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samedi, 24 septembre 2011 22:02

Le Nigérien de la semaine : Amadou Handou

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Amadou_Handou_1
Quel a été votre parcours académique ? 
  J’ai fréquenté l’Ecole primaire de Keita dans la région de Tahoua. C’était l’époque où les enseignants mettaient un point d’honneur à la réussite de leur mission qui est de très bien  former les enfants qu’on leur confiait.
Ils allaient dans l’enseignement par vocation et non par nécessité. Ils étaient respectueux et respectables. Je profite de votre tribune pour remercier M. Boniface Lobi et son épouse Suzanne. Ce sont des enseignants hors pair. 

Amadou_Handou_10Après mon CM2 j’ai passé le concours d’entrée en 6eme. Je me souviens que notre maître d’école avait écrit au tableau noir, une demande de bourse adressée au Ministre de l’Education Nationale, que toute la classe a  recopiée avec exactitude.
Mes collègues et moi, nous avons  dû parcourir 63 km dans un camion Benne  sur une route cahoteuse pour aller à Tahoua afin d’y  de passer l’examen du C FEPD et le concours d’entrée en 6ème. Oui il s’agissait bien d’un concours à l’échelle nationale où les 100 premiers élèves étaient admis au Lycée National de Niamey où ils étaient totalement pris en charge. Les autres écoliers ayant obtenu la moyenne d’entrée en classe de 6ème étaient orientés vers  la dizaine de collèges (CEG)  qui existaient au Niger. Pour ma part j’ai été admis au Lycée National où j’ai suivi les cours jusqu’en classe de Terminale et l’obtention de mon  BAC. J’ai ensuite passé le concours d’entrée à l’Ecole de l’Air de Salon de Provence  à l’Ambassade de France au Niger ; concours auquel je suis admis avec à la clé une bourse pour me rendre en France afin de poursuivre des études d’Officier pilote à l’Ecole de l’air. C’est l’une des plus grandes écoles militaires françaises, à l’image de l’Ecole polytechnique de Paris surnommée l’« X »,qui  est une école d’ingénieurs française ; de l’École de l’air  de Salon de Provence , une école militaire formant des officiers de l’armée de l'air française ; de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr qui forme des officiers des armes de l'armée de terre et une partie des officiers de la gendarmerie nationale ; de l’ Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC) ; et de l'École navale  de Brest , un établissement d'études supérieures qui assure la formation initiale des officiers de la marine nationale.

Je suis donc sorti de l’école de l’air avec le grade Sous- Lieutenant pilote, et un diplôme d’Ingénieur en aéronautique. De retour au pays j’ai été affecté à  l’Escadrille Nationale des forces armées Nigériennes  qui est devenue  Groupement Aérien du Niger (GAN) d’où j’ai du démissionné pour des raisons dont je ne m’étendrai pas ici. Dans le Civil je suis reparti à l’Université d’Aix –Marseille  où j’ai obtenu  deux diplômes de 3ème cycle : un  DESEGTA (Diplôme d’Etudes Supérieures en Economie et Gestion du Transport Aérien) et un DESS en Droit des transports Maritimes et Aériens. Quelques années après, j’ai soutenu une thèse de Doctorat à l’ENAC  (Ecole Nationale de l’Aviation Civile ) en France  sur un sujet intitulé : “Développement du réseau de transport aérien dans la zone CEDEAO: Proposition d’un modèle de prévision basé sur la logique floue et la maximisation entropique. “   Ces travaux de recherche couvraient les domaines suivants : l’aéronautique, la recherche opérationnelle et l’Econométrie.

Quels sont les facteurs qui ont orienté votre carrière ?
Je dirai le  hasard. Je voulais poursuivre des  études d’agronomie et je me suis retrouvé dans les airs.

Amadou_Handou_7Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre expérience professionnelle au niveau national et international?
J’ai été officier- pilote dans l’Armée de l’air Nigérienne. Dans le civil, j’ai occupé plusieurs postes. J’ai été  Cadre de la compagnie Air Niger ou j’ai occupé différents postes de responsabilités et j’ai fini comme Directeur d’exploitation et Commercial avant de retourner à l’université d’Aix- Marseille. Après les études dont j’ai fait mention tantôt, j’ai travaillé pour l’ ANAC (Activités Nationales de l’Aviation Civile (Gestion des Aéroports) et la Direction de l’Aviation Civile du Niger (DAC). J’ai également été   Chef de Service de la Navigation aériennes à la direction de l’Aviation Civile du Niger. J’ai été Professeur à l’Ecole Africaine et Malgache de la Météorologie et de l’Aviation Civile (EAMAC)  où j’ai dispensé pendant plus de 15 ans des cours en Economie du Transport aérien, les opérations aériennes, la Réglementation technique du Transport aérien, la Navigation Aérienne, des modules essentiels pour les ingénieurs en Aviation Civile et les Contrôleurs aériens. Riche de toute cette expérience, j’ai rejoint les Nations Unies au Liberia puis à la Direction Générale de Programme Alimentaire Mondiale  où je travaille au sein de la Direction Logistique. 

