samedi, 04 mai 2013 13:46

Le Nigérien de la semaine : Dr Mamane Nassirou Garba

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Nassirou Garba 02Dr. Mamane Nassirou GarbaDr Mamane Nassirou Garba est pharmacien biologiste de formation. Il fut président des Nigériens vivant aux Etats-Unis avant de siéger au Conseil Consultatif mis en place au lendemain de la prise du pouvoir  du CSRD. Il travaille actuellement à l’Hôpital National de Niamey. Nigerdiaspora l’a rencontré pour vous.

 Bonjour. Voulez-vous vous faire connaître à nos internautes ?

Je voudrai tout d’abord saluer  Nigerdiaspora pour avoir eu l’initiative de désigner à chaque période un Nigérien avec l’intention de faire connaître davantage les Nigériens qui jouent un rôle dans cette mondialisation. Merci de m’avoir invité et proposé que je sois avec vous cette semaine. Je m’appelle Dr Mamane Nassirou Garba. Je suis pharmacien biologiste à  l’Hôpital National de Niamey  où nous sommes en train de mettre en place un Laboratoire de Biologie Moléculaire  qui est le fruit de la coopération entre  le Niger et la Chine. Je suis marié et père de deux (02) enfants (une fille et un garçon).

Parlez-nous de votre parcours académique?

Nassirou Garba 04J’ai commencé mes études à l’École Primaire Abidjan où j’ai obtenu mon Certificat de Fin d’Études du Premier Degré. J’ai par la suite fréquenté le CEG 4 de Niamey où j’ai obtenu le Brevet d’Étude du Premier Cycle, puis le Baccalauréat D  au Lycée Issa Korombé. J’ai été orienté au Mali (à l’Université de Bamako) où j’ai passé le Doctorat d’État en Pharmacie en 2003. C’est durant ma thèse de fin de cycle en Pharmacie que je me suis retrouvé dans la recherche contre le paludisme. C’était un de mes rêves. La même année 2003, je suis allé aux États unis pour des raisons conjugales et j’ai saisi l’opportunité pour approfondir  davantage mes connaissances en matière de recherche fondamentale sur le paludisme. Aujourd’hui, c’est cette compétence que je mets à la disposition de mon pays.

Peut-on savoir qui est à  la base de votre orientation professionnelle actuelle ?

Nassirou Garba 07Tout est parti de la famille. J’avais un oncle qui était vétérinaire. Il avait fait ses études au Sénégal et chaque fois qu’il revenait au pays il rentrait avec sa blouse et moi, j’avais envie de la porter.  Souvent, je prenais sa blouse que je portais fièrement et cela était devenu le souhait de toute la famille pour qu’un jour je sois comme lui. Et moi, dans mon for intérieur,  j’en avais depuis toujours eu envie de porter une blouse blanche. Finalement, je me suis retrouvé à l’école de médecine de Bamako et je suis devenu pharmacien. J’ai choisi de faire de la recherche sur le palu parce que cette maladie continue à être un fléau et ç décimé la population. C’est vraiment cela qui m’a poussé à être dans la recherche. Je suis persuadé qu’un jour il sera  trouvé une solution pour faire reculer cette maladie.

Avez-vous une expérience professionnelle  à l’extérieur ?

Nassirou Garba 06Bien sûr, comme je l’avais dit, j’ai étudié à l’université  de Bamako et vers la fin de la formation, j’ai opté pour une longue thèse sur laquelle j’ai passé 5 ans. C’était de la recherche. On a beaucoup travaillé avec des Américains. On était à Bandiagara où nous avons préparé le site de vaccination du palu de 1997  à 2003. Après ma soutenance, je me suis retrouvé aux Etats- Unis où j ai fréquenté quelques écoles, d’abord à la Louisiane avec Catherina le cyclone qui a ravagé la Nouvelle Orléans. Puis je  me suis retrouvé en Atlanta. Entre temps, j’ai travaillé  au CDC d’Atlanta où j’ai passé 6 ans en train de suivre la résistance antipaludique.  J’ai aussi étudié à Georgia State University où j’ai décroché mon diplôme.

Quelle différence faites-vous entre l’extérieur et votre pays du point de vue  professionnel ?

Nassirou Garba 08Du point de vue professionnel, j’ai fait le Mali, les Etats-Unis, l’Ouganda, le Mozambique, la Chine, la Corée du Sud et  sincèrement j’ai remarqué qu’il y a plus d’ouverture, car les professionnels là-bas sont ouverts pour apprendre ce que vous amenez.

