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Anniversaire de JAMHURIYA : Discours des invités : entre flatteries et rêveries

Anniversaire de JAMHURIYA : Discours des invités : entre flatteries et rêveriesLe parti d’Albadé Abouba a fêté ses deux bougies et à la messe, tout le monde était là. L’opposition comme, naturellement, la majorité au grand complet, étaient tous là quand on peut voir, Seini Oumarou, le président du MNSD qui avait, il n’y a pas si longtemps, fait les discours que l’on sait contre « le rebelle » Albadé qui élaguait des branches du Baobab sous lequel il s’abritait, harcelé par les feux de l’illégitimité que certains attisent autour de lui. Beaucoup de gens avaient parlé, pour faire honneur à Jamhuriya, mais Seini, ne pouvant pas oublier ses discours acides, plein de fiel à l’encontre de ceux qui, avec Albadé, avaient choisi de partir – et ce n’est pas si loin de nous pour oublier – ne pouvait que regarder, triste, l’enfant sorti des entrailles du MNSD, faire ses pas, grandir, s’affranchir et s’affirmer sur l’échiquier politique national. Pour une classe politique, profondément divisée, que rien ne peut rassembler et ce depuis quelques années, quand le PNDS ne pouvait considérer tout autre Nigérien qui ne pense pas comme lui comme n’étant qu’un ennemi à traiter comme tel, l’on ne peut que reconnaître avec Sanoussi Tamabari Jackou qui s’interrogeait alors à juste titre : « qui plus que vous [parlant d’Albadé] peut rassembler tant de monde », tant d’hommes que tout divise, tant de contradictions aussi pour faire et réussir la fête qui tait le temps d’une orgie, des rancunes et des rancœurs qui minent encore notre classe politique. Et chacun, en intervenant est allé de sa petite musique, souvent de son petit ?molo? flatteur, de ses visions et de ses intérêts, caressant, la vedette du jour, le ministre d’État Albadé qui aura ainsi réussi à s’imposer sur l’échiquier pour être un acteur incontournable pour d’éventuelles échéances électorales, et donc un acteur à aduler et à courtiser. C’est peut-être d’ailleurs, pour de tels paramètres, qui justifient ces présences calculées d’hommes qui ne pouvaient pas, dans les relations électriques qui caractérisent les rapports entre partis et leaders, que les uns et les autres ont eu la grandeur, de s’élever et d’honorer un homme dont on peut avoir besoin demain. Il ne s’agit donc ici de rien d’autre que de calculs politiques mercantilistes, pour des hommes qui jouent leurs intérêts, non celui du peuple car personne n’a pu relever que ce sont de telles retrouvailles dont a besoin le Niger et qu’il fallait saluer le fait que la classe politique soit capable, un temps soit peu, de taire ses divergences.

C’est pour dire que, et sans doute qu’Albadé le sait, le contexte politique actuel, fait d’incertitudes qui présagent des chamboulements notables inéluctables, ne pouvait que justifier ces amabilités qui transcendent des douleurs, couvrant l’hôte du jour de panégyriques, de flatteries gourmandes. Et l’on peut observer que l’homme ne s’excite pas trop, d’écouter tant de plaisanteries. Dans la salle, quelques hypocrisies rendaient des hommes heureux, mais du dehors, il y en avait qui savaient, qu’ils ont laissé un pays malade, saigné à blanc par un socialisme antisocialisme et l’on ne peut que rire à entendre le prochain président de la HALCIA, qui peut promettre devant Albadé et ses invités, qu’il sortira tous les voleurs, pour les envoyer au gnouf, car c’est là qu’ils doivent avoir leur place, pas ici à narguer les citoyens honnêtes. Il a raison, mais pourquoi, ne le fait-il pas savoir à ses amis d’aujourd’hui qui ont le plus produit des voleurs et des milliardaires si tant est qu’une telle question les préoccupe réellement ? N’est-ce pas lui qui reconnaissait un jour, que jamais dans le pays, il n’y a pas eu autant de vol, autant de prédation que sous ce régime ? Le discours rêveur de ces hommes, ne trompe personne. Et ce d’autant d’ailleurs qu’on ne peut comprendre que dans ses logorrhées, il ne peut voir, à travers ses illuminations – heureusement qu’il note une spéculation somme toute chimérique de sa part – qu’un président qui viendrait d’un clan qui a pillé et ruiné le Niger et qui n’aura eu de mérite que d’avoir créé au sein de la camarilla rose, une nouvelle bourgeoisie comprador, de nouveaux milliardaires qui ne peuvent pas justifier, tout le patrimoine qui leur donne aujourd’hui vanité et arrogance. Ses pronostics manqueraient de pertinence s’il n’avait pas évoqués ces questions liées à la concussion qui a mis le pays et son économie à terre. Car qui peut comprendre, lorsqu’on note qu’Albadé serait le rassembleur – le seul qui le peut s’il faut encore croire ses dithyrambes – et que c’est un autre qui a joué profondément dans les déchirements que vit le Niger, et les douleurs qui traversent la classe politique qui serait en 2021, le prochain président du Niger, comme si dans ce pays, il n’est plus possible d’opérer des choix de raison, par le bon sens, et par le discernement. Il n’est pas interdit de rêver sans doute et de passer à un autre impétueux, nourri d’espoir, quelques soutiens virtuels avant l’heure d’hommes qui lui expriment, pour calmer ses impatiences, des intentions hypocritement bienveillantes.

