jeudi, 22 mars 2012 09:45

Le Nigérien de la semaine : Monsieur Issoufou Adamou

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Issoufou Adamou 05Comment souhaitez-vous vous présenter aux internautes de Nigerdiaspora ? Je dirai simplement que je m’appelle Issoufou Adamou ; les intimes m’appellent Prince. Je suis originaire d’Alberkaram, une commune rurale du département de Mirriah dans

la région de Zinder.  Je suis Juriste, j’enseigne  le droit constitutionnel et le droit budgétaire et comptable à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar depuis avril 2010.

Quel a été  votre parcours académique ?

Mon parcours académique, je dois l’avouer, n’a pas été un long fleuve tranquille. Ainsi au collège, j’ai été amené à faire le tour de trois localités du pays pour boucler un cycle de 4 ans. J’ai commencé au collège de Takieta en 1992-1993, année où, j’ai connu ma première année blanche. J’ai repris la 6e au CEG1 de Zinder en 1993-1994. La même année, mon oncle a été affecté à l’Inspection de l’Enseignement de Dakoro, je l’ai suivi et c’est au CEG de cette localité que j’ai obtenu mon BEPC en 1997. Après, j’ai été orienté au Lycée Dan Baskoré de Maradi. Après un an et pour des raisons familiales, je suis retourné au Lycée Amadou Kouran Daga de Zinder jusqu’à l’obtention de mon Bac série A4 avec mention A. bien en 2000. Ce diplôme, m’ouvrant la voie aux études supérieures, j’ai opté sans hésitations pour les études juIssoufou Adamou 2ridiques à l’Université Abdou Moumouni Dioffo de Niamey. Après l’obtention de ma Maîrise en droit privé en 2005, j’ai souhaité entreprendre des études de 3e cycle mais malheureusement l’ANAB a rejeté mon dossier de demande de bourse sous prétexte que je n’ai pas la mention ; j’avais c’est vrai 12,37 or,  il faut 13 de moyenne pour avoir la mention A.bien. Que faire ? Fidèle à ma conviction d’aller de l’avant, je me suis réinscris à la fac mais cette fois-ci en droit public dans l’espoir d’obtenir la mention et bénéficier du soutien de l’Etat. Dieu faisant bien les choses, j’ai obtenu ma deuxième Maîtrise avec 13, 87 ; donc la mention est acquise. Malheureusement, alors que nous avions fini tous les examens, j’ai soutenu mon mémoire depuis juillet, la fac a bloqué nos résultats et il a fallu fin septembre pour délibérer. Aussitôt, j’ai constitué mon dossier mais arrivé à l’ANAB, il m’a été fait savoir que la Commission d’attribution des bourses s’est réunie depuis août, je suis forclos, je dois attendre l’année prochaine. Je n’ai pas voulu le faire, je suis parti et me voila à Dakar. Je me suis inscrit en DEA droit public général à l’Université Cheikh Anta Diop, je l’ai obtenu et actuellement je suis entrain de finaliser ma thèse de Doctorat sur le sujet suivant : Le droit des marchés publics au Niger et au Sénégal : recherche sur l’encadrement juridique et institutionnel d’une catégorie de dépense publique. Parallèlement, le département de droit public et science politique de la dite Université, m’a recruté à l’issue d’un test au cours duquel 29 candidats étaient en compétition pour 3 postes. C’est ainsi que depuis avril 2010, je fais partie du personnel enseignant permanent de la dite Université. A ce titre, j’interviens en Licence 1 et Licence 2 science juridique. J’interviens également dans d’autres Instituts  publics et Universités privées de Dakar où j’enseigne le droit administratif, et les finances publiques. Je suis aussi associé dans le jury de plusieurs concours administratifs organisés par l’Etat du Sénégal.

Qu'est-ce qui vous a poussé vers "l'enseignement"?

Issoufou Adamou 04Je dirai que l’enseignement est pour moi comme “un héritage“ puisqu’à l’exception de mon père, tous mes oncles et cousins sont des enseignants à un niveau ou à un autre. Il s’agit, vous voyez d’un reflexe suffisamment nourrit par l’ambiance familiale. L’entourage immédiat influence l’enfant a-t-on coutume de dire.

Je dois tout de même avouer que la magistrature m’a beaucoup tentée et ce, jusqu’en Licence 3 et c’est après quand j’ai eu beaucoup plus de lisibilité que je me suis définitivement fixé. J’aime beaucoup le droit, j’aime le partager avec les étudiants et autres chercheurs, le discuter librement loin de toute contrainte liée au statut de magistrat ou de toute considération pécuniaire inhérente aux préoccupations d’un avocat mais dans un cadre scientifique objectif. Et, il se trouve que seul l’enseignement universitaire est de nature à me procurer cette liberté de pensée et d’expression. Il s’agit d’une passerelle qui me permet d’user de ma liberté pour participer à l’éducation citoyenne de nos populations.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales?

