jeudi, 12 janvier 2017 10:52

MRN / La marche "cash for walk": un échec cuisant malgré l'importation des marcheurs

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MRN marche 08 01 2017Le 8 janvier, beaucoup de nigériens ont visionné plusieurs fois pour certains cette vidéo amateur où l'on voit un vieux chef de village du département de Ouallam ainsi que plusieurs de ses très jeunes administrés, entassés les uns sur les autres, dans un camion de transports de marchandises, communément appelé " Dogon Baaro ". " On nous a amenés, explique l'infortuné de chef de village, pour témoigner notre reconnaissance au président de la République. C'est ici que nous avons su exactement ce pour quoi nous sommes là ". Sur le visage du vieil homme, se lisent de façon évidente la gêne et la désolation.

Ses jeunes administrés encastrés les uns dans les autres, comme des nègres dans les cales des négriers, n'ont encore été ni restaurés ni payés au moment où il s'exprimait. Ils attendaient d'être payés comme on le leur a promis. Ils attendaient, avec un chauffeur qui les menaçait, leur intimant de se calmer et d'attendre sagement celui qui viendra les désintéresser. Cette scène ridicule est tout simplement pathétique. Elle montre ce à quoi les socialistes nigériens ont réduit le peuple nigérien, jadis fier et digne, intègre et imbu de ses valeurs de société plusieurs fois millénaires. Beaucoup d'autres vidéos amateurs montrent des jeunes bambins alignés et qui, tour à tour, passent pour retrier leur paie des mains d'un guriste " généreux " qui tient une liste d'appel des passagers du Hiace qui les a acheminés à la place de la Concertation.

Une marche " cash for walk "

" Wallahi, Tay Tapshi!!! ", cria un des jeunes après avoir palpé et empoché sa paie. Il est vrai que chacun y est venu à cette marche pour défendre son bifteck, ne serait-ce que pour un jour. C'est valable pour le président " Kama-mini " du PNDS, tellement aigri qu'il mérite son nom d'insulteur public ; c'est valable pour le très haut représentant du président de la République qui, il y a quelques mois seulement, traitait Mahamadou Issoufou de " rat tellement il est voleur " ; enfin c'est valable pour ces jeunes trimballés de la périphérie de Niamey et des autres compatriotes importés de Maradi ou de Tahoua. C'est donc une marche " cash for walk " (argent en échange de marche), comme les activités " food for work " (travail contre nourriture), organisées par certaines organisations caritatives venues en aide aux populations nécessiteuses. Pauvre de nous, nigériens dans les mains des camarades marxistes léninistes. Voilà le type de nigériens que veulent Mahamadou Issoufou et ses petits camarades. Le régime des camarades, comme tout régime stalinien et totalitaire veut un peuple martyrisé, victime et en même temps reconnaissant vis-à-vis de ses propres bourreaux. Un peuple affamé, ignorant, sans aucune dignité, et soumis justement en raison de l'état de dénuement total dans lequel ses dirigeants renaissants l'ont sciemment plongé. Et de surcroit les dirigeants qui, par leur politique de reniement, ont fait comprendre aux nigériens tout le long des six (6) ans de Renaissance que le mensonge, la félonie et le vol sont des valeurs. Et qu'en politique il n'y a rien de répréhensible, alors que la politique est l'un des métiers les plus nobles.

Un échec, malgré les 60 partis et les marcheurs importés

Voilà de quelle manière la Renaissance a pu organiser tant bien que mal sa marche de Niamey. Tant bien que mal, car il faut le dire, la marche " cash for walk " du 8 janvier a été un cuisant échec, vu les matériels et financiers mis à l'occasion, ainsi que la soixante de partis dont Mahamadou Issoufou se gargarise d'avoir le soutien. Soixante partis qui ne peuvent pas remplir la place de la Concertation, c'est bien minable et pitoyable. Et c'est pourquoi d'ailleurs la manifestation n'a pas duré, car la place de la Concertation était clairsemée, et le spectacle pas beau à voir. Malgré l'importation de marcheurs des régions de Maradi, Tahoua, de Ouallam, et de la périphérie de Niamey. Certains de ces marcheurs sont probablement, d'ailleurs, encore à Niamey, hagards, désemparés et abandonnés par ceux-là mêmes qui les ont embarqués pour la capitale aux fins de grossir le lot des manifestants du 8, une manif qui rappelle si bien l'anniversaire des évènements Charlie en France. Les communicateurs et autres internautes guristes, déçus, ont bien raison de faire des montages photos pour inonder la toile et faire croire à une réussite.

