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Crise politique : ″L’heure est grave... ″

Crise politique : ″l’heure est grave... ″Voici plus d’une année, peut-être deux ou trois même, que le Niger traine sa crise sans que ceux qui gouvernent, ne daignent avoir pitié de ce pays et de son peuple, pour désamorcer la crise en apaisant les relations politiques très tendues dans le pays. Abusant de la force que lui confère le pouvoir qu’il gère et de la force publique dont il a le contrôle, le régime dit de la Renaissance, ne respecte aucun de ses partenaires politiques à fortiori ses adversaires avec lesquels il n’a jamais eu que des relations orageuses, faites de détestations profondes, de violences et de provocations. C’est la première fois que les Nigériens sont arrivés à un tel seuil de haine viscérale que les uns et les autres se vouent. Et les Nigériens désespérés se sont toujours demandé, s’il pouvait être possible qu’ils sortent un jour de ces tiraillements interminables. Les socialistes sont heureux à faire souffrir un autre, et tous les jours, ils n’ont manqué d’occasion à martyriser un autre, à blesser, à humilier, à marginaliser tout ceux qui, restant dignes, défendant des idées différentes, refusent de se plier à leur brutalité. Le Niger va mal et depuis, pour conserver le pouvoir, le régime d’Issoufou Mahamadou a cru bon de faire entorse aux convenances en trafiquant une élection et en embastillant un challenger, la situation s’est tassée et la crise s’est amplifiée.

Pire, face au faux jeu, sous l’œil complaisant de Hollande et d’une Europe à laquelle il finit par imposer la loi du silence, aucun partenaire n’a daigné élever la voix pour dénoncer les brutalités et les tricheries du régime. Par les complicités de Hollande et de sa France, l’élection pourrie, gravement irrégulière a été entérinée, consacrant la démocratie au rabais dans le pays, quand pourtant, tous les jours, l’on dit vouloir encourager et soutenir la tenue d’élections justes et crédibles dans le monde et notamment dans les pays d’Afrique qui ne seraient pas de bons élèves. L’Union Européenne, sans doute parce que le régime de Niamey joue son jeu au détriment du peuple Nigérien en acceptant sans aucune consultation même avec l’Assemblée Nationale l’installation de bases étrangères et surtout, en se hasardant à signer les nouvelles lois anti-migrations que proposait Bruxelles pour les pays africains dont le Niger serait seul à s’y engager, n’aura pas dit un mot sur les conditions intolérables dans lesquelles les élections nigériennes se sont déroulées. Visiblement, l’Union européenne, quand même elle était au départ divisée sur le cas du Niger, sur des pressions françaises ainsi qu’on pourrait le soupçonner, avait fini par fermer les yeux sur les élections noires du Niger, gravement entachées et Angela Merkel, pour s’engager plus, aura aussi sa base militaire au Niger ou si l’on veut son centre logistique. La Francophonie, elle même a fait semblant de jouer à l’arbitre neutre, sans aider à aller au fond du problème. Au niveau africain, solidarité entre chefs d’Etat oblige, l’UA n’aura montré aucun intérêt pour les élections nigériennes, et puisque chacun – du moins pour la majorité des présidents africains élus ou réélus – s’est débrouillé pour remporter ses élections, on n’entendit aucune voix s’indigner officiellement pour dénoncer des élections biaisées, trafiquées pour aider un homme à consolider son règne quand, pourtant des faits avérés, trop laids, montrent toute l’irrégularité et toute la monstruosité qui les ont caractérisées. Au niveau de la sous-région, la CEDEAO fut quasi-absente dans l’accompagnement de ces élections, et elle ne put jamais imposer au régime une conduite qui respecte les principes de la gouvernance. On complote pour emprisonner un opposant pour l’empêcher de battre campagne et de pouvoir, à chance égale, aller dans la compétition électorale. C’était dans ces conditions que se tinrent les élections générales nigériennes qu’aucun pays démocratique, malgré ces faveurs évidentes et à ciel ouvert, n’a eu le courage de saluer. Et depuis, le deuxième mandat mal acquis était mal parti car posé sur de fausses bases. Et la fragilité du régime tient à cette réalité pour laquelle, l’opposition, nonobstant le ralliement-surprise du MNSD, continue à contester, même si face à la trahison, le restant de la COPA, pour ne pas se faire harakiri n’avait pas eu d’autres choix que de rentrer dans le jeu, pour continuer à combattre un système bouffon fait de bric et de broc. La fracture entre les deux blocs politiques ne fait que se creuser avec en plus, une société civile devenue plus critique qui prend à bras le corps la gestion de nombre de scandales pour lesquels elle se bat pour éclairer les Nigériens. La société civile a marché, elle a tenu des meetings et à l’occasion de ses différentes manifestations quand celles-ci ne sont pas interdites, elle a eu le courage de dénoncer la mal-gouvernance du régime en criant tout le malaise ressenti dans la société. ″L’heure est grave…″


