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lundi, 12 octobre 2015 20:57

La Nigérienne de la semaine : Madame Bayard Mariama Gamatié

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Mariama Gamatie 001Madame Bayard Mariama GamatiéParlez-nous de votre parcours académique.
C'est un parcours assez classique. Après mon baccalauréat au Lycée Kassai de Niamey, j’ai suivi un cursus qui m'a mené à l'obtention d'une licence en Economie politique et Sociale, et d'une Maîtrise de sociologie à l’Université Paul Valéry de Montpellier.

Je me suis orientée ensuite vers les relations internationales à l’Institut de Hautes Etudes Internationales de Nice (IEHEI, en France), jusqu'au Doctorat en Relations internationales à l’Institut des Relations Internationales de Yaoundé (IRIC) au Cameroun.


Première femme de l’histoire du Niger à postuler aux élections présidentielles, quelles étaient vos sources d’inspiration ?
Je parlerai plutôt de motivation fondée sur l’amour de mon pays et sur la conscience de mon patriotisme pour lequel je suis prête à tout sacrifier pour servir mon pays, tout simplement ! Voir ma patrie sombrer à cause de la trahison de l'idéal démocratique qui nous a mené à la lutte contre le parti unique et les régimes militaires, voir l’incurie et la clochardisation de notre classe dirigeante, voir le Niger exposé aux dangers de la haine et de la division irréparable qui ont fait tant de ravages dans certains pays africains, cela m’est insupportable. Et aucun nigérien, aimant sa patrie, ne doit supporter cela.


Être candidate aux élections présidentielles passées est ma manière de proposer des solutions à ces menaces, de donner une chance à l'expression de nouvelles alternatives, et des choix nouveaux pour sortir de la tyrannie d'une classe politique sclérosée qui se réduit finalement à un triumvirat au sommet de l'Etat. Sans rien changer aux pratiques mafieuses, à la prévarication et au mal vivre du peuple. Tout ce pourquoi on s'est engagé à la Conférence Nationale, lutter contre l’injustice, la discrimination et le discours unique, apparaît aujourd'hui comme une parodie de démocratie servie à grand frais aux nigériens. Je me sens encore complice de cette fausse promesse et mon vœu, le plus ardent, c'est de la réparer. Pour faire court, c'est cette frustration qui motive mon engagement politique à aller au plus haut niveau de responsabilité pour éradiquer le mal qui gangrène notre société.


Le « RACINN Hadin’kay », c’est le parti politique que vous dirigez, quelles sont les valeurs qui le guide ?
Racinn Hadin kayRacinn Hadin kay RA.C.I.N.N. est ouvert à tous les nigériens, particulièrement à ceux d’entre eux qui partagent l’idéal d’une société de justice et de progrès social. Ces personnes devraient s’engager à se mettre au service de la Nation sur la base des valeurs et des principes ci-après :

 

  • L’intérêt de la patrie est au-dessus de toute autre considération partisane ou personnelle ;
  • Le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques, c'est-à-dire faire la promotion de l’État de droit et encourager la participation populaire à la gestion de l’État par le biais du suffrage universel ;
  • La reconnaissance de la primauté de nos valeurs de civilisations, particulièrement celles relatives à l’honneur, à l’humilité et à l’honnêteté comme code de conduite publique ;
  • La condamnation et la dénonciation de tout acte de corruption, des infractions et de l’impunité qui y est liée ;
  • La promotion de l’équilibre entre les hommes et les femmes dans les institutions publiques et privées ;
  • La pratique et la diffusion d’une culture de paix et de civisme parmi les masses.

Les élections de2010 étaient votre première expérience aux présidentielles.

Quelles sont les leçons tirées de cette expérience ?
Mariama Gamatie 002Ma candidature était un atout dans un contexte politique dominé par les partis politiques où le leadership est exclusivement masculin : première femme candidate aux élections présidentielles aux Niger, première candidate indépendante, cela a été l’occasion de réaffirmer que les valeurs de paix, de tolérance et de démocratie sont parties intégrantes du socle culturel et social des populations nigériennes. C’est à dire, qu’aucun préjugé négatif ou d'arriération culturelle et d'obscurantisme religieux n'empêche l'expression politique et publique de la femme. C’est une image positive forte de notre pays et de notre démocratie que j'ai contribuée à donner à l'extérieur. De cela, il n’y a aucun doute.

Et puis, j’ai compris les limites des bonnes dispositions de la communauté internationale et de toutes ces organisations qui disent faire la promotion du genre et du leadership féminin.

Etant femme, mère, épouse et unique femme parmi les hommes, le chemin n’est certainement pas facile. Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontées ?
Mariama Gamatie 3Je ne vous ai pas entendu poser cette même question aux autres hommes politiques, mais, comme je le dis souvent, il n’y a pas de déterminisme génétique qui prédispose un genre mieux que l’autre à servir l’intérêt général ou à occuper une place sur l’espace public. Cela dit, les difficultés sont légion aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Mais dans mon cas, je pense qu’il y a un problème de perception de la part d’une certaine opinion qui ne conçoit pas que des femmes puissent assumer des hautes responsabilités dans l’espace public. Être mère et épouse est un vrai bonheur, cela ne constitue nullement un obstacle pour mon combat politique, au contraire c’est pour moi une source précieuse de soutien, de conseils et de protection, j’y tire l’essentiel de ma force et je vous assure que je n’aurais pas pu faire ce que je fais sans le soutien de ma famille, de mes proches.

