflexions personnelles.

Comme il est souvent dit l’aviation, sert à désenclaver un pays. « Avec 2 km de goudrons de part et d’autre, on peut relier des grandes distances ». C’est ce que l’avion est capable de faire en utilisant deux aéroports.

Au Niger cette assertion est encore plus vraie. En tant que pays très vaste, l’avion peut être la solution au problème de désenclavement intérieur et extérieur.

Malheureusement depuis la défunte compagnie Air Niger qui a dû mettre la clef sous le paillasson en 2005, plusieurs tentatives de création de compagnie aérienne nationale ont échoué.

Cela relève réellement de la volonté politique et de l’implication de privés.

Pour le Transport aérien en Afrique, je suis partisane de la création de compagnies sous régionales et régionales en lieu et place des compagnies nationale à vocation internationale. Là il faut d’abord définir ces termes, ce que je laisse aux soins des spécialistes du droit international et de la macro économie.

Aux compagnies aériennes je prône aussi la coopération entre les compagnies africaines, ce qui fait grand défaut dans la région.

Aux administrations nationales de l’aviation civile, je  pense qu’une mise en œuvre de la déclaration de Yamoussoukro (Libre circulation des avions africains dans le ciel africain dans le respect des règles de sécurité en vigueur)  permettra un développement de ce mode de transport.

D’autre part, les coûts  d’exploitation des transport aériens sont très élevés (le carburant, les différentes taxes, les services d’assistance en escale ….), cela entraîne des prix de billet peu abordables pour nos populations. Il faudrait que tous les intervenants du transport aérien se réunissent pour trouver une solution qui permettra de réduire les coûts des compagnies aériennes afin qu’elles réduisent les prix du billet et donc élargir le marché du Transport aérien.

Je voudrais rajouter qu’on ne peut pas s’improviser « transporteur aérien » comme on s’improvise transporteur routier. Le fait d’avoir des avions ne veut pas dire qu’on a une compagnie. La création et la gestion d’une compagnie aérienne sont des métiers très complexes et la gestion d’une compagnie aérienne est régie par des normes de sécurité et sûreté très strictes (Annexes 1,6 et 8 à la Convention de Chicago). C’est en partie pour non respect de ces règles que vous avez la publication régulière d’une liste noire de compagnies aériennes par l’Union Européenne. C’est pour éviter le nombre d’accident d’avions.

Avez-vous des solutions aux problèmes que rencontrent souvent nos pèlerins lors des voyages vers la terre sainte ? 

Depuis 2007, les pèlerins nigériens sont chaque année confrontés  à cette situation. Jusqu’en 2005 cette tâche était dévolue à Air Niger qui était en charge d’affréter de gros porteurs type  Boeing 747 capables de transporter à chaque vol 500 pèlerins. Malheureusement avec la disparition d’Air Niger puis d’Air Afrique, on a vu la création de multiples agences de Hadj et Oumra. Ceci ajoute à l’implication de plusieurs ministères dans l’organisation.

Les contraintes apparaissent souvent dans le choix du transporteur aérien, comme je l’ai dit plus haut on ne peut pas s’improviser transporteur aérien.

Là aussi il faudrait réunir tous les intervenants, peut être au niveau régional, pour en débattre et trouver une solution définitive car le problème est très complexe.

Que pensez-vous des compagnies «  low cost » en Afrique ?

Les compagnies aériennes   « low cost » qu’on peut traduire par «  compagnies aériennes à bas tarifs » en français  doivent se développer aussi en Afrique,  car c’est un avantage pour le consommateur. Mais ce développement  doit se faire dans le respect des règles de sécurité et de sûreté aériennes éditées  par l’Organisation de l’aviation Civile internationale (OACI). Il ne s’agit pas de nous faire voyager dans des cercueils volants.

Rakiatou_Kaffa_Jackou_8Je vous laisse le mot de la fin.

Je souhaiterais informer les passagers aériens de l’espace CEDEAO et UEMOA qu’il existe des règles communes qui leur confèrent des droits vis-à-vis des services rendus par les compagnies aériennes. Par exemple en cas de retard, d’annulation du vol ou de refus d’embarquer. Il faudrait que nos passagers et nos hommes de lois s’imprègnent de ces textes et commencent à défendre les droits des passagers aériens dans notre région.

Je tiens à vous remercier encore une fois et je remercie toute ma famille qui me soutient tous les jours. Merci aux Toastmasters  de Niamey (Club AURA et GWANI)  et de la sous région qui me permettent de participer aux activités, malgré mon absence.

Persévérons nous allons y arriver !
Merci à tous.

Mme Kaffa Jackou Rakiatou

Réalisée par Boubacar Guédé
Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15