Amadou_Handou_6Quels sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant  que fonctionnaire international ?
Je ne sais pas s’il faut parler de difficultés mais je peux dire que dans l’humanitaire nous  travaillons souvent  dans des environnements très stressants. Pour ma part je  travaille précisément pour le service aérien humanitaire des Nations Unies communément appelé UNHAS (United Nations Humanitarian Air Service). Ce qui m’amène à voyager vers tous les points chauds du globe. C’est un service commun des Nations Unies qui fournit un service de transport aérien, de passagers, et de fret à l’ensemble des organisations Onusiennes humanitaires et à leurs partenaires. UNHAS  effectue également des vols dédiés au transport aérien stratégique tels que les évacuations médicales et de sécurité en zone de conflit, à la demande de la communauté humanitaire. Son intervention rapide fait la différence entre la vie et la mort.  Lorsque surviennent des situations d’urgences à travers le monde ; qu’il s’agisse du passage du cyclone Nargis au Myanmar, en 2008, le typhon Ketsana aux philippines en 2009 ou à la mi-janvier 2010 du tremblement de terre en Haïti, UNHAS  positionne des avions dans les 48 heures pour permettre aux organisations humanitaires de venir rapidement en aide aux sinistrés.  UNHAS  déploie actuellement ses ailes dans les pays suivants: Afghanistan, République centrafricaine, Tchad, République Démocratique du Congo, Congo, Ethiopie, Irak, Côte-d'Ivoire, Libye, Niger, la Somalie, Nord Soudan,  Sud Soudan, et Tanzanie.  On peut dire que c’est une grande compagnie aérienne dédiée au travail humanitaire exploitant une centaine d’avions de tout genre y compris des hélicoptères du plus petit au plus gros qu’elle affrète auprès des opérateurs aériens. UNHAS a répondu avec le déploiement massif des hélicoptères pendant le tremblement de terre d'Haïti et des inondations au Pakistan en 2010. Comme je le disais tantôt, nous travaillons très souvent dans des environnements hostiles et des conditions difficiles. C’est un travail qui nécessite beaucoup de sérieux, et  un grand investissement de soi ;   mais c’est le prix à payer pour sauver des vies humaines et venir en aide aux sinistrés.  En 2010 les avions UNHAS ont volé 49 046 heures, transporté 350 534 passagers et 14 833 tonnes  métriques de fret.

Amadou_Handou_2Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?
La clef de la réussite c’est le travail. Je vais vous raconter une anecdote pour illustrer ce que je veux dire. La première fois que j’ai approché un avion, c’était pour embarquer pour la France afin de suivre une formation de pilote (rires). Je me suis retrouvé dans une promotion de 100 élèves ou les 80 étaient  français, généralement tous parents ou fils de pilotes, c'est-à-dire que dès leur berceau, ils entendaient parler de propulsion, d’aérodynamique, de mécanique de vol, de navigation aérienne etc.… Beaucoup d’entre eux étaient déjà titulaires d’une licence de pilote privé au moins. Les quelques africains que nous étions dans la promotion devrions travailler dur, d’autant plus qu’on pouvait être renvoyé  de cette école à chaque semestre si l’on n’obtenait pas le minimum requis (12 de moyenne). Il n’y avait ni de session de rattrapage ni de  redoublement.  La première année était consacrée essentiellement aux Maths et Physique.  4h de math le matin et 4 heures de physique l’après- midi le lendemain on inverse : 4heures de physique le matin et 4heures de maths l’après-midi. Ça ne change pas.Et ce du 15 septembre au 31 juillet, parsemé de quelques cours de formation militaire et des vols d’initiation. Il fallait vraiment maîtriser ces deux matières avant d’aborder les matières professionnelles, les années suivantes.  Maintenant avec du recul, je reconnais que cette école est une école d’excellence, car après l’avoir fréquentée je me suis toujours senti très à l’aise partout où j’ai poursuivi d’autres études (France, Canada, Belgique, etc.). Tout ceci pour dire qu’à force de travail et d’abnégation tout est possible. 