Ici, je dois avouer que mon expérience professionnelle est très pauvre. Elle se résume essentiellement à la recherche et à l’enseignement. A ce titre j’ai enseigné et j’enseigne dans plusieurs universités publiques et privées.  Courant 2011, j’ai été membre des jurys lors du concours de recrutement des officiers, sous-officiers de police, au concours des agents de l’Administration pénitentiaire et du Centre de formation judiciaire. Je dois tout de même rappeler que je suis membre –fondateur du Club des étudiants en droit de l’université de Niamey, j’ai une petite expérience d’Appelé du Service Civique National à la direction de la protection de l’enfant. Je suis activiste de l’Etat de droit et de la démocratie et à ce titre j’ai publié plusieurs contributions dans les journaux de la place, sur tamtaminfo, sur la constitution en Afrique, j’ai aminé plusieurs conférences-débats

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience  et quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?
 
Issoufou Adamou 02Il est vrai qu’il ne faut jamais se décourager quelque soient les difficultés que l’on rencontre. Il faut cultiver l’honnêteté et l’esprit de travail bien fait, voir de l’excellence. Mais, je reconnais sincèrement que dans  la réussite tout comme dans l’échec, il ya des paramètres non scientifiquement démontrables. Mais, ce n’est pas une raison de verser dans le fatalisme. C’est pourquoi, je dis souvent aux amis que dans la réussite, tout ne dépend pas de nous, mais dans ce qui dépend de nous, faisons tout pour réduire les marges de l’aléa. Faites de votre mieux et Dieu fera le reste. J’ai l’habitude de dire aux jeunes étudiants qui viennent ici, que si votre échec n’indigne personne ce que vous n’avez rien fait de bon. Que la société qui vous observe témoigne au moins que vous avez essayé. Ensuite je leur dis que l’on ne choisit pas ses parents ; alors si vous avez la chance d’avoir des parents qui acceptent d’investir dans votre formation, il faut en profiter alors qu’il est temps.



Quelles sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant qu’enseignant-chercheur ?

L’heure n’est pas au bilan, puisque je viens de commencer. Je dois tout de même reconnaitre que l’enseignement à l’Université n’est pas facile surtout quand vous êtes jeune. Les étudiants qui sont de nos jours assez bien informés garce aux technologies de l’information vont toujours essayer de vous mettre en difficulté.  Il faut alors être passionné et beaucoup lire pour être à la hauteur. Dieu merci car je crois que le message passe bien.

Quel rôle a joué  le Niger dans votre parcours ?

Issoufou Adamou 1Le mot me manque pour traduire ce rôle.  Mon pays m’a tout donné. Je dois beaucoup à mes enseignants et Professeurs qui m’ont rigoureusement encadré. Le résultat est là. Ils sont mes véritables sources d’inspiration. Je continue à me servir de leurs enseignements dans tous mes agissements.

Que pensez-vous  de l'avancé des sciences juridiques et politiques  au Niger?

Franchement, avec un peu de recul, je constate avec regret que la Science Juridique est toujours au stade artisanal et les préoccupations alimentaires semblent l’emporter sur la recherche ; la vraie recherche. Je ne vais pas jusqu’à dire qu’il n’ya pas de chercheur en Science Juridique mais consultez les revues scientifiques, il n’ya pas grand chose provenant des chercheurs nigériens. Les gens refusent tout débat scientifique sérieux, la fac n’est abonnée à aucune revue scientifique censée permettre aux Enseignants d’actualiser leur connaissance. Certains aspects du droit sont comme des anti-virus à mettre régulièrement à jour au risque d’être complètement déphasé. Malheureusement telle est la triste réalité. Le scientifique ne doit pas faire la cour aux hommes politiques, c’est plutôt le contraire qui devrait se produire mais hélas…

Que pensez-vous de l'incendie du ministère de la Justice du 04 janvier 2012 ?  
 
La question me fait sourire car elle me fait penser à la chronique de Maman qui parle de la prescription par incendie. Je pense dans ma naïveté de juriste à une piste criminelle. Incendie provoqué mais je ne sais par qui.

 
Je vous laisse le mot de la fin

Bon. Je vous félicite sincèrement pour avoir eu l’idée de créer cette rubrique qui permet aux nigériens disséminés un peu partout de sortir de  l’anonymat, de se faire connaitre. Incontestablement, vous avez fait la promotion et peut être sans le savoir, de plusieurs nigériens, qui, bien que loin du Niger   continuent à faire la fierté de ce beau pays et à redorer son blason

Bon courage et bonne continuation.

Issoufou Adamou, Assistant au département droit public et science politique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar/ Sénégal. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Réalisée par Boubacar Guédé et
Oumarou Moussa

Dernière modification le dimanche, 25 mars 2012 22:47