Ce fut le cri d’indignation du FRDDR. C’est le sentiment partagé dans le pays, avec une société en faillite, une économie exsangue, un pays bloqué qui sombre dans une putréfaction morale lorsque, mentir et voler deviennent les règles d’or par lesquelles des hommes peuvent s’affirmer dans le jeu politique et ce sans pudeur, sans jamais sentir quelque nausée. « L’heure est grave » est donc le constat fait dans une des dernières déclarations de l’opposition FRDDR qui monte au créneau, avec cette fois-ci l’artillerie lourde pour bousculer le régime avec la sentence de la haute trahison qui pourrait conduire à une déchéance que l’opposition émet pour mettre des institutions en face de leurs responsabilités historiques. Si certains peuvent prendre une telle déclaration à la lé- gère, parce que l’opposition n’aurait pas les moyens de sa mise en œuvre, il faut reconnaitre qu’elle fragilise le régime en ce que d’une part elle expose toute le système et le président au devant de tout, à la raillerie d’un peuple qui ne croit plus et d’un monde désormais informé sur le cas du Niger, et surtout pourrait montrer la légèreté avec laquelle, les camarades conçoivent la gestion du pouvoir d’Etat. C’est pour avoir cru qu’il pouvait ruser, en emprunter quelques raccourcis périlleux, pour s’éviter l’épreuve d’une élection partielle, pourtant constitutionnelle dont on ne peut faire l’économie quel que soit le colmatage juridique par lequel l’on voudrait passer pour pouvoir à un poste vacant de député à l’hémicycle. Alors que la Cour a rendu un arrêt, exécutoire forcément pour l’Exécutif, celui-ci jongle avec des textes qu’il concocte et qu’il voudrait appliquer par rétroactivité, et désigner aussi facilement un remplaçant au parlementaire décédé en se servant d’une vieille liste fichue où on chercherait à racheter un vieux perdant.

On ne peut pas gérer un pays avec de tels rafistolages notamment quand on peut être amené à chaque fois à croire qu’on peut contourner les textes pour s’offrir sur mesure de nouvelles autres qui peuvent permettre d’agir selon ses convenances. Il va sans dire que cette déclaration pleine de hardiesse de l’Opposition, ne fera que monter d’un cran un climat déjà surchauffé qui pèse de toute sa lourdeur sur le pays.

Cette déclaration place le régime dans une certaine insécurité, car en appelant les forces vives de la nation et les corps constituées, à mesurer la portée de cette déclaration, l’on sait, comme on l’avait fait en d’autres temps quand on demandait à l’armée « de ne pas obéir à un ordre manifestement illégal », que cette idée émise par le FRDDR pourrait donner des sueurs froides à des hommes qui avaient commencé à douter depuis peu, à un régime aux abois à qui l’avenir fait peur. Et ce d’autant d’ailleurs que depuis des jours, avec les enseignants qui ne démordent pas même pendant ces vacances, ainsi que les étudiants qui continuent à occuper de l’espace, la camarilla rose à de quoi de prendre peur. Et comme l’a dit quelqu’un, « le singe sous ses poils, ne peut nier sa sudation ». En tout cas, depuis des jours, le centre ville est quadrillé avec une présence militaire et policière très visible, sur certains carrefours et autour de certains bâtiments, toutes choses qui peuvent monter s’il en est besoin, de l’état de fragilité que vit le régime qui semble désormais croire à sa vulnérabilité quand même il n’arrête jamais de provoquer.


