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Conférence nationale : qu’est-ce qu’il en reste ?

 Conférence nationale : qu’est-ce qu’il en reste ?Pour aller à la démocratie, comme beaucoup d’autres pays africains poussés par le vent d’Est et le diktat de La Baule, le Niger avait passé par une conférence nationale. Alors que d’autres pays plus réalistes ont réussi à chronométrer leur conférence sur une durée plus responsable, au Niger, en s’étalant sur du superfétatoire, sur des futilités, profitant de perdiems journaliers qui engraissaient des oisifs dont certains avaient trop faim, faut-il revoir des images, l’on avait prolongé des débats souvent stériles à quelques trois mois dans un tohubohu strident. On commençait, faut-il le rappeler, le même jour avec le Mali qui avait voulu être plus concret pour savoir ce qu’il veut réellement, et en quelques deux semaines, il tint sa conférence, se dotant au bout de deux semaines raisonnables d’un premier ministre – un technocrate – qui avait comme cahier de charge, de chercher de l’argent pour le pays et d’assoir la démocratie en organisant des élections pluralistes justes et transparentes pour le pays. Pendant ce temps, au Niger, on bavardait, on parlait de tout et de rien, on s’amusait presque souvent à vouloir humilier un autre, au lieu d’être plus pragmatique, à aller dans les vraies préoccupations du pays. Comment comprendre par exemple, qu’un point comme « la maladie de Seini Kountché inscrit à l’ordre du jour da la conférence nationale, puisse tant intéresser les Nigériens, pour en débattre comme si cela pouvait aider le Niger à avancer, à résoudre ses nombreux problèmes de l’époque ? Comme des enfants mal fichus, on aimait le sensationnel, et des hommes étaient heureux de profaner l’Etat en ramenant souvent sur la place publique, des questions d’Etat qu’une certaine conduite qui sied à tout homme responsable aurait pu pousser à en faire l’économie. L’armée, l’administration, la chefferie, rien n’a été épargné et il a souvent fallu la hauteur d’esprit, la magnanimité, l’intelligence même d’un André Salifou, Président du Présidium de la conférence nationale souveraine, mais surtout dramaturge pour comprendre les intrigues, pour canaliser la conférence, pour lui éviter certaines dérives a su se servir de ses talents d’orateurs. La conférence se tint donc, cahin-caha avec au bout du compte, la désignation théâtralisée d’un premier ministre et d’un gouvernement incapable qui avait fini par agacer les Nigériens, par son refrain impudique, «la marmite est vide » oubliant que si elle était pleine, on n’aurait pas besoin d’aller dénicher, ce qui devait être « l’oiseau rare ».

Et depuis, que reste-t-il de cette grande messe des forces vives de la nation ? Après plus de deux décennies de la tenue de cette conférence et de marche démocratique boiteuse, que reste-t-il de cette conférence que l’on a cru bâtir les fondations d’une nouvelle gouvernance civilisée, plus à même de reconstruire l’Etat-nation en fortifiant l’unité des Nigériens ? Faut-il croire, lorsqu’à cet anniversaire, personne n’ose parler de cette référence historique pour le Niger et les Nigériens, que l’on en est aujourd’hui dégoûté ? La conférence nationale, par l’inconduite de l’élite qu’elle a permis de promouvoir pour donner corps aux aspirations légitimes auxquelles ensemble nous avons rêvé, a déçu. Faut-il alors croire finalement que si elle devait avoir eu de mérite, celle-ci ne pouvait être que d’avoir permis un coup d’Etat par lequel, profitant des événements douloureux du 9 février 1990, l’on avait défait un régime dont le chef, le Général Ali Chaibou, pour préserver la nation et la paix de notre pays, sans s’y opposer ainsi que l’on fait ailleurs certains dirigeants, a plutôt aidé le Niger à aller dans la marche souhaitée par ses enfants, dans l’apaisement et la grandeur. C’est ainsi qu’agissent les grands hommes, avec plus de vision et d’ambition pour leur peuple et non à croire parce qu’on détiendrait un pouvoir qui n’est reçu, par les principes de la démocratie, par délégation du peuple souverain, qu’on pouvait agir dans le déchirement et la brutalité.

