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Bazoum Mohamed : l’huile et le feu

Bazoum Mohamed : l’huile et le feuFaut-il croire que le président Issoufou est aujourd’hui submergé dans ses nombreux problèmes au point de souffrir d’aphasie, pour ne pas être capable de prendre en main, une situation nationale qui se complique, conduisant inexorablement vers l’incertitude ? Non, ses silences ne rassurent pas un peuple qui ne compte que sur son managering, pour mettre le pays à l’abri de turbulences inutiles. Faut-il croire Issoufou Bachar quand, il y a quelques mois, il faisait entendre, pour avoir connu l’homme et pour avoir travaillé longtemps avec lui, qu’il ne faudrait pas plaindre les Bazoum, les Massaoudou et consorts dans leurs discours outrageants, car ce qu’ils disent et font, ne serait que ce qui plairaient à merveille à leur chef, le président de tous les Nigériens, M. Issoufou Mahamadou. On est tenté d’accorder quelques crédits à cette allégation quand on voit comment ce pays est en train de sombrer, et tous les jours, les propos incendiaires et les décisions iniques et dé- raisonnées, ne font que précipiter le pays dans l’abîme et aggraver la situation sociopolitique du pays.

Les événements du 29 novembre sont venus confirmer la règle. Bazoum, comme, toujours, en osant la sortie que l’on sait, n’aura été que le même Bazoum que l’on connait et à dire qu’un tel homme prétend lui aussi gouverner ce pays ? Avec ce discours, ces colères non maitrisées, l’on ne peut voir l’homme d’Etat. Dans la douleur de ce qui avait marqué cette journée de révolte et de colère, le ministre de l’Intérieur, le dimanche déjà piaffait d’impatience à régler des comptes, à prendre les solutions les plus extrêmes. On se demande même s’il tient à faciliter les choses à son régime. Non, l’homme d’Etat ne réagit pas dans les colères, il prend un recul, s’apaise, analyse avec sé- rénité, se fait conseiller, dort et réfléchit avant d’agir. Bazoum, lui, se passe de ces précautions, et il sort l’artillerie lourde, pour intimider et croire qu’il peut ainsi casser les ardeurs d’un peuple qui en a marre. Et il l’a sans doute compris, ces dé- cisions, sa manière de gérer cette crise, ne sont pas les bonnes, car il a bien entendu que ceux qu’il accuse, ne reculeront pas tant que dans ce pays, on essayera de les étouffer. Les Nigériens tiennent à leur liberté, ils tiennent à leur mieux-être et la FORCE ne réglera JAMAIS le problème qui est aujourd’hui celui du Niger. On ne gère pas un Etat dans les humeurs, avec les affects. Les décisions hâtives n’ont jamais été les plus bonnes. Le Niger, a besoin aujourd’hui d’apaisement car pour avoir des colères, dans ce pays, il n’y a plus que le Moden Fa Lumana. Le ministre n’avait qu’à regarder autour de lui ! Et le Niger ne saurait être réduit au seul parti de Hama Amadou. C’est d’ailleurs manquer de respect pour les problèmes que posent les Nigériens, que de vouloir, tout réduire à un parti et à ses militants. Pourquoi d’ailleurs cette fixation sur ce parti ? Pourquoi ce parti fait tant peur, pour le voir partout, jusque dans les cauchemars qui empêchent la Renaissance de dormir ?

Le dimanche déjà, le ministre promettait de dissoudre, et le matin, aussitôt arrivé à son service, la décision est prise : ACTICE est dissoute, par les soins et les colères non maitrisées du ministre. Nous sommes au Niger en 2017. Les étudiants avaient cassé et brûlé, mais avait-on pour autant dissout l’USN ? Pourquoi donc une décision radicale, extrême pour des problèmes réels qu’on pose, et contre cette association qui prend en charge les problèmes des Nigériens ? Est-ce pour intimider les autres et étouffer le poussin dans l’œuf ? Ce n’est sans doute pas la solution, faut-il encore le rappeler. Une telle décision, quand on sait la profondeur des malaises, ne peut qu’en rajouter aux colères, aux frustrations. Ce n’est pas une faiblesse que de comprendre qu’il y a problème quand des gens, posent de tels actes, à tout le moins condamnables, pour appeler au dialogue fécond, en envoyant au peuple des signes d’apaisement qui rassurent et rapprochent les hommes. Il est dommage qu’un grand philosophe de sa trempe ne puisse agir avec mesure, car chaque fois qu’il ose une communication, l’on voit que par les choix inconsidérés de ses mots, il ne fait que monter la température.

Ce pays va mal ; c’est la seule vérité et sans doute que Nouhou Arzika qui avait été sur le terrain, avait vu les regards profonds des hommes qui marchaient, presque absents et désemparés. Ainsi que l’a dit l’acteur de la société civile, il est urgent d’apaiser, de réconcilier ce peuple, aujourd’hui gravement divisé et opposé par une politique du harcèlement et de l’exclusion. L’on entend d’ailleurs des mots qui reviennent. Quand on sait que ces mots sont trop chargés, il faut que l’on fasse attention. Le Niger est sur une pente et le président Issoufou, est aujourd’hui interpellé. Les Nigériens ne peuvent donc plus voir Bazoum, ni Hassoumi Massaoudou, ni Iro Sani, ni un autre qui tiennent toujours ces discours va-t-en-guerre. « Exterminer » que l’on entend si souvent, rappelle dans l’histoire récente en Afrique et ailleurs plus loin de nous, de tristes souvenirs des barbaries humaines. Il faut s’en méfier. On ne joue pas avec le destin des peuple. Dans ce pays, nous sommes déjà allés trop loin.

Regardons, notre pays, regardons nos enfants, pour leur laisser un pays vivable. Il y a trop de colères dans ce pays. C’est une vérité et il est dommage que Bazoum ne puisse pas les voir, pour avoir l’attitude plus responsable qu’il faut. Prions pour le Niger…
ISAK
02 novembre 2017
Source : Le Nouveau Républicain

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