jeudi, 12 janvier 2017 10:51

Bazoum Mohamed : L’intarissable venin rose

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http://www.nigerdiaspora.net/images/Bazoum-Mohamed-001.jpgLes dernières interventions de Bazoum Mohamed auront permis de comprendre que son régime n’a pas arrêté de persécuter Hama Amadou et son parti. Pour le régime des camarades, tous ses problèmes – pas ceux du Niger – se résument à deux noms : Hama et le Moden Fa Lumana. Vision réductrice, faite de chagrin et de jalousie morbide, qui ne saurait se comprendre quand on a conscience de ses responsabilités quand on gère un Etat. Comment d’ailleurs ne pas le croire quand, pour une énième fois la liberté provisoire, après une année de détention a été refusée à des hommes, civils et militaires, injustement incarcérés pour une affaire présumée de coup d’Etat qu’on se refuse à élucider.

Une intervention inopportune

Il n’y a plus qu’un philosophe de l’acabit d’un Bazoum a savoir lire les silences pour leur donner une connotation et répondre au silence. Depuis combien de temps n’a-t-on pas entendu Hama Amadou ? Pourtant, c’est à cet homme qui ne parle pas depuis un certain temps que Bazoum dit répondre. Que peut dire le silence de Hama Amadou ? Rien, à vrai dire sinon que d’agacer des hommes qui ont autant peur de ses paroles que de ses silences. Bazoum parle au silence de Hama Amadou qui ne l’écoute pas parce que certainement il a mieux à faire, il sait le combat qu’il a à faire, il refuse de donner à ces politiciens l’occasion de vivre sur ses discours. Mais ses silences comme ses paroles dérangent et partout, même lorsqu’il est loin, on le voit partout. Bazoum verse dans la spéculation, dans l’extrapolation pour imputer à Hama Amadou ce qu’il prétend avoir entendu ou lu sur les réseaux sociaux. Comment un homme politique sérieux peut-il se nourrir à une telle source pour construire son discours politique avec quelques arguties puisées ici et là, à travers les propos de citoyens lambda qui trouvent là un défouloir qui les soigne de vexations subies, ce qui, du reste, se retrouvent sur les réseaux de quelques bords que ce soit et ne saurait être l’apanage du seul parti de Hama. Quand on est un homme politique sérieux, on ne se nourrit pas à ces sources périphériques.

Fixation sur Hama Amadou

Tout ce que raconte Bazoum, ainsi que son venin d’ailleurs, est versé sur Hama Amadou et son parti, le Moden Fa Lumana. Que peuvent avoir ces hommes d’aussi personnel et particulier à régler avec Hama ? C’est dangereux de ne vivre qu’avec une telle phobie, un tel harcèlement contre un homme qui a aussi, quoi que veuillent dire ses adversaires, sa place dans la République et dans la nation. Issoufou n’est pas seul. Hama est-il seul ? C’est des discours dangereux que des hommes politiques ne peuvent développer dans une nation émiettée, douloureusement assise. Les socialistes en occupant les espaces publiques, doivent savoir gérer leur verbe. Il ne faut pas croire que ce qui se dit sur les réseaux sociaux peut être tenu et amplifié sur les espaces publics par des politiques responsables, astreints à la mesure.

En vérité, il ne s’agit que d’une diversion de la part du président du PNDS dont le régime commence à trembler face aux tournures que prend une crise politique qui n’a que trop duré et sur laquelle, l’attention du pouvoir a bien été pourtant attirée. Le discours du ministre de l’Intérieur ne vise alors rien d’autre qu’à diaboliser le parti de Hama Amadou qui ne l’agace que par sa capacité de résilience à ses assauts répétés, sa capacité à contenir toute la frustration qu’on lui fait subir pour ne pas céder à l’abjecte violence à laquelle on semble vouloir le pousser afin de profiter pour l’anéantir. Mais le parti de Hama Amadou comme toute l’opposition comprennent le jeu, et refusent de s’y prêter, suivant avec lucidité, la conduite qu’ils se sont tracée. Quand à Hama Amadou, tout le Niger sait que c’est un félin politique, toute chose pour laquelle on le redoute tant, et ce harcèlement verbal, ne peut le sortir de sa sérénité pour le pousser à occuper l’espace politique public devenu morne alors que pour le moment, le temps n’est pas encore venu de s’y inviter. Il n’agira pas car il n’agit que selon son propre agenda, pas celui qu’un autre voudrait lui imposer. La société civile, elle-même, reste calme, sans jamais comprendre que les reproches de pactiser avec l’opposition s’adressent à elle. Elle a conscience de son rôle, et ne se sent nullement complexée de manifester avec d’autres structures fussent-elles politiques. Les problèmes politiques sont-ils hors de la société pour demander à la société civile de s’en démarquer ? Moussa Tchangari a d’ailleurs animé un point de presse pour égrener les revendications que la société civile pose et profite en même temps pour dire, tout l’engagement de leurs structures à travailler avec tous les Nigériens, pour défendre le Niger et ses intérêts, le Niger et sa démocratie. Bazoum ne peut donc pas intimider et faire oublier aux Nigériens leurs responsabilités face à l’histoire. Quand au Moden Fa Lumana, tout le monde le sait, il n’a jamais eu besoin de se cacher derrière un autre, pour s’affirmer et mener son combat. Il a toujours mené ses combats et les a assumés. Dans la dignité. Et cela semble faire peur.

