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Gouvernance : Issoufou et son clan défient les Nigériens

Gouvernance : Issoufou et son clan défient les NigériensLa loi de finance 2018 a fait l’objet de grands débats car en bien d’aspects, elle divise les Nigériens : ceux d’en-haut refusant de comprendre les cris de ceux d’en bas. Et depuis des semaines, les débats s’enflammaient, divisant le Niger en deux clans. Le clan des nantis qui veulent coûte que coûte appliquer la loi contestée et ceux qui résistent et veulent faire entendre aux décideurs, leurs appréhensions. Mais, comme toujours, l’on savait, connaissant la « tête dure » du socialisme nigérien, que les inquiétudes légitimes exprimées par les Nigériens ne pouvaient pas dissuader ceux qui dirigent depuis le hold-up du 20 mars à revoir leur copie pour réviser leur texte et faire en sorte qu’il réponde aux aspirations des Nigériens.

Une loi de finance du déchirement…

Est-il possible de gouverner sans écouter ceux qu’on gouverne ? Faut-il croire qu’en forçant le ramassis d’hommes coupés du peuple qui n’ont plus de boussole politique que leur ventre, donnant par l’addition arithmétique qui accorde une majorité ambiguë, peut-on véritablement croire que la Renaissance est suffisamment forte à avoir son budget et à le faire appliquer pour avoir les résultats escomptés quand elle doit agir dans la périphérie des colères et des plaies béantes qu’elle laisse dans le peuple ? Des centrales syndicales, la société civile véritable, de nombreux Nigériens, et toute l’opposition confondue, ont pourtant décrié les nouvelles mesures contenues dans cette loi qui n’a sur aucune page pensé au Pauvre Nigérien sinon qu’à enrichir des riches et à appauvrir des pauvres. Et ça, c’est le socialisme qui l’aurait pensé pour le bien de l’homme ! Qui l’eut cru !

Cynique socialisme ! Dans ce contexte où les Nigériens, dans leur écrasante majorité, tirent le diable par la queue, il n’est que très difficile, voire impossible, de faire appliquer ces mesures antisociales, sans heurter, et sans pousser les Nigériens à la révolte. La Renaissance, en tout agit dans la brutalité, et croit que parce qu’elle dirige, sans se souvenir des conditions de sa réélection, il n’a plus que la force comme dernier recours, incapable de dialogue et de réflexions fécondes. Pour gagner des élections, même lorsqu’elle dit avoir 80% des partis politiques, elle ne peut avoir le courage d’organiser des élections transparentes sinon qu’à cambrioler des urnes et à braquer un scrutin sous le soleil d’un 20 mars silencieux, où les Nigériens, refusant le rabaissement de leur démocratie, étaient restés dans leurs maisons, attristant la démocratie qui vivait alors une terrible journée de deuil et de calamité. On peut d’ailleurs se rappeler des reportages de journalistes venus souvent d’outre-mer et qui avaient fait le triste constat de ce boycott actif qui ne laissait plus aucune fierté au régime, même auréolé de ses 92% de pacotille qui ne pouvaient pas moirer. Le texte est voté un dimanche par des députés godillots, et ces 133 hommes et femmes qui se sont aliénés à un pouvoir qui veut vivre du sang du peuple, dans la vie difficile que les Nigériens devront vivre les prochaines semaines, sont aussi comptables car ayant fait le choix non du peuple, mais d’un homme et de son système. Le tout n’est pas de voter une loi mais de faire face ensuite à son applicabilité. Aujourd’hui donc, plus que jamais, les divisions sont profondes car maintenant seulement, les Nigériens peuvent comprendre que ce gouvernement, ne pense plus qu’à lui seul, soumis aux injonctions de l’extérieur auquel il veut plaire, et ce dans le mépris des Nigériens dont il prétend qu’il l’a élu à 92%. La nouvelle loi de finance ne tient donc ni compte des moyens des Nigériens, ni des intérêts du Niger.