D’où tenez-vous cette force de ne jamais baisser les bras et de persévérer pour mieux faire ?
Mariama Gamatie 4Comme je vous l’ai déjà dit, de l’amour que j’ai pour mon pays, du soutien de ma famille et de mes proches, de la ferme détermination et de la claire conscience que j’ai de faire partie de la solution. Et puis, j’ai une vision politique et j’ai la ferme volonté de contribuer, avec mes modestes moyens, à la promotion des valeurs de démocratie, de progrès et de l’Etat de droit chez nous.  

Le « Racinn Haddin’kay » est désormais membre du FPR, quelles sont les principales raisons ?
Le Niger fait face aujourd’hui à une crise multidimensionnelle : économique, politique, sociale, sécuritaire,consécutive au comportement arrogant, anti démocratique et anti républicain de la classe dirigeante actuelle qui bafoue les lois; et si l’on y prend garde une telle situation pourrait conduire le pays au devant des périls graves qui menaceraient sa paix, son unité nationale et sa cohésion sociale.A cela s’ajoute la tentative de la préparation d’une vaste fraude électorale sur la base d’un fichier tronqué parce que issu d’un recensement physique bâclé. Devant une telle dérive qui se profile sous nos yeux, il faut la mobilisation de tous les patriotes nigériens pour prévenir tous ces risques. C’est pourquoi notre parti est membre du FPR.

Des années durant, vous vous êtes battue corps et âme pour le rayonnement de la femme nigérienne.  Aujourd’hui que vous avez réussi, qu’attendez-vous d’elle ?
Mariama Gamatie 5Je vous remercie pour cette excellente appréciation que vous avez de mon engagement militant, c’est la preuve que je suis sur la bonne voie et cela m’encourage à persévérer. Mais vous savez, nous sommes encore loin du compte concernant la lutte contre les discriminations et les inégalités ne serait ce que sur le terrain de la simple application des lois correctives existantes ; elles sont bafouées sans autre forme de procès. La reconnaissance de l’importante contribution de la femme à la production nationale est laissée pour compte. Il en est de même de l’amélioration de la qualité et de la couverture de certains services socio de base, comme par exemple dans des domaines aussi essentiels que l’éducation, la formation, la santé, l’assainissement. La faiblesse de l’accès à ses services par les femmes, les enfants et les jeunes, une frange importante des populations, plombe, vers le bas, le rang du Niger en termes d’indice de développement humain où il garde constamment la dernière place.
Cela dit, j’attends des femmes nigériennes qu’elles se mobilisent davantage dans un élan encore plus solidaire pour contribuer au redressement de la démocratie dans notre pays. Nous l’avons déjà fait dans les années 90 ; c’est toujours faisable. J’attends des nigériennes qu’elles transcendent tous les clivages politiques et sociaux pour sauvegarder la paix, la quiétude sociale, l’unité nationale et pour s’impliquer plus que par le passé dans la gestion de la chose publique. Nous sommes à la veille des élections, elles doivent être parties prenantes comme électrices mais surtout comme candidates à tous les niveaux. Elles ont plus que les hommes, le sens de l’intérêt général et du compromis pour la paix. Elles ont du potentiel et une créativité inégalée si elles peuvent conjuguer leurs énergies pour le Niger.

A quelques mois des échéances électorales, quelles sont les stratégies mises en place pour une meilleure place du parti?
Il s’agit presque exclusivement d’un travail de proximité fondé sur la formation et la sensibilisation visant la remobilisation des militants et l’élargissement de l’implantation nationale du parti.

Future présidente du Niger, quelles sont les lignes directrices de votre projet de développement ?
Mariama Gamatie 2Que le Tout Puissant exauce ces vœux que vous formulez à mon endroit !
C’est une question importante qui mérite que je m’y appesantisse plus amplement et je souhaiterais que vous m’offriez, le moment venu, l’opportunité de le faire.

Aujourd’hui, notre système de gouvernance est sclérosé, caractérisé par une prédation sans précédant de nos ressources, une impunité ambiante et de la deliquescence de nos valeurs de société. Au regard de cela, l’accent doit être mis sur des domaines aussi essentiels pour la survie de notre pays, en tant que nation, que l’éducation, la formation, l’accès équitable et de qualité à des services socio de base, le développement rural et la mobilisation de tout notre potentiel de croissance. C’est pourquoi, il importe de garantir :

  •     Le rétablissement d’un État de droit, sur la base d’institutions républicaines solides et pérennes, capables de soutenir le renforcement de l’unité nationale et de construction économique du pays,
  •     Le fonctionnement d’une administration publique dépolitisée, moderne et performante,  
  •     La mise en place d’un système judiciaire efficient et équitable,
  •     La mise en œuvre d’une stratégie nationale de prévention et de gestion des crises,
  •     La prise en compte systématique du changement climatique dans le développement du pays.