Un discours de désespéré

Dans ce que Bazoum pourrait considérer comme étant ses vérités, on aura entendu des lamentations, quelques peurs d’un crépuscule redouté. On aura d’ailleurs compris que ce sont certaines positions de l’Opposition qui sèment la panique et l’on semble les prendre au sérieux. Pour avoir joué à ce jeu, les camarades ont de quoi avoir peur. Demander la démission du président est sans doute une revendication redoutable qui doit avoir donné des sueurs froides. Cette déclaration fracassante a ébranlé la sérénité apparente d’un pouvoir usurpé qui tente de reconquérir l’affection perdue du peuple en jouant sur la victimisation. Et l’on veut faire croire qu’il y a eu des élections, sans dire quelles élections avait-on eues. Les Nigériens comprennent donc qu’on leur demande aujourd’hui, de se remettre au travail, mettant en avant une majorité fort contestable quand on sait le hold-up qui l’aura consacrée. C’est certainement dans cette lecture d’un peuple qui se décide à prendre en charge son destin que le politicien philosophe, voit et redoute le scénario burkinabé. Pourtant, mieux qu’un autre, il sait que si cela devait se passer, ce ne sera que parce que son régime n’aura pas été capable d’aborder avec responsabilité, les problèmes qu’on lui pose.

Pour justifier son intervention qui n’a aucun fondement, Bazoum passe par une étude comparative très artificielle qui confronte la gestion de Hama Amadou et celle d’Issoufou Mahamadou biaisant les canons de la science comparatiste et oubliant d’abord que Hama n’avait jamais géré en tant que président de la République et que, pour être objectif et scientifique, il aurait aussi fallu tenir compte de contextes qui sont totalement différents. C’est ainsi qu’on a entendu le philosophe s’appuyer sur des chiffres trompeurs, pour montrer à quel point son régime et son champion seraient « bien » avec les étudiants et pour tout dire, avec l’école, une manière insidieuse de mettre les étudiants et les scolaires sur le dos de Hama. La malice ne passe pas. Cette falsification ne trompe personne. D’abord, pour être honnête, il aurait fallu dire aux Nigériens, que Hama a géré les conséquences d’une politique dont il n’a jamais été responsable et à chaque fois, avec abnégation, il a su relever les défis. En arrivant en 1999 à la primature, le trésor national ne comptait qu’une six cent misérables millions pour tout un Etat. Hama ne s’en était pas plaint et il s’est mis au travail, travaillant comme hercule, pour tout redresser et tout éponger. A l’époque, on s’en souvient, le MNSD était fier, de son « enfant terrible » et il l’adulait, l’acclamait avant que les mêmes diviseurs qui divisent aujourd’hui encore le Niger, ne viennent infiltrer le système, pour saper un parti que quelques appétits et autres calculs mesquins ont fini par affaiblir. En parlant donc de nombre d’étudiants, on aura compris que Bazoum ne respecte pas l’intelligence des Nigériens, pas même les règles élémentaires de la comparaison. En allant au service du bac, on comprendra, à la faveur de l’accroissement démographique, à quel point croit le flux de Bacheliers, ce qui a d’ailleurs justifié la création de sept autres universités publiques dans le pays. On ne peut donc par aucun bon sens, vouloir comparer ce qui n’est pas comparable. Mais, Salah Habi qui a géré cette situation, ne sait pas qu’en riant béatement à la place de la concertation pour écouter leur « maître », incapable de comprendre que d’une façon ou d’une autre, le dénigrement de Bazoum s’adresse également à lui qui fut ministre de tutelle du domaine incriminé à tort. Bazoum, peut-il par ailleurs croire qu’ils sont seuls à construire des classes au Niger ? Peut-il donner la situation de toutes les classes aujourd’hui inachevées et celles pour lesquelles les prestataires attendent toujours d’être payés, comme ceux qui ont injecté leurs sous dans Maradi Kollia ? Pourquoi ne peut-il pas dire à quel seuil, son régime a endetté le pays ? Cela aussi c’est une prouesse à mettre à leur passif ! Endetter le pays, pour qu’un autre vienne un jour tout réparer ?

