Bonne Fête ! Barka Da Salah ! Wa Kayessi !

mardi, 01 juillet 2014 13:26

Le Nigérien de la semaine : M. Abdoulaye SANDA MAIGA

Rate this item
(6 votes)

Doulla Sanda MaigaNigerdiaspora a rencontré pour vous, dans sa rubrique  Le Nigérien de la semaine , Monsieur Abdoulaye SANDA MAIGA, Directeur Général de l’Institut Pratique de Santé Publique (IPSP).


Dans cet entretien, il était question pour Nigerdiaspora de faire connaitre davantage au public cet homme nanti d’expériences professionnelles dans divers domaines de la vie, dont le secteur de la santé où Abdoulaye SANDA MAIGA participe activement à la formation des jeunes afin de mettre à la disposition de la population un personnel compétent et expérimenté pour tous leurs besoins en santé publique. Lisez plutôt l’entretien qu’Abdoulaye SANDA MAIGA, Directeur Général de l’Institut Pratique de Santé Publique (IPSP), a bien voulu nous accorder.
 
 

« L’IPSP a toujours été premier, en terme de résultat d'examen de certification, parmi les écoles privées de santé à Niamey, Maradi et Agadez »

Pouvez-vous nous faire un bref rappel de votre  parcours académique ?
 
Doula Sanda 8Merci de m’avoir donné cette opportunité de m’exprimer sur ce site combien important pour les nigériens de l’extérieur et même ceux qui sont au pays et qui suivent régulièrement les informations nationales que vous leur livrer à plein temps. Pour répondre à votre question, je dirais tout d’abord qu’après mon cycle secondaire, sanctionné par l’obtention du baccalauréat, j’ai poursuivi mes études supérieurs en sociologie jusqu’à la licence. En suite, j’ai entamé des études en gestion informatique qui n’ont permis d’obtenir un diplôme de programmeur de gestion en informatique, puis un DEA en santé publique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), appelé également diplôme d’études approfondies en méthode et statistique, épidémiologie et Opérationnelle en santé publique et en médecine.
 
Qu’est-ce qui vous a poussé vers la création de cet institut de santé publique, IPSP ?
 

J’étais déjà dans la formation professionnelle car j’étais Directeur Général de l’institut nigérien d’enseignement professionnel (INEP), où l’on forme des comptables et des secrétaires de direction. Aussi, j’étais enseignant vacataire à l’Ecole nationale de santé publique (ENSP) de Niamey et à l’institut de santé publique (ISP) de Niamey, après ma formation de l’ULB en troisième cycle de santé publique.


Alors, j’ai pu constater que chaque année, le nombre d’élèves qui désirent rentrer dans la seule école publique de formation des agents de santé au Niger était beaucoup plus élevé que les places offertes, ce qui fait que sur 1000 candidatures, l’école ne pouvait que prendre environ 300 et les 700 autres sont obligés d’aller vers d’autres formations, notamment en informatique, comptabilité ou autre chose sans vocation.
 
Doula Sanda 6C’est ainsi que l’idée de la création d’une école privée de santé publique m’est venue, sachant pertinemment qu’il n’existe pas des textes au Niger qui autorisent la création des écoles de santé. Cette idée, je l’ai partagé avec mon épouse qui m’a effectivement dit que cela serait impossible puisqu’il n’existe pas des textes dans ce sens.
Malgré tout, j’ai déposé mon dossier et c’est deux ans après avoir suivi tous les circuits qu'il fallait et même ceux qu'il ne fallait pas, en 2002 qu’il m’a été autorisé à ouvrir la première école privée de santé au Niger, à savoir l’Institut Pratique de Santé Publique (IPSP). Depuis lors, beaucoup d’autres écoles de santé ont été créées et actuellement, nous sommes à une vingtaine d’écoles de formation des agents de santé au Niger.
 
Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales ?
 

Mes expériences professionnelles ont débuté au ministère de la santé publique où j’ai servi en tant que formateur informaticien pendant 6 ans 10 mois, avant d’exercer comme consultant indépendant.  A ce niveau, il faudrait préciser que je n’étais pas un agent de l’Etat, je n’avais pas de numéro matricule, j’étais sous contrat de l’USAID ce n’est pas l’Etat qui me payait. Et quand j'ai l'occasion d'avoir le numero matricule j'ai décliné l'offre. Pour mes fonctions de consultant indépendant, j’ai eu a consulté pour l’OMS. Nous étions les premiers consultants pour le ROLL Back  Malaria. J’ai également fait des consultations pour la SEEN, cumulativement avec mes fonctions de Directeur Général de l’Institut Nigérien d’Enseignement Professionnel (INEP). D’ailleurs, c’est en ces temps précis que l’idée m’ait venue pour l’ouverture de l’Institut Pratique de Santé Publique.
 