Des gens, côtoient à dessein la vérité, refusant de tenir compte d’un contexte fait de malaises. Et sans doute qu’Ali Amadou Djibo dit Max, n’avait pas tort, de faire parler d’un prochain « Tsunami », inévitable, dans un Niger ravalé par les contradictions de ses enfants, des haines cumulées, et recyclées de ses fils, devenus intolérants et extrémistes.

Dans ces incohérences débitées, on pouvait lire des contradictions inexcusables. Quand on reconnaît qu’Albadé serait seul à pouvoir rassembler toutes les sensibilités, l’on aurait compris, qu’à la MRN, personne ne peut être capable de rassembler. La communication étant ce que l’on dit sans le dire, l’on aura compris que sur un tel plan, l’homme qui passe des rêves et partage des chimères, ne croirait plus à ses alliés. Ce n’est que trop facile de construire un pays par des schémas et de voir dans ses rêveries, des hommes que l’on placerait à ses grés et selon ses propres fantaisies, à une place ou à une autre. Aussi, quand on nous parle de « tiqueté » gagnant, c’est sans doute parce qu’inconsciemment, l’on voudrait faire comprendre que d’autres tickets existent.

Par ailleurs, il est dommage que ce soit ceux qui, pour avoir soutenu la mal gouvernance, qui viennent aujourd’hui, sans aucune pudeur, parler aux Nigériens de voleurs, sachant bien, de quel côtés se trouvent les gangs qui ont coulé l’État. Ces discours que l’on a entendus manquent de pertinence, souvent même d’intelligence. Il faut qu’on respecte les Nigériens ! Ces pronostics fantaisistes, ne tiennent à rien d’autre qu’à la flagornerie politique d’hommes qui ont désormais dans leur rôle qu’un discours laudatif pour exciter un autre et rassurer la « marmaille » suiviste dans ses doutes en ce temps qui courent, faits de peur et d’angoisse. Il ne faut pas se leurrer, la MRN, ne peut pas traîner ses contradictions et ses malaises, les déchirements et les blessures d’un peuple, pour y survivre jusqu’en 2021.

Le séisme est inévitable et forcé- ment il y aura une recomposition politique qui refera le schéma politique qui mettra à la marge, ceux qui ont trahi et volé. Aujourd’hui, ils sont nombreux, les leaders politiques qui ont un problème avec leur conscience depuis qu’ils se sont rendu compte de leur erreur et notamment quand, par leurs naïvetés alors excusables, ils avaient cru aux discours du socialisme nigérien à l’opposition, pour finalement être témoins, pire complices, de la débâcle d’un pays, dans lequel, plus rien n’est à sa place, et pour vivre ensuite les remords d’une imprudence et d’une solidarité dans ce qui serait une association de malfaisance. Ils sont d’ailleurs nombreux à vouloir se racheter, en renonçant à un soutien hypocrite et alimentaire, à la limite du puéril, pour défendre un pays et son peuple, qu’une classe politique, par ses complicités et ses mesquineries, aura conduits au chaos généralisé. Quelle image, ces hommes qui, pour la plupart sont au dernier virage d’une vie et d’une carrière, peuvent décider de laisser à l’histoire et au peuple, sinon que celle d’une magnanimité et d’une probité d’un ressaisissement qui pourrait les exonérer de veuleries infâmantes pour eux, pour leur âge et pour leur rang. Est-il possible de trahir son pays à cet âge encore ? Le Niger n’est pas un théâtre, où des gens qui n’ont aucun souci pour un peuple qui vit le martyr, peuvent se permettre de jouer cette comédie de mauvais goût qui n’a que trop irrité les Nigériens.

La messe de Jamhuriya ne peut tromper personne. Au travers des rires confus et diffus, pleins d’afflictions et d’amertumes, les gens savent que par delà les discours qui flattent, le pays va mal, et que demain, n’est plus un jour sûr quand on considère les souffrances et les inquiétudes légitimes des Nigériens. Le Président se cherche courant dans le monde, sans doute pare qu’il fait chaud au pays, espérant trouver loin, quelques mains secourables, peu renseignées sur la situation du Niger et de sa démocratie. Le premier ministre, lui-même, où se trouve-t-il ?

Au Niger, « y a dra », et ce ne sont pas les couleurs d’une fête, et les verbes arrangés des cérémonies qui changeront la donne dans un pays qui se perd.

Oui, Max a raison, encore une fois. Le fruit pourrit et un monde s’effondra. « Vous alliez nous entendre », cette parole sortie des sincérités d’un homme, constitue-telle une menace ?
Time will tell…
Walé

20 octobre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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