jeudi, 26 janvier 2017 20:54

Chapelet d’interpellations à la PJ : Déjà le deux poids deux mesures de la Renaissance ?

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Police Judiciaire Niamey NigerC’est un véritable ballet de personnalités qui se déroulent ces jours-ci à la police judiciaire de Niamey. Dans plusieurs affaires, des hauts fonctionnaires en service ou d’anciens responsables administratifs et politiques sont entendus par la PJ. Même si aucune communication officielle n’est faite par le gouvernement sur ces interpellations en cascades, des noms circulent çà et là sur les réseaux sociaux et dans la presse. OPVN, ministère du Plan, ministère des Finances sont les entités les plus concernées par cette opération aux contours obscurs. Tandis que les uns, après avoir payé les sommes à eux exigé, retourne tranquillement dans leurs familles, les autres sont gardés à vue s’ils ne sont pas carrément déférés en prison.

Un autre groupe est celui de l’actuel Directeur général de l’OPVN, Alhassane Souleymane qui n’est ni en garde à vue encore moins sous mandat de dépôt. Il se lève tous les matins de chez lui pour se présenter à la police judiciaire avant de retourner passer la nuit en famille. Dans le même temps son Directeur des affaires administratives et financières (DAFF), Maliki Mounkaïla, est, lui, maintenu dans les locaux de la PJ. N’y a-t-il pas suffisamment de charges ou de preuves pour garder le DG de l’OPVN à vue comme ses autres camarades d’infortunes ? Si c’est le cas, pourquoi le traîner chaque jour à la police judiciaire salissant du coup son honneur et sa dignité puisque l’assimilant à des voleurs de l’État? Et s’il est reproché à Alhassane Souleymane quelque chose nécessitant son interpellation, pourquoi continue-t-il de garder son poste de Directeur général même dans l’hypothèse où il aurait remboursé? Avant de commencer les interpellations, n’y avait-il pas eu des enquêtes préliminaires pour déterminer au préalable la responsabilité de chacun ? Sous le ciel de la Renaissance difficile de répondre à de telles questions puisque tout semble permis.

D’ailleurs, pourquoi s’accrocher à des affaires de dizaines de millions alors que d’autres puent les milliards ? Où sont ces « remises » d’impôts accordées à des opérateurs de téléphonie mobile au Secrétariat général du gouvernement ? Quant est-il de cette affaire de la FENIFOOT dans laquelle, selon les détracteurs du comité exécutif actuel, 1,5 milliards de nos francs serait en cause et que l’enquête aurait été bouclée depuis 2013 par la Gendarmerie nationale et transmise à un juge du pôle financier de la justice ? Pourquoi ne pas jeter un coup d’œil dans le financement de ces fondations des premières dames qui, souvent, font des dons au-dessus des capacités du gouvernement ? Où ces fondations gagnent-elles leurs ressources ? À quel dispositif de contrôle sont soumises leurs dépenses ?

Parmi les personnes dans le viseur de la PJ, il y en a à qui on reprocherait des centaines de millions évaporés dans la mise en œuvre du barrage de Kandadji. Là, on s’étonne que l’actuel ministre de l’Environnement, Almoustapha Garba ne soit pas encore cité. Lui, qui a géré ce dossier pendant près d’une décennie, de même que son successeur, d’ailleurs. Aussi, on ne sait toujours pas grand-chose sur les marchés du ministère de la Défense nationale accordés sous l’ère Karidjo Mamadou, actuellement président de la Haute cour de justice. Pourtant toutes sortes de rumeurs avaient courues à propos de ce ministère sans que jamais l’opinion ne soit informée par des sources officielles afin d’établir si ces rumeurs sont fondées ou non.

Ce petit rappel est loin d’être une façon pour Le Monde d’Aujourd’hui de décourager le gouvernement dans la conduite de l’opération en cours. Au contraire, il s’agit pour nous de l’aider – en lui rafraîchissant la mémoire – à aller encore plus loin pour, à tout le moins, remettre le Trésor public dans ses droits, sinon à faire rendre gorge aux indélicats pour que cela serve de leçon aux autres. On ne peut que saluer que même des retraités soient sur la liste. Car c’est une manière de prouver que même n’étant plus en activité des comptes pourraient être demandés à ceux et celles qui ont eu à occuper une parcelle de responsabilité dans l’administration publique et parapublique.

Cependant, avec la manière dont les choses sont menées, difficile de croire en une opération innocente qui se fixe pour seul objectif de récupérer les biens et deniers publics à leurs illégitimes détenteurs. Il faudra aller au-delà d’un Ada Cheffou politiquement léger ou un opposant du genre Amadou Boubacar Cissé dont les misères actuelles pourraient s’apparenter à un règlement de comptes politiques. Pour convaincre donc, il faut bien que des dossiers dans lesquels seraient impliqués des caciques du PNDS-Tarayya soient dépoussiérés. Or, au stade actuel, l’opinion s’étonne qu’aucune figure importante du parti au pouvoir ne figure sur la liste. Ce sont pourtant eux qui ont géré et continuent de gérer les pans importants et « juteux » de l’appareil d’État.

Ibrahim A. YERO

26 janvier 2017
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le jeudi, 26 janvier 2017 22:05