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mercredi, 25 janvier 2017 13:33

Arrestations en cascade : Une volonté d’assainir ou le théâtre habituel ?

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Seini Oumarou Ada Chefou Sala HabiNous apprenons qu’une trentaine de personnes serait interpellée à la police judiciaire dans plusieurs affaires de détournements et/ou de malversations. On évoque, entre autres, le fonds de contrepartie du ministère du Plan sous le magistère d’Amadou Boubacar Cissé et la fumeuse affaire « riz japonais » de la cinquième république.

Cette dernière retient l’attention du fait, non seulement, qu’elle date de l’époque du premier mandat de Tandja Mamadou (2000-2005), mais également parce qu’elle met en cause des personnalités aujourd’hui membres du gouvernement. Or, dans la trentaine, pour l’instant en tout cas, on ne note aucune personnalité appartenant au sérail de la Renaissance.

Pourtant, on ne peut évoquer l’affaire riz japonais sans parler de l’actuel ministre de la Ville et de la Salubrité urbaine, Mahamadou Salissou Habi. Il était ministre du Commerce à l’époque des faits. Aujourd’hui, c’est le Directeur général de l’OPVN de l’époque, Ada Cheffou, qui est mis sous les verrous alors que le ministre de tutelle n’est point inquiété. Il faut comprendre que face à un Sala Habi, Ada Cheffou ne pèse pas grand-chose, politiquement parlant.

Un autre, et non moindre, est le fameux Haut représentant du président de la République, Seïni Oumarou qui fut également ministre du commerce sous Tandja. Aujourd’hui, il représente directement le président Issoufou. Comment donc engager une procédure sans ces acteurs clefs de l’affaire en question ? Pas étonnant avec la renaissance du président Issoufou qui choisit minutieusement ses boucs émissaires et ses victimes non pas en fonction de leurs rôles mais sur la seule base de leur appartenance politique ou encore leur poids lorsqu’elles appartiennent à la majorité. Nous voulons bien croire en la sincérité de l’opération Maïboulalla, celui qui a la cravache en d’autres termes, mais elle ne nous aide point. Cette opération a beaucoup de mal à convaincre tant sa partialité crève l’œil. On a encore en mémoire l’affaire des containers de SORAZ dans laquelle le « cerveau », en l’occurrence le Directeur général des douanes du moment, est promu tandis que le menu fretin est appréhendé.

Allons-nous assister au même scénario dans cette autre affaire dite du riz japonais ? Rien n’est moins sûr. Mais si c’est le cas, on pourra parler de règlements de comptes politiques, et pas seulement ! Selon les informations qui filtrent, il serait demandé aux « interpelés » de rembourser séance tenant ce qu’ils ont soustrait des caisses de l’Etat. Si ça se trouve, ne serait-il pas aussi question de récupérer quelques billets de banque en ces temps de sécheresse financière ? Le mois de janvier tire vers sa révérence et il faut bien faire face aux salaires des fonctionnaires. On le sait, depuis quelques temps, à l’approche des fins de mois, le gouvernement se met hors de lui, imaginant et bondissant sur tout ce qui est susceptible de l’aider à payer ses agents. Dès lors, récupérer quelques dizaines de millions par-ci, et des centaines de millions par-là,en mettant à contribution la PJ pourrait atténuer la faiblesse de la mobilisation des ressources internes. Mais à vrai dire, si le gouvernement voulait vraiment de l’argent frais pour ainsi dire, il doit aller au-delà des menus fretins pour s’en prendre à ceux et celles qui se sont appropriés les milliards de l’Etat. Il s’agit de revenir sur : l’achat de l’avion présidentiel qui a coûté une vingtaine de milliards au lieu d’une dizaine tout au plus ; demander des comptes à ceux qui ont ordonné la remise des devises saisies par la douane à l’aéroport de Niamey ; retrouver les bénéficiaires de la vente aux enchères des containers de la SORAZ où sur un montant de plus de 6 milliards, l’Etat se retrouve avec seulement quelques 409 916 215 FCFA.Les 5 milliards et demi s’étant retrouvés dans la poche de certains individus ; dépoussiérer l’affaire des fausses factures mise en hibernation depuis de l’acteur principal s’est proclamé militant du parti au pouvoir, PNDS-Tarayya.

A vrai dire, personne au Niger n’est contre l’assainissement des finances publiques et la répression des infractions qui y sont liées mais tout le monde veut d’une opération aveugle qui ne choisi pas ses victimes. Une opération, capable de foudroyer tous les coupables quelque soit leur rang social, leur appartenance politique et leurs liens quelconques avec les barons du régime. Tant que ce ne sera pas ainsi, personne ne voudra croire en la volonté du président Issoufou de protéger et défendre les biens et deniers publics. On parlera alors et seulement de théâtre chaque fois qu’il actionnera l’appareil de l’Etat contre des présumés indélicats.

Ibrahim A. YERO

25 janvier 2017
Source : Le Canard en Furie

Dernière modification le mercredi, 25 janvier 2017 15:57