De la conférence nationale, en faisant l’économie de ses abus et de ses nombreux ratés, l’on peut retenir deux mérites essentiels. Le premier est d’avoir posé les jalons de la démocratie et le second, après avoir fait le bilan critique des gestions passées, est d’avoir prêché la bonne gouvernance afin que, plus jamais ce que l’on avait connu, ne se reproduise dans le pays. Malheureusement, la construction de l’Etat-nation a été oubliée car pour assoir les partis politiques, en l’absence de plateformes doctrinaires, les partis politiques, dans leur écrasante majorité se sont constitués et implantés dans le pays sur des bases régionalistes, ethniques, sectaires. Pour avoir profité de la fondation du parti-Etat, le MNSD-NASSARA était alors, le seul vrai parti politique d’une envergure nationale de l’après-confé-rence nationale. C’est pourquoi l’on peut croire que le régime actuel aura commis un crime en déstructurant un tel parti qui a su consolider, ne serait-ce qu’en miniature, l’unité nationale dans un pays aussi fragile où, pour une fois, à l’intérieur d’un parti, des hommes et des femmes de tout horizon, avaient appris à marcher ensemble et à partager des ambitions et des rêves de grandeur pour le peuple nigérien. Cet idéal, par ce que l’on a appelé le concassage des partis politiques, a été détruit par des hommes qui ne voyaient que leur seul ascension, car incapables de regarder le Niger dans sa riche diversité, dans ses couleurs plurielles qui forment l’arc-en-ciel de notre nation. Et depuis, la construction de la nation a été oubliée et les Nigériens ont été divisés par cette politique des haines et des harcèlements, par cette politique des divisions et de l’exclusion, par cette politique de la marginalité et de la détestation, par cette politique des méchancetés et de la vendetta. Aujourd’hui donc, par la faute des socialistes, le Niger vit des moments de fragilité effrayants car jamais dans le pays, l’on ne s’est méfié de son frère que sous les camarades qui ont même été capables de voir parmi ceux qui devaient être, par delà leurs différences pourtant normales et admises par la démocratie qui est par essence contradictions et différences des frères, des « ennemis » à abattre, d’irréductibles adversaires à traiter comme tels. Il ne pouvait pas en être autrement quand on sait souvent, les raisons que quelques individus peu recommandables finalement, en mal d’éthique politique, avaient diffusé sous le manteau pour justifier la pertinence de la tenue d’une conférence nationale. Si certains ont pu comprendre que ce pays ne peut se passer de son unité, d’autres, semblent encore tenir à cette vision étriquée et dangereuse de la gestion de l’Etat. C’est ainsi que par leur insouciance, le pays bascule dans l’incertitude et les divisions les plus dangereuses. La journée anniversaire de la conférence nationale vient ainsi de passer inaperçue car le pays est saisi par les douleurs de ses blessures immenses qui ne lui ont pas permis de profiter de cette occasion, pour regarder dans la sérénité à travers le rétroviseur de l’histoire pour voir et mesurer le parcours qui a été fait, après plus de deux décennie de laboratoire. On peut d’ailleurs comprendre que personne n’ait eu le courage de se souvenir, de rappeler les fiertés qui nous avaient poussés à aller dans ces grands conciliabules qui devaient retracer les nouveaux chemins, qui devaient permettre à notre peuple, à notre pays, de ne plus se perdre. Depuis la conférence nationale, que de voix n’avait-on pas entendues, les unes plus belles que les autres, promettant chacune monts et merveilles à un peuple encore crédule à croire que ses enfants sont sérieux et capables de lui nourrir de grandes ambitions. En faisant et en refaisant, par les micmacs d’une classe politique qui doute et bute chaque fois à son incapacité à surmonter les aléas de la politiques et les clivages, on aura presque vu tout le monde passer, la truelle à la main et comme le dit l’adage, c’est au pied du mur que l’on reconnait le maçon. Malheureusement, ceux qui avaient le plus fait de bruit dans le pays, depuis la conférence nationale jusqu’à ce que le destin les renvoie à l’essai, sont ceux qui se sont révélés les plus piètres car en plus de n’avoir pas réussi à rassembler les Nigériens, ils les ont « mélangés » ; en plus de ne pas pouvoir conforter l’économie, ils l’ont mise à sac ; en plus de ne pas pouvoir renforcer la démocratie, ils l’ont gravement dévoyée. Pourtant ce sont eux qui avaient été les plus intransigeants dans la lutte pour la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance ! C’est avec eux que le Niger devra connaitre les plus graves scandales que l’on n’a jusqu’ici pas connus. Jamais, dans le pays, jouer le rôle d’opposant, ou d’acteur de la société civile ou de journaliste critique n’a été aussi périlleux qu’avec les socialistes, ceux-là mêmes qui avaient fait croire que tout leur combat ne se faisait que le Niger et son progrès, que pour les Nigériens et leur démocratie qui devait servir de modèle à une Afrique qui cherche à trouver ses marques dans la nouvelle marche dans laquelle le Vent d’Est l’avait poussée. Tous les leaders ont donc passé si Tandja s’était montré capable mais imprudent et vorace à la fin, les autres auront été minables. Il ne reste plus qu’à essayer les dauphins empêchés, ou d’autres nouvelles étoiles de la politique, s’il y en a encore…

