jeudi, 12 janvier 2017 10:52

Le Califat de Issoufou Mahamadou : Diviser pour régner

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mahamadou issoufouIl a toujours rêvé de trôner à la tête d'un pouvoir exécutif concentré autour d'une hyper présidence malgré le caractère semi-présidentiel du régime consacré par la Constitution du Niger. Ce que la Constitution ne lui a pas permis, il l'a obtenu à coup de trahisons, de force, d'argent et de violation des textes. Tout au long de son premier mandat, il a brillé par sa constance à fragiliser les Institutions de la République avec comme objectif s'ériger en homme fort du pays. La destitution au " forceps " de Hama Amadou, son faiseur de roi, de la présidence de l'Assemblée Nationale lui a permis d'installer un Parlement à sa seule dévotion pendant son premier mandat.

Le calvaire du Premier ministre Brigi Rafini

A la Primature, Brigi Rafini fonctionne beaucoup plus en premier des ministres qu'en véritable Premier ministre. Ses différentes équipes gouvernementales ont toujours comporté des ministres agissant en électrons libres à l'image de Hassoumi Massoudou et du ministre d'Etat Mohamed Bazoum. " Les sorties médiatiques sporadiques auxquelles ces ministres ont habitué la population vont souvent au-delà des frontières de la retenue que se doivent d'observer des hommes politiques dans une société aussi fragile que celle du Niger " dixit un diplomate européen en poste à Niamey. Une chose est sûre, ces sorties médiatiques n'ont jamais été sous l'emprise de l'autorité du Premier ministre. Ensuite, pendant une bonne partie du premier mandat, le chef du gouvernement avait toujours eu maille à partir avec son ministre d'Etat au Plan Boubacar Cissé dont le parti, sans réelle assise nationale, était membre de la coalition au pouvoir. Deux autres grosses épines dans les pieds de Brigi Rafini pendant longtemps, les ministres rivales des Enseignements Primaire et Secondaire, Ali Mariama Elhadji Ibrahim et Béty Aichatou Habibou Oumani, heureuses bénéficiaires de l'éclatement du Ministère de l'Education Nationale en deux ministères distincts. Elles devaient beaucoup plus leurs places à leurs accointances familiales avec le Président de la République qu'à leur militantisme avéré au PNDS. La guerre de tranchées qu'elles se sont assidument menées avait exaspéré jusqu'au Palais présidentiel. La grande victime de cet antagonisme a été surtout l'école publique qui continue encore à en payer le prix. D'une façon générale, la cohésion gouvernementale n'a jamais été de mise avec ses différents gouvernements.

Un proche du Premier ministre nous a confié que souvent éreinté par toute cette pagaille qu'il soupçonne concoctée et sournoisement entretenue par le Chef de l'Etat, Brigi Rafini, avait à maintes reprises éprouvé le besoin de jeter l'éponge. Mais, conscient du rôle essentiel de stabilisateur et de régulateur de tension qu'il joue au quotidien dans un paysage politique sentant la poudre à l'approche des élections, il s'est efforcé à meubler le décor d'une architecture politique dont le chef d'orchestre n'est autre que le Président Issoufou Mahamadou. Ces scrutins se sont en effet déroulés dans un contexte de crise de confiance aigüe entre le pouvoir et l'opposition politique qui soupçonnait le Président Issoufou Mahamadou de préparer des fraudes massives afin de se faire réélire.

La stratégie divisionniste de Issoufou Mahamadou

Un cadre du PNDS dépité par ce qu'il qualifie de "dérives des dirigeants du parti" nous confie que " Issoufou ne tranche jamais un problème. Les assurances qu'il vous donne après une plainte relative à un quelconque dysfonctionnement revire automatiquement au sourire intérieur dès que vous tournez le dos. Il est au début et à la fin de tout problème car il en est l'initiateur et le planificateur. Il adopte systématiquement le masque du déni. Déni de la crise politique, déni des incohérences jusqu'au déni des dérives et dissensions multiformes qui fragilisent son régime ". Chez lui, c'est toujours l'autre le problème, quitte à créer un antagonisme entre son interlocuteur et l'autre. Son maitre à penser n'est-il pas ce théoricien politique Nicholas Machiavel ? Il ne fait donc que dérouler sa stratégie: Divide et impera c'est-à-dire Divise et règne.