Aux Etats-Unis quand je suis arrivé dans le labo où j’ai travaillé, d’abord ils étaient étonnés de voir un Noir venir avec une technologie, qui est la biologie moléculaire et ils ont oublié ce qu’ils connaissaient  et ils m’ont écouté pendant plus de 6 mois. Ils m’ont testé et finalement ils ont appris notre façon de travailler sous les tropiques. Ils ont  essayé de m’apporter des corrections, d’améliorer ce que j’ai compris et c’était une complémentarité. Contrairement à ce qui se passe ici, quand je suis revenu, les gens avaient une résistance au changement. Tout le monde disait « non,  on a l’habitude de faire quelque chose depuis 20 ans. Tu ne vas pas venir nous dire que ce n’est pas la bonne manière. Nous, on ne va pas changer, c’est toi qui vas changer Les gens s’attendaient plus à ce que moi je change que de s’ouvrir car nous, on se dit que quand on nous demande d’aller étudier à l’extérieur c’est pour  voir comment les gens travaillent là-bas, comment les gens ont évolué pour venir améliorer  ici ce que les gens font. Mais, il y avait une résistance qu’on n’a pas pu expliquer  qui était la et qui nous a surpris. Mais ça va. Je pense que les choses vont s’améliorer. 

Comment s'est passé votre retour au pays ?

Nassirou Garba 09De tout temps, j’ai eu l’intention de revenir quand j’ai fini de soutenir au Mali ; le Pr. Ogobara Doumbo que je salue et félicite au passage, voulait que je reste au Mali. Il m’a envoyé à la frontière avec la Guinée pour former les jeunes et après 3 mois, je suis revenu à Bamako pour lui dire qu’honnêtement, moi, je ne peux pas comprendre qu’au Mali, on soit dans une grande lumière et qu’au Niger on soit dans une telle obscurité du point de vue de la recherche sur le palu et qu’on nous parle de l’intégration. Quelque part je voudrais qu’il me donne la possibilité de retourner au Niger pour aussi créer un peu de lumière dans le domaine du paludisme. Je suis retourné aux Etats-Unis et chaque année je passe un mois de vacances au Niger dans l’intention de revenir et  j’ai présenté des projets à l’OMS qui les a acceptés. J’ai essayé de les amener ici au Niger à la Faculté des Sciences. Entre temps, il y a eu le coup d’Etat de Salou Djibo en 2010. Par la suite, nous avons été identifiés et   j’étais le président des Nigériens aux Etats-Unis. Et  comme la diaspora avait bénéficié de  5 places au conseil consultatif,   et ils ont trouvé logique que je vienne   représenter les Nigériens des Etats-Unis au conseil consultatif. Donc je suis revenu au conseil consultatif et entre temps je suis allé à l’hôpital pour essayer de savoir s’il y avait la possibilité de faire profiter le pays de mes compétences. Coïncidence ? On attendait cette compétence pour bénéficier d’une aide de  la Chine pour ouvrir un laboratoire de biologie moléculaire.  Finalement J’ai accepté de rester au Niger pour former ; je suis allé en Chine pour signer les contrats et les Chinois ont accepté de mettre en place le labo. Donc, c’est comme ça qu’après le conseil consultatif, je me suis retrouvé au Niger et j’y suis toujours.

Et quel rôle le Niger a-t-il joué dans votre cursus scolaire ?

Nassirou Garba 05Ah le Niger a joué un rôle important dans mon cursus scolaire. Je pense qu’à l’école primaire tout était gratuit. Au passage je rappelle aux gens le lait Solani de Seyni Kountché; on avait aussi des biscuits, vraiment on était soutenu. On nous vaccinait régulièrement.  C’était des campagnes de vaccination et on organisait beaucoup d’activités pour récompenser les excellents élèves, ce qui nous motivait beaucoup. Au collège, c’était la même chose.  Et ensuite, j’ai bénéficié d’une bourse pour aller étudier au Mali. Donc, le Niger a vraiment fait beaucoup pour moi et c’est en fait cet investissement qui fait qu’on doit reverser quelque chose au Niger, qu’on doit venir et aider les pauvres qui ont versé de l’argent pour nous former. Nous leur sommes redevables et c’est un peu pourquoi on ne se sent pas à l’aise de rester à l’extérieur et chaque fois on a envie de revenir pour les aider

Et que pensez-vous  de la communauté ?

Nassirou Garba 10Bon j’ai eu la chance d’être à la tête de la communauté. Dès mon arrivée, j’étais plus ou moins accueilli par le système des Nigériens qui étaient dans l’enseignement des universités, c’était ma chance contrairement à d’autres  qui arrivent et qui sont encadrés pas des gens qui eux-mêmes, n’ont pas pu étudier et sont sans papiers ; donc quand des Nigériens arrivent, ils sont obligés de rester dans ce milieu et ils ne sont pas guidés. Beaucoup viennent pour étudier mais étant  avec des gens qui n’ont pas étudié, malheureusement ils n’ont pas le secret. Comment dans ces conditions percer pour rentrer dans les universités ? Moi j’ai eu la chance d’être directement dans les mains des anciens de l’université, des Nigériens qui m’ont encadré et qui m’ont dit de ne pas accepter de tomber dans la routine des activités physiques ; il faut continuer dans les activités académiques. J’ai accepté et je pense que nous les Nigériens de l’extérieur, nous avons une solidarité impeccable ; on est très soudé et je pense qu’avec la nouvelle dynamique du gouvernement et  les autorités de la 7ème République qui veulent bien faire de la diaspora la 9e région et ayant bien compris qu’il faut impliquer la diaspora dans la gestion des affaires, je pense qu’on va essayer de nous réorganiser au niveau de la diaspora ce qui a déjà commencé depuis 2009 ; d’identifier les élites et de voir parmi ceux qui sont des commerçants. Il faut donc se réorganiser ; faire plusieurs réunions pour que chaque secteur soit identifié. Dieu merci, je pense que nous sommes en train de nous organiser au jour le jour. Ce n’est pas évident qu’on  fasse comme les Sénégalais ou les Guinéens tout de suite mais nous sommes sur la bonne voie.