Portrait : Mme Bayard Mariama Gamatié
Le parcours d’une Amazone
Dans un monde politique dominé par des hommes, Mme Bayard Mariama Gamatié apparaît comme une lumière et quelle lumière ! Celle qui symbolise la sérénité au féminin mais aussi une certaine fermeté et un esprit conquérant. Mère de famille, la cinquantaine assumée, toujours souriante et joviale, Mamou pour les intimes, est une femme politique de premier plan, bien connue pour son franc parler et son intégrité inébranlable.


Elle préside, depuis bientôt trois ans, aux destinées d'une formation politique, le parti du Rassemblement des Citoyens pour un Niger Nouveau (RACINN Hadin’Kay), qui a réussi le pari de s'implanter, en très peu de temps et sans tambours ni trompettes, dans les huit régions du pays.


RaCiNN est un mouvement qui mobilise par sa vision et par une offre politique pour un devenir possible pour le Niger, accessible même!!! Celle d’un Etat fondé sur la justice et le respect de nos valeurs de société; celle d'un Etat propre et digne.


Pétrie d'une éducation religieuse et traditionnelle peuhle ainsi que des apports du brassage interculturel qui caractérise le Niger, Mariama dispose aussi, entre ses mains, de l'arme absolue de notre société moderne: celle d'un parcours scolaire et universitaire achevé au plus haut niveau des enseignements; licence en Economie politique et Sociale, puis Maîtrise de sociologie à l’Université Paul Valéry de Montpellier, Doctorat en relations internationales à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC). Comme si cela ne suffisait pas, Mariama est émérite même sur le terrain du sport où elle a laissée la réputation d'une basketteuse internationale combattive et meneuse de troupe.


Son engagement est né de son expérience de recherche sur les problématiques de développement et de la participation équitable, auprès de plusieurs institutions internationales, qui lui ont fait prendre conscience des déséquilibres profonds qui freinent l'épanouissement des populations et empêchent tout progrès social dans son pays, voire dans le continent africain tout entier. Elle a les mots simples pour dire des choses très graves "


De la parole à l'acte, le 13 mai 1991, elle s'est faite chef de file et porte-voix de la lutte des femmes nigériennes avant de créer le RDFN pour la défense des droits des femmes, mettant ainsi un terme à 30 ans de caporalisation politique du mouvement féminin par le parti unique, puis par le régime militaire qui lui a succédé.


Sur le terrain du développement, elle poursuivit son action au plan opérationnel à travers l’ONG Femme et Famille (FEFAM pour l’auto promotion des femmes) avant de s'engager plus durablement sur le terrain de la médiation politique pour le dialogue et la promotion de la paix, lorsqu'au tournant des années 1995, des conflits et des crises sécuritaires vinrent remettre en cause le progrès social ainsi que tous les acquis de la démocratie, aussi bien au Niger que dans tout le continent.


Fort de cette expérience, elle coordonna le REMOAP, un réseau des organisations de la société civile sur le moratoire ouest africain et la culture de la paix, puis le Groupe ad hoc de travail sur la prévention des conflits au Niger qui a conduit la mise en place du bien connu CNDP au Niger, exemple unique de mécanisme interne de règlement de conflits politiques.


Sollicitée de partout, c'est tout naturellement qu'elle s'engagea dans une carrière internationale qui aux hautes fonctions au sein des Nations Unies, successivement : Adjointe au Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies en Guinée Bissau (UNOGBIS), Chef de la Division Politique de l’ONUCI en Côte d'Ivoire, puis au BINUB (Bureau intégré des Nations Unies au Burundi), ensuite au poste de Régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre pour le BCPR à Dakar (PNUD).


Ayant décidé librement de suspendre cette brillante carrière pour donner corps à son engagement politique dans son pays, Mariama poursuit actuellement sa carrière de consultante, qu'elle mène de front avec la lutte politique qu'elle juge inachevée tant que la destinée du Niger ne se trouverait pas entre des mains de patriotes sincères, pétris de nos valeurs propres et de celle de la démocratie et soucieux de l'avenir de nos jeunes générations.


C'est ce combat qu'elle mène aujourd'hui à travers le FPR (Front patriotique et Républicain), comme elle l'a fait hier avec la CFDR, contre la banalisation de l'Etat de droit et de la fonction d'homme publique, contre la marchandisation de la justice et de la souveraineté de la Nation.


Avec la respectabilité de son personnage et la perspicacité que tout le monde lui reconnaît, son engagement et celui de son parti au sein du FPR est un gage de crédibilité et de succès inéluctable.

Réalisée par Boubacar Guédé
08 octobre 2015
Source : http://Nigerdiaspora.Net

Dernière modification le samedi, 17 octobre 2015 17:57