Pour qui connait réellement l'homme, sait qu'il aime les intrigues. Longtemps rongé par un certain complexe, il a gardé une haine farouche contre ceux qu'il considérait hier comme étant les acteurs du pouvoir établi. Il en voulait à ce Système. Il en décriait la corruption et stigmatisait la mal gouvernance. Mais en réalité il lui vouait une véritable fascination. Ce qui l'importait surtout c'était être le Chef et assoir son propre califat. Une fois au pouvoir à la suite d'heureux concours de circonstance, il ne perdait pas un seul instant pour dérouler sa politique du grand Swap. La transposition des acteurs du Système d'hier par ses propres personnages, prenant soin de leur donner libre accès aux richesses du pays. Ceux qui résistaient, soit par fidélité à leurs idéaux politiques soit par intégrité ou les deux, étaient voués à l'isolement ou destinés à être " détruits " politiquement, financièrement et socialement. C'était la politique du démantèlement des grands partis politiques dont l'objectif consiste à réduire toutes les concentrations de pouvoir et des forces susceptibles de lui échapper en éléments de moindres puissances. Ainsi pourra t-il trôner tranquillement sur son califat.

Dès son installation au pouvoir, les officiers supérieurs de l'armée qu'il considérait comme la colonne vertébrale du Système d'hier étaient éjectés du pays. Privant nos FDS de ressources humaines qualifiées et expérimentées aptes à faire face aux menaces sécuritaires multiformes qui pointaient à l'horizon. En même temps, les achats de matériels de l'armée avaient été transférés de l'état major des armées au ministère de la défense nationale où il avait placé un de ses fidèles lieutenants Mamadou Karidjo qui rongeait son frein pour " se réaliser ". Le choix des équipements militaires cessent dès lors d'être l'apanage de la hiérarchie militaire pour être dévoyé à des officines civiles. Avec à la clé des surfacturations massives. Est-ce la source de l'enrichissement exponentiel et fulgurante de l'ancien enseignant Mamadou Karidjo ?

La gabegie au ministère de la Défense Nationale

A ce sujet, le même cadre du PNDS nous confie être indigné par la course effrénée à l'enrichissement engagée par ses camarades de parti dès leur arrivée au pouvoir. A l'image justement de l'ancien ministre de la Défense Nationale Karidjo qui, poursuit-il, " Circulait hier seulement sous la crainte permanente d'une panne sèche et qui se retrouve aujourd'hui propriétaire d'une dizaine de grosses cylindrées, de villas cossues et des lieux de villégiature dans la périphérie de Niamey et de Tillabéri. Alors que des années durant, il avait été incapable de remonter le mur tombé de son école ! ". Malgré sa gestion désastreuse du ministère de la Défense Nationale, il a été bombardé Président de la Haute Cour de justice au moment où les nigériens s'attendaient à ce qu'il s'explique sur son enrichissement subit.

Conséquence, malgré les dizaines de milliards engagés dans le cadre du renforcement des capacités opérationnelles de l'armée nigérienne, le montant réellement investi n'avait pas permis de relever substantiellement les capacités de l'armée à répondre efficacement à la nature des menaces sur le terrain des opérations. Pire encore, des moyens aériens chèrement acquis du temps du Président Tandja ayant permis de neutraliser avec efficacité et rapidité la dernière rébellion et le banditisme armé, sont cloués au sol faute de maintenance. Mais un observateur averti pense que cette négligence était volontaire. Car, elle résultait en réalité du machiavélisme du Président qui avait voulu par ce moyen déséquilibrer la puissance tactique des unités de l'armée présentes dans la capitale et ses alentours au profit de sa garde prétorienne. Privilégiant par ce fait sa seule sécurité au détriment de la sécurité nationale. Mais grand mal lui en avait pris, lorsque les menaces de la nébuleuse secte Boko Haram s'étaient soudainement précisées, le contraignant à recourir à l'armée tchadienne, beaucoup mieux équipée, afin de prêter main forte aux soldats nigériens selon un diplomate européen en poste à Niamey.

Les bisbilles au PNDS

Du côté de l'alliance au pouvoir des grincements de dents sont perceptibles. Il n'échappe plus à personne que ce gouvernement pléthorique n'est composé que de personnalités hétéroclites. La récompense des amis et alliés avait été privilégiée à l'efficience.

Certains cadres du parti rose de la première heure (les tareyyistes ) revendiquent, sans être écoutés, les privilèges de l'antériorité en fustigeant les avantages faramineux accordés aux nouveaux arrivants (les guristes ). Au niveau de ce parti, les langues commencent à se délier. Et pour cause, ces cadres disent qu'ils n'ont plus rien à perdre n'ayant rien eu en six années d'exercice du pouvoir par leur parti.