Quels sont les enseignements que vous avez tirés de toutes ces expériences ?
 
Doula Sanda 2
Il y a toujours des peaux de bananes dans notre pays qu’on jette aux gens et que si vous n’êtes pas dure, coriace et têtu, vous n’allez jamais résister, car il y a toujours des gens de l’autre côté, au lieu de vous encourager, vous découragent.  Au lieu d’être juste avec toutes les écoles privées de santé qui existent au Niger,   ils ne le font pas. Ils préfèrent choisir certaines écoles pour des considérations propres à eux. Moi, je ne fais pas certaines choses qu’ils veulent qu’on fasse. Ceux-là qui sont censés nous gérer nous reprochent le fait qu’on ne vient pas les voir. Mais moi, je pense que quand on est dans les normes, on n’a pas besoin de passer les voir comme ils aiment à le dire eux-mêmes.
 
Quels sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant que fondateur de l’IPSP ?
 
Les éléments facilitateurs, il n’y en a presque pas chez nous, surtout quand tu veux faire certaines choses. Rien n’ait facile, car ceux qui sont dans l’administration ne vous facilitent pas la vie, quand tu trouves 3 ou 4, c’est qu’il y en a 5 ou 6 qui ne veulent pas et il y a pas de raison précise dans la plupart des cas. Aujourd’hui, quand tu déposes un dossier, c’est rapide, tu as une autorisation en moins d’un mois pour la création ou l’ouverture d’une école mais, moi quand j’ai déposé mes dossiers pour l’IPSP, cela a pris 2 ans, peut-être d’un côté, ils ne savaient pas où mettre l’IPSP qui est une nouvelle création et que personne n’y a pensé. Il y a donc eu beaucoup plus de difficultés ; et l’autre grande difficulté, ce n’est pas seulement au niveau de l’Etat, c’est plutôt au niveau des parents d’élèves qui ne payent pas leur frais de scolarité, pensant que l’école a de l’argent et donc ils peuvent prendre du retard dans les paiements.


Doula Sanda 1

Vous trouverez même des parents d’élèves qui vous disent qu’il faut garder le diplôme de mon enfant quand je vais payer tu vas me donner le diplôme. Dans ces conditions, comment satisfaire nos obligations vis à vis de l’Etat, comment payer nos enseignants, régler les impôts, car les impôts aussi, c’est tout nouveau, c’est avec l’IPSP que l’Etat a commencé à faire les impôts pour toutes les autres écoles du Niger. Tout commence toujours avec l’IPSP. Il faut noter que l'Etat n'a jamais aidé l'IPSP soit en terme de subvention ou même en appui avec des civicares.
 
Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours de fondateur ou d’enseignant?
 
Tout ce que je sais, le Niger mon pays, m’a donné une formation. Au fait, je suis un pur produit de mon pays, le Niger. Il n’y avait pas que la formation de santé publique que je suis venu faire en Belgique à l’ULB. Je remercie mon pays pour tout le reste, car c’est vraiment important. Ce que je peux faire aujourd’hui et toutes les réussites, la base c’est cette formation dont j’ai bénéficié de la part de mon pays.
 
Quelles sont les valeurs qui vous ont guidé durant votre parcours ?
 
L’honnêteté, après l’honnêteté, le travail, car ces 2 valeurs, je les ai apprises de mon défunt père qui a toujours été honnête, valeureux est surtout travailleur. J’ai toujours dis cela aux gens. Mon père ne m’a pas laissé de l’argent liquide, mais il m’a donné la volonté et l’amour du travail et je sais très bien que seul le travail paye, comme on dit.
 
Parlez-nous de l’IPSP
 
L’Institut Pratique de Santé Publique (IPSP) est la première école privée de formation des agents de santé au Niger. Elle a été créée exactement en octobre 2002. À l’ouverture de l’IPSP, précisément le jour du premier test d’entrée dans cette école, les responsables du ministère de l’enseignement supérieur que nous avons invités avaient décliné l’offre, car ils disaient que ce n’est pas sûr que cette école va marcher. Ils disaient, comment on va aller à un test et alors qu’il n’y a pas de « papier ». Et pour faire ce test, nous avons eu plus 500 candidats. Mais au vu de la rigueur mise dans l’organisation de ce premier test, nous avons retenus que 298 candidats sur plus 500 qui se sont présentés.