C’est peut-être pour cela que depuis des jours, il se susurre que des partenaires, voudraient imposer le dialogue à la classe politique pour décrisper la tension politique et sociale dans le pays car, s’il faut continuer dans cette exacerbation des relations, aucun partenaire, aucun investisseur, ne peut oser venir dans le pays qui vit des moments critiques qui ne peuvent pas lui donner le luxe de se passer de l’appui de l’extérieur. On sait d’ailleurs, pour comprendre la nécessité et l’urgence de l’apaisement indispensable, que le FRDDR n’est pas seul désormais dans le combat. Il y a la coalition des partis non-affiliés qui ont aussi, il y a quelques jours, fait une déclaration aussi orageuse et pamphléaire, qui avait aussi dressé un tableau critique de la gouvernance des camarades. Leurs propos sont tout aussi graves que ceux tenus par le FRDDR qui sort finalement de ses silences pour oser des accusations graves et justes sans doute à l’encontre d’un pouvoir qui a déjà, on s’en souvient, moult fois violé la Constitution sans jamais s’en émouvoir. Il ne faut pas non plus nier les colères qui traversent la coalition au pouvoir et il n’est pas évident que l’on n’est au bord de l’éclatement n’en déplaise à Iro Sani.

De l’urgence d’apaiser… Le clan du pouvoir peut encore croire qu’il est fort, mais sa force ne peut résister au temps et aux intempéries de la politique. Sous l’érosion politique, depuis des jours, quelques fissures se lisent sur le mur de la MRN où des colères grondent dans le silence des corps endoloris. Et tous ceux qui observent ce pays, savent bien qu’il va mal. Et depuis des jours, personne n’ose parler de stabilité dans le pays quand de partout, l’on ne peut entendre que des grognes, que des mécontentements, que des douleurs. L’Ambassadeur de France actuel, qui a été un des architectes à accompagner la construction de cette démocratie de façade qu’on veut imposer aux Nigériens, est forcément comptables des malheurs que vivent les Nigériens. Ailleurs, à en croire une certaine presse, on a commencé à prendre conscience de la délicatesse du cas Niger. C’est ainsi qu’on avait appris que des partenaires, dont Macron, pousseraient le régime de Niamey, à aller dans la bonne gouvernance démocratique pour bénéficier du soutien des partenaires et pouvoir apaiser la situation politique du pays. C’est pour dire que le cas du Niger, comme celui de beaucoup d’autres pays, commencent par inquiéter les pays amis et le régime sait qu’il ne peut plus continuer à gérer dans la même insouciance, dans la même brutalité et surtout quand on sait l’environnement sous-régional fait d’insécurité et de violence dans lequel le pays évolue. D’ailleurs, un autre journal de la presse se demandait même, si lors de son dernier déplacement en Côte d’Ivoire, le président n’aurait pas rencontré le chef de fil de l’opposition en exil en France mais en séjour dans le pays d’Houphouët Boigny depuis des jours. La thèse est défendable quand on sait que c’était pendant les Jeux de la Francophonie et la Secrétaire générale de la Francophonie,  Michael Jean qui y avait séjourné, avait été interviewée par rfi sur l’action de son institution pour décanter certaines situations conflictuelles dans la gouvernance politique de certains pays francophones. Sans doute que sous l’impulsion de Macron, la France s’est rendue compte qu’elle ne pouvait plus continuer à être le seul pays des ex-colonisateurs à trainer encore des poudrières en Afrique. C’est généralement dans les pays francophones qu’il y a plus de problèmes politiques et cela est sans doute le fait de l’ingérence de la France dans les affaires intérieures de nos pays. Quelle gloire, peut tirer la France, à être toujours, le seul pays d’Europe, qui continue à « fabriquer » et à gérer des crises sur le continent ?A entendre la Patronne de la Francophonie, son institution joue à stabiliser bien de zones troubles de l’espace de la francophonie car cela ne pourra pas faire honneur à la grande francophonie, d’avoir le plus à gérer des zones de conflits, des espaces instables avec des démocraties au rabais quand on sait pourtant que son engagement milite en faveur de la promotion de quelques valeurs inhérentes à la démocratie et à la bonne gouvernance. C’est dire qu’en dépit de certaines résistances, forcément, des choses changeront au Niger. La Renaissance et ses zélateurs, n’y pourront rien… Un vent souffle. Nouveau et frais.

ISAK

06 août 2017
Source : Le Nouveau Républicain

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