Quand on considère le piteux état de la nation, l’on ne peut que regarder notre conférence nationale, à quelques années de distance, avec gêne et honte à se poser cette exclamation mélancolique :

tout ça pour ça ! Ceux qui avaient le plus fait confiance aux socialistes, ceux qui avaient le plus cru à leurs discours, à leur profession de foi, sont aujourd’hui tombés des nues : le socialisme a déçu et il n’y a pas à faire des exceptions, mais sur tous les plans. Il y a de quoi de comprendre les colères de Nouhou Arzika qui fait observer que ce qui arrive à ce pays aujourd’hui, on ne l’avait connu auparavant. Faut-il comprendre que c’est pour cette misère, cette politique de la racaille, disons de la médiocrité que nous sommes allées passés trois mois houleux à la conférence nationale, avec à la clé, comme cerise sur la gâteau, des enfants de la nation que l’on continue à tuer à l’occasion de manifestions, comme si l’on n’avait pas retenu les leçons de l’histoire. Comment comprendre, ainsi que l’a relevé l’acteur de la société civile, alors que la conférence nationale souveraine l’avait refusé et arrêté, aujourd’hui, après plus de vingt-cinq ans, un président élu – et qui peut l’oublier à la hauteur ahurissante de 92% – puisse encore s’accommoder d’une garde prétorienne ? Pourquoi notre démocratie, si tant est qu’elle est vraie, doit-elle faire si peur ? Il faut peut-être comprendre la torpeur des Nigériens, leurs somnolence maladive, leur hébétement, en ces moments de désenchantement, de grands malaises, d’appréhension, d’incertitude vis-à-vis de l’avenir d’où ne scintille aucune lumière. Les Nigériens sont fatigués. Ils sont déçus. Ils ont perdu confiance. Ils n’entendent aucun autre discours, aucune autre voix, même celle qui appelle à l’espérance, au sursaut, tenant allumées des bougies qui éclairent un avenir devenue sombre par les combines du socialisme. Et l’on ne peut que donner raison à Pr. Albert Wright, entré en politique à la faveur de cette conférence nationale qui avait donné tant d’espoirs et de folies, et qui a fini par jeter l’éponge, depuis que, après avoir accepté un portefeuille ministériel pour changer la politique dans un domaine qui relève de son expertise, il s’était rendu compte, qu’on ne fait pas ici de la politique pour changer le pays, mais pour se changer soimême. En tout, le bilan de cette élite est des plus catastrophiques et les donneurs de leçon de démocratie d’hier et de bonne gouvernance, à l’épreuve du pouvoir depuis six ans, sont désormais disqualifiés à faire la morale aux Nigériens. Notre conférence et notre démocratie, n’auront alors enfanté que de pauvres monstres qui n’aspiraient qu’à boire le sang du peuple, après s’être servis de la lutte démocratique, pour accéder au pouvoir pour « manzer » et oublier. Appel à une nouvelle conférence nationale…

Notre économie est à terre, notre école est ensevelie, notre tissu social est fracturé, gravement déchiré. Le Niger ne s’est jamais aussi porté mal. C’est la descente aux enfers. Et les centrales syndicales sont muettes, se rendant coupables, par leur mutisme complice, de l’agonie collective de la nation. Il est donc urgent, d’aller à une nouvelle conférence, plus sérieuse, moins bavarde, plus pragmatique, plus objective, pour poser le vrai diagnostic pour un Niger qui est grabataire et qu’il faudra sauver par la chirurgie qui s’impose. Tout est à rebâtir dans le pays. Le socle âprement bâti par les pères de l’indépendance est à reconstruire pour sauver la nation. On ne peut plus s’offrir le luxe de trop parler dans ce pays quand, face aux défis, nous n’avons d’autres choix que l’action. Si nous ne pouvons plus avoir ce devoir de mémoire pour notre conférence, sans doute qu’il nous faut une autre, pour notre trouver de nouvelles références, de nouveaux repères… Nous vivons les temps des perditions. Les Nigériens, peuvent-ils ne plus voir, ne plus comprendre ?

DJANGO.

04 août 2017
Source : L'Actualité

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