Il se susurre que la lutte de positionnement de l'après Issoufou Mahamadou a déjà commencé au sein de leur formation politique entre les pro-Bazoum et un cercle recentré autour de Issoufou Mahamadou. Pour ces militants, à défaut d'un 3ème mandat pour leur protecteur, il faudrait coûte que coûte mettre sur orbite son Directeur de cabinet Ouhoumoudou Mahamadou. Il précise toutefois que Abba, le fils éponyme du Président de la République est en embuscade au pied de l'ascenseur. Notre interlocuteur du PNDS nous révèle que dans tous les cas, Mohamed Bazoum ne fait pas du tout l'unanimité en leur sein et ne peut donc logiquement prétendre à l'investiture du parti. Il affirme que Issoufou Mahamadou en a conscience mais qu'il s'accommode de lui à la tête du parti, le temps qu'il multiplie les bourdes et les erreurs. Il soutient que le principal ennemi de Bazoum est le temps. Tout guilleret, il lui prédit le même sort que celui qu'avait eu Hama Amadou pendant le deuxième mandat de Mamadou Tandja. Loin de ce schéma, Bazoum tient pour l'instant le timon de la barque, ne ratant aucune occasion pour se mettre en première ligne bravant son devoir de neutralité en tant que ministre de l'intérieur.

Hassoumi Mahamadou au ministère des Finances

Sur un plan général, force est de constater que le Président Issoufou Mahamadou peine à convaincre les nigériens de sa réelle volonté de promouvoir la bonne gouvernance, de lutter contre la corruption et le clientélisme. Après six ans de pouvoir, les affaires et le clientélisme minent gravement le régime et mettent en scelle un système de gouvernance qui jure avec l'identité doctrinale du socialisme. Tout se passe comme si les pontes du PNDS, mus par des ambitions affairistes, sont arrivés à l'assaut du pouvoir en prenant l'Etat comme un casino. Les nigériens appellent cette politique le Guri-système. Il en résulte que le pays peine aujourd'hui à payer les salaires. Quant aux investissements 2017, ils sont purement et simplement annulés sous injonction du FMI et de la Banque Mondiale. Les caisses de l'Etat étant désespérément vides. Comme solution, il décide d'installer au ministère des Finances son plus fidèle lieutenant, l'ingénieur des mines Hassoumi Massoudou. Celui-ci a pour principale mission de " mettre au pas " les syndicats des régies financières et de gérer avec parcimonie les rares pépites qui y restent. Avec le risque d'assécher la gorge du loquace Mohamed Bazoum, président du PNDS, à la tête d'un ministère vorace. Hassoumi Massoudou y restera le temps d'essayer ses remèdes pour renflouer les caisses de l'Etat. Ensuite les mêmes travers recommenceront.

Les nigériens jamais aussi divisés     

Le foisonnement des connexions affairo-politiques et la propension des autorités à fouler du pied les principes de base de la démocratie dont le droit à l'existence de l'opposition agacent et inquiètent aujourd'hui jusque dans les capitales occidentales. Ces partenaires voyaient pourtant le Niger comme l'îlot de stabilité à partir duquel ils pouvaient sereinement s'appuyer en vue de mener efficacement la lutte contre le terrorisme dans toute la bande sahélo-saharienne. Pays véritablement stable, le Niger l'a bien été par la sagesse et la clairvoyance des précédents régimes. Aucun effort ne fut alors ménagé dans la consolidation de l'unité nationale, la prévention des conflits et la cohésion sociale. Les nigériens ont l'amer sentiment qu'ils n'ont jamais été aussi divisés qu'aujourd'hui. En cultivant l'affaiblissement des institutions de la République en vue d'imposer un régime présidentiel fort, en disloquant des franges importantes de la société, en favorisant le creusement des inégalités de richesses et la primauté des intérêts de son clan sur l'intérêt général, en instituant une justice à la carte, la société nigérienne commence dangereusement à se disloquer. La télévision et la radio nationales, médias ayant la plus grande audience dans le pays, sont utilisées à longueur de journées dans la propagande divisionniste. Il en est de même de certains organes privés rachetés par des bras financiers du pouvoir en place. Toute voix dissonante de la politique officielle provoque des rituels de bannissement de son auteur au sein de ces médias. Quant au CSC (Conseil Supérieur de la Communication), son autorité peine à franchir ses murs.

Lorsque les dés sont pipés à tous les niveaux, les repères sociaux s'érodent et la colère devient grande. D'où la marche du 21 décembre 2016 des organisations de la société civile et de certains syndicats et celle qui suivra le 13 janvier 2017. Ces mouvements ne sont que la manifestation d'humeur d'une société qui ne se retrouve plus et qui ne croit plus en ces dirigeants. Mauvaise lecture de la situation par le pouvoir qui y voit encore une fois de plus, la main de l'opposant Hama Amadou. Encore lui, le mauvais esprit qui donne au pouvoir une peur si phobique à ne plus dormir la nuit et à dormir débout le jour sans être conscient de la réalité que vivent les nigériens ! Le drame est que cette politique est ruineuse pour le pays. Elle s'implante non sans la complicité ou le conformisme suiviste des responsables des autres institutions de la République et de certains acteurs de la société civile d'hier, qui vivent aujourd'hui une reconversion dorée dans le califat de Issoufou Mahamadou.

Labiizé

12 janvier 2017
Source : Le Courrier

Dernière modification le jeudi, 12 janvier 2017 23:12