Puis, l’on a entendu le président du parti présidentiel, prétendre qu’eux n’avaient jamais eu recours à l’injure. Pour arracher à Hama Amadou son poste de président de l’Assemblée Nationale, n’ont-il pas poussé un autre à qui ils avaient promis le poste, d’insulter Hama ? Car pour naître deux fois, l’insulteur à gage, peut-il prétendre l’avoir réussi lui ? C’est cela leur contradiction politique qui tombe dans l’invective roturière. Peut-on aussi oublier qu’ils aient accusé Mahamane Ousmane alors président de la république, de souffrir d’épilepsie et qu’au nom de cette accusation infondée et calomnieuse, il devait être déchargé de ses fonctions de chef d’Etat, oubliant que l’homme a une famille, un honneur, toutes choses qui sont de la dimension sacrée de l’être ? Le PNDS peut-il vraiment donner une leçon de morale aux Nigériens. Bref…

Par ailleurs, Bazoum fait croire que de partout le Niger est applaudi quand, les Nigériens, eux, de partout, n’entendent que des voix qui dénigrent leurs élections, jetant le discrédit sur leur démocratie. D’ailleurs, quel pays sérieux a félicité le Niger pour avoir tenu des élections propres ? Même pour la France amie, l’on n’a vu qu’une lettre douteuse qui a circulé sur les réseaux sociaux. Mais peut-être fait-il allusion à ces distinctions sur commande de ces derniers jours avec lesquelles le régime tente désespérément de refaire son image pourtant altérée de manière irréversible.

Le président du PNDS dit également que depuis qu’ils sont au pouvoir, les soldats nigériens auraient changé d’apparence, tant, peut-on les croire, qu’en les croisant, on pourrait les confondre à des soldats américains. « Batchi na na da taba ! ». Pourtant les Nigériens les voient toujours les mêmes, se bousculant avec les autres, tous les matins, chez les vendeuses de galettes, pour acheter avec les autres leurs frugales petits-déjeuners.

Pour justifier la crise dans laquelle le pays est plongé, Bazoum a un argument massue mais qui ne peut convaincre personne. Il semble que cela est dû à la baisse des cours de l’uranium. Or, il ne fait ni remarquer qu’en gérant le pays dans des difficultés économiques immenses quand son régime héritait en 2011 d’une situation financière confortable, fruit de la gestion rigoureuse de Hama Amadou, Hama n’avait pas à profiter d’une manne pétrolière qui aura aujourd’hui permis d’enrichir bien d’hommes au sommet de l’Etat pendant que le pays, lui s’appauvrit. Il y avait des dossiers qui étaient bien bouclés par le gouvernement de Hama Amadou qui sont aujourd’hui compromis ou en souffrance : Kandadji, le pont de Farié, la réhabilitation des aménagements hydro-agricoles, Imouraren, la boucle ferroviaire, pour ne citer que ces exemples. Sur un tout autre plan, en parlant d’AREVA, il oublie de rassurer sur les termes des accords signés mais toujours non publiés, les contours de l’achat de l’avion-lit, et bien d’autres scandales qu’il a su taire à dessein. Quand on compare, on confronte aussi bien ce qui qu’on pense être bien que ce qui ne l’est pas. Mais, bon, on comprend ce que cherche Bazoum : semer le doute pour que des gens soient tentés d’aller à sa marche.