Doulla Sanda Maiga 02C’est vous dire la rigueur que nous mettons dans le choix même de nos élèves. En 2006, nous nous sommes retrouvés avec 1600 élèves pour vous dire un peu l’évolution de notre établissement. C’est aussi l’IPSP qui est à la base de la demande de l’institutionnalisation d’un examen d’Etat pour toutes les écoles de santé publique au Niger, même celles dites de l’Etat ne faisaient pas un examen commun devant permettre d’évaluer l’aptitude des agents qui auront en charge la santé de nos concitoyens.
Cela dit, depuis que l’examen unique a commencé en 2011, l’IPSP a toujours été premier parmi les écoles privées de santé à Niamey, Maradi et Agadez. Je le confirme car nous avons les chiffres.


Le parcours de l’IPSP c’est aussi l’innovation dans la formation. Quand l’IPSP a été créé, nous avons voulu regrouper tout ce qui se faisait avant dans les écoles de santé gérées par l’Etat mais de façon éparpillée. Dans ces écoles, l’Etat formait les infirmiers, les sages-femmes, les assistants sociaux. Mais nous, à l’IPSP, outre les formations précitées, nous formons des techniciens supérieurs en santé publique.


En créant l’IPSP, nous avons mis toutes ces filières dans la même école. Cela veut dire qu’un étudiant, quand il vient chez nous, il peut commencer et finir sa formation en technicien supérieur directement. Nous avons aussi innové des filières qui n’existaient pas au Niger, à l’exemple des paramédicaux, les vendeurs en pharmacie, les délégués médicaux, les gestionnaires des hôpitaux. Toutes ces filières n'existaient pas auparavant, c’est grâce à l’IPSP qu’elles sont venues au Niger.
L’IPSP a poursuivi dans les innovations en créant les filières de dermatologie. Nous étions les premiers à former des techniciens supérieurs en dermatologie au Niger et nous avions innové beaucoup d'autres choses.


 En 12 ans d’existence, nous avons fait beaucoup de choses, car nous avons pu former plus de 8 000 agents de santé qui sont aujourd’hui au Niger et à l’extérieur du Niger. Il faut préciser qu’à l’IPSP, nous avons 7 nationalités différentes, en plus des nigériens. Nous avons des béninois, des togolais, des camerounais, des maliens, des tchadiens, des gabonais et des congolais de la RDC. Nous avons tout ce beau monde à l’IPSP, ce qui fait qu’actuellement, l’école est vraiment très connue presque partout. Quelque part, c’est cela notre fierté.
 
Pouvez- vous, à partir de quelques exemples concrets, illustrer les retombées positives qu’ont apportées les enseignements donnés par l’IPSP aux jeunes nigériens ?
 
Les retombées positives, c’est qu’aujourd’hui, beaucoup de gens veulent faire la santé, car l’IPSP a ouvert la porte pour que d’autres aussi créent des écoles de santé au Niger.
Les retombées positives, c’est aussi le fait que partout où on va au Niger, vous n’allez pas trouver un centre de santé où il n’y a pas un ancien élève de l’IPSP. D’ailleurs pour la plupart des cas, vous trouverez que se sont eux les majors (responsables) de ces centres de santé, de CSI (Centre de santé intégré) au niveau du village.
Même à l’extérieur, nous les retrouvons aussi, car comme je vous l’ai dit tout à l’heure, nous avons en dehors des nigériens, sept (7) autres nationalités.
Actuellement à Bruxelles, il y a des nigériennes qui sont là pour suivre d’autres formations, après celles qu’elles ont suivies à l’IPSP et sur la base du diplôme que nous leur avons délivré au Niger.
 
 
Parlez-nous de votre prix reçu à Londres, puis à Bruxelles ?

Doula Sanda 4
 
Le prix de Bruxelles, c’est un prix de la qualité, attribué par une organisation appelée ESQR (european society for quality reshearch) qui est une organisation basée en Suisse. Ce n’est pas le premier prix que nous recevons. La cérémonie officielle de remise de ce prix s’est déroulée le 1er juin 2014 dernier à l’hôtel Plaza à Bruxelles.
Notre premier prix, nous l’avons reçu en novembre 2012 à Londres, en Grande Bretagne.
Toutes ces organisations, nous ne connaissent. Je pense que selon le document qu’elles nous ont envoyé, ces organisations travaillent sur Internet.  Elles ont des gens qui les informent à travers tous les pays dans le monde pour savoir qui fait quoi, car il n’y a pas que les écoles qui sont primées par ces organisations.
 Elles attribuent des prix aussi à toutes les organisations, toutes les entreprises qui se sont distinguées d’une manière ou d’une autre dans leurs activités qu’elles mènent ici et là dans le monde, et je pense que c’est une fierté pour nous que le Niger puisse être distingué à travers notre modeste personne et la petite école que nous sommes en train de gérer.
 
