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CENI : La cohésion de la mouvance mise à l’épreuve

Ceni niger election 0La classe politique nigérienne ne peut rien réussir dans l’harmonie et la concertation. Même sur l’essentiel, il est impossible pour elle de s’entendre et de réussir un consensus national sur des questions d’intérêt national. Le fossé est désormais grand entre les différents blocs ou camps politiques, insurmontables car au-delà de l’adversité politique, les hommes se vouent aujourd’hui mutuellement des haines morbides, cultivées dans une agressivité politique qui garde les traits de la bestialité. Les esprits étriqués, bornés même souvent, dans leurs analyses plates, racontent à qui veut les entendre que pour désigner les responsables de la CENI, l’institution chargée d’organiser des élections, point besoin de chercher un consensus au niveau de la CENI, forts de l’idée selon laquelle par le code électoral, il revient au président, père de la nation, de désigner seul le président et le vice-président de la CENI oubliant qu’il s’agit d’un code électoral controversé car contesté par une frange importante de la classe politique, à savoir le FRDDR et l’opposition non affiliée. Ces analystes commandés ne peuvent donc tromper personne quand on sait que ce faisant, l’on essaie de biaiser le débat sur des questions aussi essentielles et délicates. D’abord, il est faux de dire que les choix faits pour désigner les deux responsables de la CENI, le sont par la classe politique et qu’au moins pour le président un large consensus aurait été obtenu. Ce n’est pas vrai car la mouvance présidentielle ne saurait être représentative de toute une nation qui est par essence une diversité et donc ne peut pas seule choisir pour tout le Niger et pour toute la classe politique. Parce qu’il s’agit quand même d’élections, le camp du pouvoir - et quel pouvoir – ne peut pas choisir pour tous et ce d’autant plus que l’on sait que les tricheries électorales commencent avant, et continuent pendant et après les scrutins. Et le choix des hommes devant gérer les opérations est assez délicat pour ne pas être l’apanage des seuls gouvernants, qui, s’ils veulent des élections crédibles sont obligés d’associer l’ensemble de la classe politique, pour qu’un consensus minimum soit trouvé tant au niveau du choix des hommes que des textes régissant le fonctionnement des élections. C’est en cela que le bon sens voudrait qu’en la matière, la prérogative d’un tel choix ne puisse pas être laissée au seul président de la République qui est forcément plus attaché à un camp qu’à un autre même si par ailleurs, la Constitution, théoriquement, le place au dessus de la mêlée, tout comme, cela ne saurait être laissé aux seuls soins d’un camp. Le rôle, du président ne peut donc consister qu’à entériner un choix responsable fait par toute la classe politique. Rien de plus. C’est pourquoi, il est important que la classe politique se concerte, s’entende pour ne pas aller à des élections sur des bases fausses. Peut-on par exemple imaginer le PNDS accepté qu’un Tandja seul, choisisse les premiers responsables d’une CENI, sans broncher, convaincus que ce sont des textes qui lui en donnent le droit ?

Il ne faut pas se ″foutre″ des Nigériens. Les préoccupations que pose l’opposition sont tout à fait légitimes et logiques. Et pourquoi, faire toute cette tête, quand, le camp présidentiel, continue à prétendre qu’il a la légitimité, et qu’il aurait aujourd’hui le soutien de 92% de Nigériens ? De quoi, peut-il avoir peur, lorsque créant les conditions d’élections transparentes et honnêtes, il trouvera de la gloire à remporter des élections à la régulière, et face au monde, à soigne son image aujourd’hui gravement ternie ? Ou bien faut-il croire que la Renaissance sait bien que la légitimité lui fait défaut, et qu’en s’arcboutant sur des principes qu’on a toujours acceptés pour elle quand elle était à l’opposition, elle joue au faux fuyant, cherchant le moyen de contourner les normes, pour qu’on ne découvre pas sa « nudité » ? Tout le monde sait aujourd’hui, pourquoi les socialistes cherchent coûte que coûte à avoir une emprise sur les prochaines consultations électorales. Cette analyse est d’autant plus pertinente que ceux qui gouvernent aujourd’hui, ne peuvent rassurer personne puisque même les ″enfants″, à savoir les scolaires et les étudiants ont perdu confiance en nos gouvernants et ils n’hésitent pas chaque fois de besoin, à exprimer leur déception face à des aînés qui sont incapables de respecter leurs paroles. Et ces ″enfants″, avaient bien raison. Ces socialistes bouffis de vanité, n’avaient-ils pas dit qu’ils ne peuvent, au nom de leur parcours dont ils sont fiers, jamais s’accommoder d’élections tropicalisées et pourtant… Que la MRN et l’APR s’entendent pour mettre en place une CENI, n’avance en rien notre démocratie et forcément, une telle démarche ne fera que renforcer les dissensions au sein d’une classe politique déjà divisée car jamais, le régime ne pourra réussir à amener toute la classe politique dans des élections tant qu’il sera seul à choisir pour tous les règles du jeu. Il en est d’ailleurs de même pour les lois électorales dont les modifications avaient été faites avec le seul camp de la mouvance au pouvoir. Même lorsque conviant, la mal mariée, le MNSD, au pouvoir pour manger, la Renaissance doit se rassurer que cela ne donne pas pour autant quelque légitimité à ses décisions. C’est donc la Renaissance, elle même qui crée les conditions pour que les prochaines consultations, dès l’entame soient décriées, contestées et quand on sait le désordre dans lequel, un tel fait peut installer le pays, l’on ne peut que se demander si les socialistes ont le souci de préserver la quiétude dans un pays qui ne manque pas de problèmes.