Bazoum s’est également vanté du fait que son régime ait pu porter la masse salariale à un certain seuil. Mais, peut-il dire aux Nigériens si leur gouvernement en l’Etat actuel, respecte les critères de convergence pour que cette masse ne constitue pas un boulet d’étranglement pour l’économie quand on sait que depuis quelques mois, ils éprouvent des difficultés à payer les salaires ? La gymnastique intellectuelle de Bazoum est une duperie.

Puis on devait entendre dans ses emphases perdues, que Niamey est devenue une ville ? Donc Niamey n’avait jamais été une ville ? Il y a un échangeur certes, faut-il être honnête à le reconnaitre et un « pont sec », mais est-ce ce qui fait la ville ? Où sont les gratte-ciel, les métros, les RER qui auraient tant changé la physionomie de la capitale ? Il y a quelques efforts certes, mais cela ne change rien fondamentalement et notre plan urbain, est complètement à refonder. Avoir eu des accords de paix avec les rebellions, avoir redressé l’économie en instaurant les équilibres macroéconomiques, avoir permis aux pays de redémarrer, ne peut pas être rien. Allez demander dans les campagnes ce que le régime Tandja a fait, qui est d’abord au compte de Tandja qui était le président élu non de Hama Amadou. Seini doit se regarder un peu pour comprendre ses nouveaux amis.

Bazoum prétend que le déguerpissement n’est pas blâmable, et l’on pourrait se demander si c’était à refaire, leur gouvernement le referait-il ? Là aussi, il ne convainc pas car pour lui, les rues on cessé d’être des marchés. Peut-être qu’il ne se promène pas trop dans la ville parce que devenu trop important. Sinon, des rues sont encore occupées et ce n’est pas propre qu’au Niger. En France, il y a des rues marchandes ! Pour finir, il faut remarquer que tout le discours est presque au futur. Pourquoi casser pour vouloir recaser les commerçants dans des espaces qui sont encore situés dans le futur. On aura compris que c’est maintenant qu’on veut chercher les boutiques. Il parle d’ailleurs de quelques 14 mille boutiques invisibles dont bon nombre, on aura compris, sont des projets. Tous ses verbes sont au futur. Comme quoi on ne trahit jamais sa conscience. Bazoum doit savoir qu’ils n’ont pas de solution tout de suite pour les déguerpis. C’est une vérité.

Pourquoi d’ailleurs verser dans cette extrapolation oiseuse quand face à ce verbiage inutile c’est des problèmes réels que les Nigériens posent notamment la réorganisation des FDS, puis parce que le pays est souverain il faudrait mettre fin aux accords qui ont permis l’établissement de forces étrangères. Il s’agit également d’assurer la liberté d’association et de manifestation, assurer la reforme et l’indépendance de la justice, réduire le train de vie de l’Etat, lutter résolument contre l’impunité, le détournement des deniers publics, le vol, l’économie criminelle, la corruption, l’enrichissement illicite, avec des procédures engagées contres des cas notoirement connus, résoudre les problèmes de l’école nigérienne, revaloriser la fonction enseignante, consacrer au moins 10% du budget à la santé, arrêter toute opération de déguerpissement, et indemniser les commerçants touchés par l’opération dé déguerpissement.

Tout autre débat est superfétatoire et les Nigériens n’en n’ont pas besoin.

Mais peine perdue pour Bazoum avec sa marche facturée car la société civile, droit dans ses bottes, décide de mener son combat vaille que vaille avec tous les Nigériens soucieux. Que l’opposition participe ne doit déranger personne. La société civile sait ce qu’elle fait, l’opposition sait ce qu’elle cherche. Et on comprend que l’ampleur que prennent ces manifestations fasse peur à un régime qui doute de lui-même car, on ne peut comprendre qu’on interdise sa manifestation du 13 pour ne l’autoriser que pour le 14 ou le 15 selon un itinéraire qu’on impose. Les Nigériens se demandent pourquoi avoir refusé la date du 13, est-ce une « date magique » ?

Les Nigériens ont trop attendu que la renaissance règle les problèmes qu’elle a elle-même créés. Il y en a qui ne veulent pas être complices de cette situation et ils se battront avec la société civile. Ils ont lutté hier, d’autres lutteront aujourd’hui. Pour le Niger. Pour l’ensemble du peuple. Ceux qui ont marché avec Bazoum ont trahi leur peuple car en le faisant, ils ont choisi de plaire à un homme, non à leur peuple qui les observe.

WALE.

12 janvier 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le jeudi, 12 janvier 2017 23:14