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Energie solaire : Une alternative crédible, mais qui requiert d’énormes investissements

Le Niger a célébré, le 7 avril dernier, la 19ème édition de la Journée Nationale des Energies Renouvelables (JNER), instituée par décret du 6 avril 1998 en hommage à l’illustre fils du Niger en la personne de Pr. Abdou Moumouni Dioffo rappelé à Dieu le 7 avril 1991. Placée sous le thème « Energies Renouvelables : Opportunités, Choix et Défis pour le Développement », cette édition 2017 a donné lieu à une grande manifestation dans les locaux du Central National d’Energie Solaire (CNES), ex-ONERSOL. Il est ressorti du message commémoratif prononcé par la ministre de l’Energie, Mme Amina Moumouni, une réelle volonté politique des autorités nigériennes de donner toute leur place aux énergies renouvelables en particulier dans le développement socioéconomique. Aussi, par cet article, nous jetons un regard sur l’énergie solaire, un domaine dans lequel notre pays dispose d’un potentiel inépuisable.

Avec les problèmes de fournitures d’énergie électrique de plus en plus récurrents dans notre pays, les populations, du moins celles qui ont les moyens, se ruent sur les équipements solaires. Du coup, le commerce desdits équipements connait un boom. Cependant, bien qu’étant une alternative durable, le solaire n’est pas toujours à la portée de la grande masse.

Un tour dans la capitale permet de constater la multiplication des points de vente des équipements solaires. Une situation qui en dit long sur la demande en énergie pour les ménages, notamment dans la capitale soumise à des coupures intempestives, et au meilleur des cas, à des délestages en période de canicule.

Alors, certaines structures se sont même spécialisées dans le solaire. Non seulement, elles vendent les équipements, mais elles fournissent aussi l’expertise aux acquéreurs pour leur installation. C’est le cas de Sun Total où on trouve toute une gamme de matériels solaires: plaques photovoltaïques, lampes, climatiseurs, congélateurs, téléviseurs, tous adaptés à l’énergie solaire, ainsi que des kits complets. Les produits viennent directement de la Chine. Mais, pour la grande majorité des Nigériens, l’acquisition de cet équipement n’est pas une chose aisée.

A titre illustratif, pour obtenir le dispositif solaire nécessaire pour faire fonctionner les ampoules, les ventilateurs et le frigo d’une maison, il faut investir au moins un million de francs CFA, explique M. Siddo Salifou, chef Service Technique et Maintenance à l’ONEP. Pour ceux qui veulent avoir l’air conditionné et utiliser des congélateurs, un investissement de l’ordre de 10 millions de FCFA ou plus s’impose, d’après ce technicien qui a l’habitude de faire des installations solaires complètes aussi bien pour les privés que pour des institutions. Ces coûts d’investissement sont largement au-delà des capacités du Nigérien moyen.

En outre, ces coûts peuvent varier selon la qualité des panneaux photovoltaïques utilisés. Deux principales variétés sont utilisées. Il s’agit des panneaux monocristallins et des polycristallins. ‘’Les premiers, de couleur noire, sont de meilleure qualité, et donc plus chers. Les seconds sont ceux généralement importés chez nous. Et il y a au moins trois catégories différentes en leur sein’’, explique M. Siddo Salifou. Seule bonne nouvelle, c’est que les prix des panneaux ont beaucoup baissé ces dernières années constate ce technicien qui souligne cependant que les batteries (accumulateurs) coûtent encore cher.

Mais, la faute n’est pas aux commerçants. En effet, pour l’essentiel, le matériel et les équipements solaires sont importés de la Chine. Ce qui implique des coûts importants de transports selon, M. Adamou Alsina, comptable de la Société Africaine d’Equipement spécialisée dans l’installation des systèmes d’énergies solaires. Mieux, ajoute-t-il, ‘’aucune facilité n’est accordée dans l’importation des équipements. Ils sont taxés comme toute autre marchandise.     Aucune exonération n’est accordée. Et c’est ce qui fait que ces équipements coutent cher’’. Pour lui, très peu de citoyens peuvent s’offrir le luxe d’installer chez eux des circuits complets. Raison pour laquelle d’ailleurs, leur société, la SAE, travaille beaucoup plus avec les institutions. ‘’Nous travaillons avec les mairies et les organismes internationaux. Nous faisons surtout l’installation des lampadaires solaires’’, explique M. Adamou Alsina.

Dans certains pays notamment du Nord, l’Etat encourage le recours au solaire pour réduire l’impact écologique des énergies fossiles. Dans d’autres, les pouvoirs publics le font pour permettre à un plus grand nombre d’accéder à l’électricité. C’est le cas au Mali et au Burkina Faso où les équipements solaires sont exonérés. Mais au Niger, où l’électricité reste encore une denrée de luxe pour une large partie de citoyens, les équipements solaires sont encore, comme toute autre marchandise, soumise à une taxation qui en aggrave les prix de revient à l’importation, et donc   limite l’accès pour le plus grand nombre.

En outre, ces derniers temps le solaire est même beaucoup plus utilisé dans l’irrigation que pour les usages domestiques. ‘’Il est très avantageux dans les jardins. Certains n’utilisent même pas les batteries. Les panneaux sont directement branchés à la pompe solaire, et l’exploitant a de l’eau toute la journée pour l’irrigation’’, explique M. Siddo Salifou. C’est dire que la maitrise de l’eau pour la production passe aussi par le chemin du solaire. Une raison de plus pour les pouvoirs publics d’encourager, par des mesures incitatives, l’importation du matériel et des équipements solaires, en vue d’accroître l’irrigation et donc la production agricole pour atteindre l’un des objectifs que s’est fixé le Gouvernement, celui d’éliminer la faim à l’horizon 2020.

Siradji Sanda (ONEP)

19 avril 2017
Source : http://lesahel.org/

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