Au regard de l’expérience, quel appel avez-vous à lancer aux autorités nigériennes ?

Nassirou Garba 12Oui, je voudrais vraiment demander aux autorités qu’ils prennent en compte la diaspora pas sur le bout des lèvres, pas seulement dans les discours. Qu’ils prennent vraiment cela en compte  et qu’ils s’inspirent de l’expérience  du Sénégal ou du Liberia ou du Ghana, ou tout simplement compter sur la diaspora et lui donner sa place, ce qui fera que de l’autre côté, nous allons sentir le devoir de revenir. Parce que, si on sait combien de Nigériens il y a aux Etats-Unis et la où ils vivent les, si l’Ambassade est au courant à chaque fois qu’un Nigérien a des problèmes là-bas, si on le sent dans notre vie, on va revenir.  Car on veut bien revenir, mais il faut un cadre. Dieu merci il y a eu le premier forum de la diaspora en août 2012. Il y a eu des recommandations et déjà le Ministère des Affaires Etrangères a accepté et on est en train de mettre en place le comité de suivi de ces recommandations. Si cela venait à être effectif, je pense que la diaspora va sentir la présence de l’Etat dans sa vie et quelque part la collaboration se ferra sans problème.

Et selon vous, quelles sont les pistes  qui peuvent aider à nouer des partenariats sincères?

Bon je pense que les recommandations du forum de la diaspora on pris en compte beaucoup de choses dans ce domaine tel que la création des banques, la cité de la diaspora que nous attendons de vive voix  comme au Sénégal comme au Mali a Kayes, toute la ville de Kayes est identifiée comme la ville de la diaspora ; on attend des mutuelles, beaucoup de choses dans la prise en charge des Nigériens quand ils vont revenir, des infrastructures, l’implication des Nigériens dans le partenariat  Nous avons des économistes ; des investisseurs qui sont là. Il suffit que le cadre soit favorable et je pense que la mise en œuvre des recommandations du forum faciliterait le retour des Nigériens  de l’extérieur.

Quels conseils pouvez- vous donner aux nigériens qui veulent étudier et ou travailler à l’extérieur ?

Nassirou Garba 14C’est plutôt de dire aux Nigériens qui veulent emprunter ce chemin, car la migration est légale, de ne pas quitter sans des projets. Que ceux qui veulent quitter s’ils n’ont pas le Bac de le faire d’abord, d’aller aussi dans des pays comme le Ghana pour avoir un niveau acceptable en Anglais  parce qu’au Etats-Unis, si vous venez  avec un bon niveau; un master ou une licence, il suffit juste de faire quelques accommodations  ou  quelques validations pour rentrer dans le circuit académique. Si vous venez seulement avec le bac  c’est tout un problème. Moi je sui allé aux Etats-Unis avec un diplôme en pharmacie mais il m’a fallu beaucoup de concours, et d’examens pour valider ce que j’ai amené avant que les Américains me donnent la chance de travailler avec leur gouvernement.

Et pour ceux qui sont là-bas, c’est de leur demander de tout faire pour avoir leur papier, être en règle, c’est important ; il faut que les gens puissent voir comment faire pour se régulariser. Mais Dieu merci aux Etats-Unis, ce n’est pas comme en France ou en Europe ; tant que vous ne faites pas du faux, tant que vous restez tranquille, les Américains ne vont pas venir vous chercher. Dès que vous montrez votre passeport à l’entrée, c’est fini. L’essentiel, c’est d’avoir un bon comportement, respecter les lois et règlements des pays d’accueil pour qu’il n’y ait pas de problèmes.

Votre mot de la fin

Tout d’abord, pour Nigerdiaspora, c’est d’essayer d’être strict et rigoureux par rapport à la manière dont le site est tenu. Nigerdiaspora est très bien tenu et nous souhaitons que cela continue, que les gens n’interviennent pas a tort et à travers, que la réglementation soit de rigueur. Et le conseil que je vais donner aux Nigériens qui veulent sortir, c’est d’être des bons ambassadeurs de leur pays dans le pays d’accueil.

Dr Mamane Nassirou Garba  nassirou.garba@gmail.com

Réalisée par Boubacar Guédé

Dernière modification le dimanche, 29 septembre 2013 22:54