La marche " cash for walk ", organisée par le pouvoir pour soutenir le pouvoir, en plus d'insulter l'intelligence des nigériens, est la plus mauvaise manière de répondre aux revendications du peuple nigérien, portées par les organisations de la société civile le 21 décembre 2016.

La société civile porte des valeurs et défend l'intérêt général.

Qu'ont revendiqué les manifestants du 21 décembre? La société civile a marché pour dénoncer la gestion patrimoniale de l'État, la vie chère, la liquidation du système éducatif et de la jeunesse, pour fustiger la corruption, la gabegie, la trituration de la constitution, les faux budgets, les dysfonctionnements d'une administration politisée, et la spoliation des biens des citoyens. Pour demander une gestion républicaine des biens de l'État, le respect de l'État de droit et de la démocratie, pour le redressement de l'école présentement en lambeaux.

Quand Bazoum fait hors-sujet et…

En lieu et place d'une prise de conscience sur l'état de déliquescence avancée du pays et du malaise social grandissant, même si cette prise de conscience est tardive, le pouvoir répond toujours par la politique de l'autruche, la fuite en avant, la manipulation, et la mauvaise foi. Au lieu de répondre par les actes, le régime des camarades répond par une litanie d'insultes et de dénigrements contre la personne de Hama Amadou en mettant sur son dos leurs propres échecs et autres forfaitures. En accusant la société civile d'être manipulée par des politiques. Si la Renaissance est incompétente, est-ce la faute à Hama Amadou? Si les camarades se sont avérés, à l'exercice du pouvoir, pires que tous les dirigeants dont ils ont dénoncé les travers pendant des années, en quoi Hama Amadou est responsable? Mahamadou Issoufou et ses petits camarades croient-ils qu'ils vont exercer le pouvoir d'État, un bien public, sans être critiqués? Si vous ne voulez pas être critiqués, vous ne méritez pas de diriger. Quelles critiques, insultes et autres manipulations Mahamadou Issoufou et ses camarades n'ont pas faites dans ce pays avant d'accéder au pouvoir et même au cours de leur exercice du pouvoir ? Au point où on peut même dire que l'histoire du PNDS est l'histoire de la manipulation des syndicats et associations, de la conférence nationale à aujourd'hui.

…des comparaisons erronées et illégitimes

Messieurs de la Renaissance, les comparaisons que vous faites entre les réalisations, des réalisations plus imaginaires que réelles d'ailleurs, de la Renaissance et celles de Hama Amadou, sont illégitimes et erronées. Hama Amadou n'a jamais été président de la République. Il a occupé les fonctions de ministre, Premier ministre et président de l'Assemblée nationale. Mahamadou Issoufou, avant lui a occupé les fonctions de Premier ministre qu'il a fuies pour incompétence après seulement 18 mois, et celles de président de l'Assemblée nationale. Si vous avez un brin d'honnêteté et d'objectivité, comparez les réalisations des Premiers ministres Mahamadou Issoufou et Hama Amadou d'une part, et de l'autre, celles de ces deux personnalités lors de leur passage à la tête du parlement nigérien. Voici des comparaisons intelligentes et légitimes.

La société civile a marché pour défendre des valeurs et l'intérêt national, en dénonçant la mal gouvernance politique et économique. Et elle ne compte pas s'arrêter là. Le 13 janvier, une autre marche est prévue. La MRN a marché pour défendre le bifteck, le pain. Le peuple est entrain de juger, s'il ne l'a déjà pas fait, la société civile étant son porte-voix. En attendant qu'il entre lui-même dans la danse. Et ce ne sera pas pour organiser une marche " cash for walk ".                          

Bisso

12 janvier 2017
Source : Le Courrier

Dernière modification le jeudi, 12 janvier 2017 23:12