Qu'est-ce qui vous a poussé vers l’Aviation?
Au début le hasard et après la passion. L’aviation est une drogue.

Amadou_Handou_12Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours ?
Comme beaucoup de gens de ma génération, je peux dire que nous étions  « les pupilles de la Nation ». Le Niger nous a pris en charge depuis les premiers jours de notre entrée à l’école primaire  jusqu'à la fin de nos études supérieures et même de spécialisation. On avait vraiment beaucoup de chance. Il faut dire qu’à l’époque, les maigres ressources de l’Etat étaient bien gérées et elles allaient pour l’essentiel dans les secteurs de l’Education, de la Santé, de l’Agriculture etc. En plus on avait un emploi dès la fin de nos études.

Quelles sont les valeurs qui vous ont guidé ?
J’étais très blagueur de nature, j’aime rire et faire rire les autres, mais quand il s’agit d’études et de travail, le sérieux reprend sa place. J’avais une technique quand j’étais élève et étudiant. En classe je suis très attentif, je me concentre pour comprendre  au moins 80% de ce que dit le formateur, même s’il faut poser plusieurs fois des  questions, et de cette manière je n’ai pas besoin de fournir beaucoup d’efforts   pour maîtriser la totalité du cours. Alphonse Allais  disait  que « les gens qui ne rient pas ne sont pas de gens sérieux », et Victor Hugo d’ajouter que « Faire rire, c'est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu'un distributeur d'oubli ! “
Dans mon cas, le rire fait partie de mon humeur. Je ris très souvent !!! Voir tous les jours, bref, si je venais à enlever la part de rire de ma vie je dirais qu'il me manquerait quelque chose mais ça ne m’empêche pas d’être sérieux quand il le faut.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?
Il faut être honnête, travailleur, humble et avoir le sens de l’honneur !!!

Amadou_Handou_5Nous tirons des bénéfices de notre travail. «C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes dans la terre…» (Moïse 4:23, 25.)
Je conseille aux Nigériens de s’approprier cette citation pour ne pas s’adonner à la recherche de l’argent facile et éviter à  notre pays tous ces détournements de deniers publics dont la presse nationale fait état en ces temps -ci.

Quels constats faites-vous aujourd'hui de la situation de l’Aviation au Niger,  en Afrique et dans le monde ?
Ce qui me chagrine le plus c’est de voir mon pays dépourvu d’une compagnie de transport aérien. Son étendu le lui impose. Et il regorge de ressources humaines compétentes dans le domaine aéronautique. Dans toutes les organisations de l’aviation civile aussi bien au niveau régional, qu’internationales, s’y trouvent des nigériens, très compétents, donnant entière satisfaction à leurs employeurs. Pour l’Afrique il faut regretter que ce continent qui ne représente que 1% du transport aérien mondial génère 25 % des accidents d’avion. Cela peut trouver son explication par le non respect de la réglementation en vigueur dans le domaine et souvent la corruption.

Avez-vous des solutions, des projets ou  plan  pour l’Aviation au Niger ?

Il faut vite convoquer les Etats Généraux du Transport aérien à l’instar de ce qui se fait dans la sous région. Ces Etats Généraux  regrouperont toutes les compétences dont dispose le Niger  dans le domaine. Ceci nous permettra de diagnostiquer le mal et d’y trouver le remède.

Que pensez-vous des cadres au Niger ? En quoi  sont-ils un atout pour la population en général, et aux femmes, hommes et jeunes en particulier ?

Amadou_Handou_4Travaillant pour les systèmes des Nations Unies je côtoie beaucoup de nationalités, et ceci me fait dire que le Niger a beaucoup de cadres très compétents mais mal utilisés. Le multipartisme est certainement quelque chose d’excellent pour la démocratie mais par contre il a amené avec lui la politisation de l’Administration dont le Niger a du mal à se départir malgré tous les textes de loi en la matière. Ceci amène à un partage de postes entre les partis au pouvoir qui fait qu’on n’a pas « la personne qu’il faut à la place qu’il faut. » Ceci cause un  grand tort à notre peuple.


Je vous laisse le mot de la fin.

Je vais profiter  pour vous remercier très sincèrement pour cette opportunité qui m’a été offerte, de m’adresser aux lecteurs de Nigerdiaspora. Cette tribune joue un rôle très important pour nous Nigériens de la Diaspora. Elle nous permet  d’être informé sur ce qui se passe dans notre cher pays le Niger. Je vous en félicite et vous souhaite bon vent !

Réalisée par Boubacar Guédé et Moussa Malam

Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15

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