 
Avez-vous des projets pour le développement et le rayonnement de l’éducation scientifique au Niger ?
 
Doulla Sanda Maiga 1

D’abord, commençons par l’IPSP. Le projet que nous avons, c’est qu’à la rentrée prochaine 2014-2015, nous allons ouvrir des masters, en santé publique avec plusieurs options que nous allons faire uniquement à Niamey, car même les cours de techniciens supérieur, on les faisait jusqu’à cette année, uniquement à Niamey. Pour l’année prochaine, nous allons aussi ouvrir les formations de techniciens supérieurs, c est à dire la licence en santé publique au niveau de Maradi et Agadez, car il n’existe pas au niveau de ces deux régions où nous sommes présents.


 En plus, beaucoup de personnes nous ont demandé au niveau même de Maradi d’apporter notre petite expertise, notre petite rigueur que nous avons et qui font en sorte que nos élèves, quand ils vont sur le terrain, pendant les stages, font la différence avec les autres élèves qui ont été formés dans les autres écoles, y compris les écoles gérées par l’Etat. Et je maintien ce que j’ai dis. Donc pour la formation au Niger, je pense que, ce qui fait que l’école au Niger ne marche pas à mon avis, c’est qu’il n’y a plus de rigueur. On laisse les élèves et les enseignants faire ce qu’ils veulent. Il n’y a pas de respect de contrat entre l’Etat et les enseignants, entre l’Etat et les élèves.
 

Aussi, il n’y a pas de suivi, il y a toute une absence de coordination entre l’administration qui gère les écoles et ce qui se passe sur le terrain, car vous constaterez que des enseignants contractuels s’absentent regulierement sur leur terrain. Des fois, ce n’est pas de leur faute, pour aller toucher leur salaire à 400, 500 ou 1000km de leur lieu de travail. Ce qui fait qu’ils sont obligés de s’absenter pendant une à deux semaines dans le mois, ce qui veut dire que ces élèves-là ne vont pas l’école. Il y a aussi le fait que les enseignants s’absentent pour rien du tout parce qu’il n’y a pas de contrôle, pas de suivi et surtout, il n’y a pas de sanction au Niger. Ce qui fait que tout le monde fait ce qu’il veut et quand le ministère chargé de l’enseignement doit travailler avec plus de 60 syndicats, je pense que ce n’est pas facile dans le seul secteur de l’enseignement. Comment vont-ils négocier, parler et pouvoir travailler ensemble ?  Je pense que cela doit être très difficile et je pense que c’est à ce niveau qu’il faut revoir les choses.
 
Quels conseils donnez-vous aux jeunes nigériens et nigériennes qui voient en vous un modèle ?
 
Doula Sanda 3Je pense que le seul conseil qu’on puisse donner, c’est de travailler, d’arrêter de se mettre dans des fada et de prendre du café et du thé. Je ne suis pas contre cela. Mais moi, je ne le fais pas, car quand vous parlez comme ça, les gens pensent que vous les insultez et que vous les prenez pour de n’importe quoi.
Moi je pense que seul le travail paye et il n’y a que le travail qui puisse libérer l’homme, car quand vous travailler, il y a toujours un résultat et je l’ai constaté.  
 
 
Je vous laisse le mot de la fin
 
C’est vraiment une joie pour moi, deux ans après Londres, de venir à Bruxelles pour récupérer encore un autre trophée, un trophée que je dédie comme le premier trophée à mon pays le Niger et je le répète qui m’a tout donné, qui m’a fabriqué, mais un Niger que je vois aujourd’hui qui est entrain de sortir des chantiers battus. Quand vous allez à Niamey, beaucoup de choses ont changé.  Quand vous allez à intérieur du pays, il y a beaucoup de constructions de classe, je pense que nous avons amorcé ce que nous devons faire et je pense que le Niger mérite mieux que ce qu’on est entrain de vivre dans notre pays et je souhaite tout ce qu'il ya de meilleur pour mon pays le Niger.
 

Monsieur Abdoulaye SANDA Maïga, Directeur Général de l’Institut Pratique de Santé Publique (IPSP)


Réalisée par Boubacar Guédé

 

Last modified on mercredi, 02 juillet 2014 05:43

Orange Campagne Ramadan 2