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Brigi Rafini : Démission ou rémission ?

Brigi Rafini Démission ou rémission ?Mardi dernier, une information faisant état de la démission instantanée du Premier ministre a explosée comme une bombe sur les réseaux sociaux. La nouvelle a tout de suite fait le tour du monde ; les téléphones ont crépité de toutes parts. Puis rien ....

Quelques coups de fil au cabinet de Brigi Rafini nous ont fait croire qu'il ne s'agissait que d'une fausse alerte : le Primo n'a pas démissionné. Une semaine plus tard, le chef du gouvernement est toujours en place. Mais est- ce une raison suffisante pour croire qu'il n'a pas, serait-ce que, voulu démissionner ? A L'Éclosion, loin de nous contenter de la version officieuse de la primature (étant entendu qu'il n'y a pas eu de démenti officiel) nous avons mené notre petite enquête là-dessus. Nos sources indiquent que l'information viendrait d'un conseiller à la présidence de la République. S'est-il trompé ? Voulait-il nuire ? Si oui, à qui ? Logiquement, personne dans l'entourage immédiat du chef de l'État ne souhaiterait que Brigi Rafini démissionne en ce moment, somme toute, crucial pour la Renaissance. D'autres faits troublants méritent d'être analysés dans cette vraie-fausse démission.

Premier détail : l'information provient non pas du camp adverse mais bien de l'intérieur  du système. C'est un journaliste qui se revendique fièrement proche du pouvoir qui en est à la base. Dès lors, l'on ne peut lui imputer la volonté de " nuire ". En tout cas, il n'a aucun intérêt à faire du mal au régime que notre confrère défend bec et ongle dans son journal et sur les réseaux sociaux. Et s'il a été trompé, ça ne peut venir de l'opposition qu'il traite de tous les noms d'oiseaux à cause de son appartenance à la majorité. Ce qui nous amène à redire que la " fuite " vient de l'intérieur. Qui en veut à ce point à Brigi Rafini ? Difficile à dire puisque quel que soit l'inimitié que l'on lui vouerait, la personne ne saurait vouloir mettre mal à l'aise le président de la République avec une telle annonce.


Second détail à ne pas négliger : cette annonce de l'hypothétique démission de Brigi Rafini est intervenue 24 heures après la parution de notre confrère Le Canard en furie qui avait titré en gros " Au sommet de l'Exécutif, Le Premier ministre Brigi Rafini souhaite se reposer ". Le Canard en furie, c'est ce même journal traité de " menteur " - dans un audio sur WhatsApp - par le journaliste à l'origine de la " rumeur " du départ du Primo. Donc, on ne peut parler de collusion entre les sources des deux informations.


Autre fait à prendre en compte dans cette affaire : c'est la toute première fois, en presque 7 ans, que le Premier ministre est annoncé avoir démissionné. Toutes les fois que la question  avait été abordée, on disait de lui qu'il ne reviendrait pas dans le prochain remaniement du gouvernement mais jamais qu'il allait rendre le tablier. Si on le fait aujourd'hui, ça ne peut être fortuit.


Enfin, le dernier élément de notre analyse porte sur les déclarations de Bazoum Mohamed qui disait le31mai2007ceci:"(...)

l’autre aspect réside dans la façon singulière dont il (ndlr, Hama Amadou alors Premier ministre) a pervertit le régime semi-présidentielle consacré par notre Constitution. En effet, depuis que ce type de régime a été conçu, peu de temps après le retour du Général De Gaulle au pouvoir en France en 1958, jamais nulle part un Premier ministre ne sera resté au pouvoir autant d'années (ndlr, 7 ans) que
l'actuel Premier ministre du Niger (...) Dans le contexte des difficultés propres à la gestion d'un pays, surtout, pauvre comme le nôtre, la fonction de Premier ministre expose à des défis impossibles. Il s'en suit, en règle générale, une usure rapide, commandant des changements périodiques, ce sont ces changements de chefs de gouvernement, scandant le mandat présidentiel, qui suscite périodiquement l'espoir dont l'entrain et l'enthousiasme indispensable pour faire face aux défis. Ce sont ces changements réguliers qui donnent cours aux innovations, aux remises en cause des pratiques routinières ainsi qu'aux dynasties qui les caractérisent. « 

De ce point de vue, on peut dire que l'heure a sonné pour Brigi Rafini de plier bagages. Lui, qui soufflera sur ses 7 bougies à la primature en avril prochain.

Ainsi, tout porte à croire que le chef du gouvernement a bel et bien voulu quitter son prestigieux poste mais des ententes de dernières minutes ont dû l'en dissuader, du moins pour l'instant, et peut-être, en attendant que le contexte s'y prête le mieux. De toute évidence, une démission de cette taille dans ces moments difficiles pour la Renaissance équivaudrait à une grande fissure difficilement gérable. Le mieux serait que Brigi Rafini, en reconnaissance à l'honneur que le Président Issoufou lui a fait attende d'être " gentiment " débarqué au cours d'un remaniement du gouvernement au lieu de claquer bruyamment la porte.

10 août 2017
Source : L'Eclosion

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