C’est donc un mensonge que de dire que pour le président de la CENI il y a eu un consensus. C’est faux. Comme pour son adjoint pour lequel, l’APR ne semble pas être d’accord – il faut être prudent avec ces gens qui peuvent à tout moment se dédire – il n’y avait pas de consensus, car le FRDDR, et l’opposition non affiliée, ne se sont pas déterminés par rapport à ces chois, étant donné qu’ils n’étaient pas parties prenantes du CNDP qu’ils boycottent depuis de longs mois et pour des motifs tout à fait défendables. Ceux qui disent alors que cette CENI est celle de la MRN et donc du PNDS, n’ont pas tort. Historiquement, pour tous ces choix, aussi bien en ce qui concerne les textes électoraux que le choix des hommes, la classe politique, tout en surmontant ses divergences, a toujours essayé de dégager un consensus, pour aller dans la sérénité à des élections. On ne pouvait demander mieux. Mais les socialistes qui ne peuvent se faire confiance, changent les règles du jeu, pour abuser du pouvoir qu’ils ont usurpé, et imposer leurs choix aux Nigériens.

On ne peut que trouver le porte-parole de l’APR assez crédule à croire que le Président, en signant la décision de nomination, dans un premier temps seulement pour le président de la CENI pour lequel on prétend, qu’il y aurait eu entente, ferait montre d’une grande impartialité qui le met au dessus de la mêlée, et c’est bien mal connaitre les hommes à qui ils ont à faire. Leur ralliement à la Renaissance ne vise autre chose qu’à légitimer les abus d’un régime qui ne peut survivre que par le mal et ce n’est personne, si ce n’est Seini Oumarou, l’homme que Salatou défend sur l’échiquier politique, qui avait dit que la gouvernance d’Issoufou est satanique. On ne peut donc pas croire que ces hommes, en 2021, redevenant subitement sages, pourraient organiser des élections libres et transparentes. Tant que les Nigériens ne se battront pas à avoir les conditions nécessaires qui peuvent favoriser la tenue d’élections justes, s’il faut compter sur le choix que feront ces hommes, on ne pourra jamais avoir des élections d’une telle facture. Les dernières élections qui sont les premières de l’histoire démocratique que les socialistes ont organisées, montrent à suffisance, qu’ils ne peuvent que trafiquer des élections, les détourner à leur profit, en corrompant la volonté populaire. Ces premiers signes avec la trituration des textes, et la désignation au forceps des responsables de la CENI en disent long sur ce à quoi l’on devra s’attendre avec les socialistes au pouvoir. C’est pourquoi, avant toute autre chose, l’opposition, ainsi que la société civile, doivent, sans attendre 2021, tout en cherchant le soutien des partenaires, exiger la tenue dans les meilleurs délais des élections locales et régionales car rien ne peut justifier qu’on ait pu organiser des élections présidentielles et législatives avec un fichier et qu’on refuse d’organiser des locales avec le même fichier sous le prétexte fallacieux que ce fichier ne serait plus bon, toute chose qu’on avait jamais voulu accepter auparavant. C’est infantiliser l’opposition que de la berner avec un tel argument qu’aucun être sensé ne peut admettre. Il est clair que des partenaires qui ont été témoins des conditions scabreuses dans lesquelles les dernières élections se sont déroulées, ne peuvent aussi comprendre le motif trop léger invoqué pour ajourner sine die les élections locales et régionales.

Comment d’ailleurs faire confiance à des récidivistes, quand Ousseini Salatou peut lui-même se souvenir de leurs tares précisément quand on apprend enfin avec lui que l’ancienne CENI a violé la loi pour faire plaisir aux princes roses, ce qui ne les a pas empêchés de les soutenir aujourd’hui, mais tenant un discours qui dérange leurs nouvelles amitiés. Qu’est-ce qui peut lui donner tant d’assurance à compter sur autrui, lui philosophe qui a appris par Descartes, qu’une prudence intellectuelle, voudrait qu’on doute ?

En tout cas si, au nom d’une collusion avec le système qui leur donne désormais à manger, ils peuvent encore continuer à soutenir, pour ouvrir l’autoroute à des socialistes qui ont mal gouverné et qui ne veulent pas rendre compte, et leur permettre ainsi de gouverner éternellement un Niger qui est en passe de devenir leur propriété exclusive. La CENI, telle qu’elle se construit aujourd’hui, est une CENI du malaise et du déchirement. Et l’on ne peut pas compter sur un père de la nation pour se détacher de la voie par laquelle les caciques du régime, veulent forcer le Niger. La vigilance doit donc être de mise…
DJANGO.

14 octobre 2017
Source : L' Actualité

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