Une loi de finance de la démission Sur près de 20 produits de grandes consommation hier non taxés, le gouvernement de Brigi Rafini, a fait le choix d’emblée de les taxer ensemble, réduisant drastiquement le pouvoir d’achat du consommateur nigérien car il va sans dire, que cela rendra pour toute l’écrasante majorité des Nigériens, les produits de première nécessité et de grande consommation inaccessibles. Ce qu’une facture d’électricité surchargée va davantage compliquer. Pire, comment peut-on choisir et surtout quand on se dit socialiste, d’avoir plus de « pitié fiscale » pour les multinationales et donc pour le Capital au détriment du petit peuple, dont le pain, par les taxes nombreuses qui sont venues s’y greffer, deviendra inaccessible pour nombre de ses couches déjà vulnérables. On ne peut donc pas comprendre ces cadeaux fiscaux faits à ces grandes sociétés à qui déjà beaucoup de facilités avaient été faites, sans que la qualité de leurs prestations ne soit au rendez-vous. Et c’est à ces gens à qui, ce même gouvernement avait reproché beaucoup de choses notamment dans l’accomplissement de leur cahier de charge, qu’on veut encore faire d’autres gentillesses pendant que les Nigériens, eux, doivent continuer à broyer du noir. Les socialistes nigériens veulent trop plaire à l’Extérieur, jamais à leur peuple, dont ils pensent que la FORCE peut les aider à les mettre aux pas et à se passer de leurs doléances. Il est d’ailleurs moralement inacceptable et politiquement incorrect, de vouloir trop faire payer aux pauvres, quand, à ceux qui ont mal géré et qui ont causé la situation inconfortable actuelle, le régime qui avait pourtant crié par « Maï Boulala », sa volonté d’assainir, ne peut avoir la main forte qu’il faut pour faire rentrer l’État dans ses droits en rendant gorge à ceux qui l’on spolié. Tant que ceux qui ont volé et dé- tourné, blanchi et trafiqué n’auront pas payé, les Nigériens ne peuvent accepter de payer pour leur faute et par les faiblesses de princes qui manquent de rigueur.

Une loi votée nuitamment…

Comme pour tricher, alors qu’on faisait entendre que la loi pourrait être votée le lundi, les députés marionnettes en mission, imposant leurs volontés, ont profité d’une journée de coupures d’électricité que beaucoup de Nigériens pensent sciemment orchestrées pour éviter que les Nigériens n’écoutent les arguties des uns et des autres relativement à l’appréciation du budget à l’hémicycle, ont fini, la nuit par voter la loi. Et les Nigériens se demandent, quelle place Cheffou Amadou a faite à ses militants, Nigériens lambda, dans cette loi qui finira forcément par les écraser ? Quelle place Seyni Oumarou a faite aux militants de son parti qui vivent la galère autant que lui avant cette nomination sur mesure qui le couvre de veulerie lorsqu’elle le laisse surfer sur leur misère, plaignant son âge qui ne saurait lui permettre de faire de l’opposition oubliant ce que tout ce que la République lui avait donné en d’autres temps. Les ingrats. Pourtant le pauvre paysan qu’il laisse dans les campagnes désolées, il voudrait le trouver toujours, même dans sa misère endémique, à crier en chœur avec lui « Nassara » chaque fois qu’il reviendra vers lui pour s’assurer de sa fidélité politique. Mais lui ne peut supporter de faim et de fin. Peut-on ainsi avoir cru que l’on aura réussi à tricher avec un peuple ? Quand jusqu’à ce niveau, l’on ne peut avoir que ces justifications alimentaires déshonorantes, humiliantes, at-on vraiment raison de faire de la politique. Djado Sékou n’avait pas tort : « la faim est terrible, elle rabaisse le cynique à l’humilité, et réduit le preux et l’orgueilleux à la mendicité… ».

Cassure…

Le désaccord autour de cette loi voulue contre le peuple, ne peut que s’aggraver car autant le gouvernement aura montré son entêtement, autant les forces vives, disent être tout aussi déterminées à mener la lutte contre ces mesures par lesquelles, la Renaissance cherche à brimer le peuple. On aura alors compris que le gouvernement a choisi la voie de la confrontation, bannissant le dialogue, pour trouver le consensus nécessaire afin de pouvoir gouverner dans la stabilité indispensable pour créer les conditions propices à tout investissement. Le gouvernement, avec 133 voix pour, a, théoriquement par le jeu arithmétique, son budget mais il sait que les 29 voix contre, malgré leur représentativité mathématique, artificielle dans la réalité, ont plus de légitimité sur cette question qui divise le pays. D’ailleurs, pour un gouvernement, qui, même en temps de stabilité et de consensus relatif autour de ses budgets, n’avait jamais su exécuter même à hauteur de 60% ses budgets, ne le pourra jamais avec une loi de finance aussi controversée car ceux dont il faut l’accord, à savoir le peuple, à travers ces différentes émanations, refusent de s’y plier quand ils ont la conviction qu’une telle loi n’est pas faite pour leur rendre la vie facile.

En plus de cette réalité, il se trouve que le contexte est très défavorable au régime quand on sait qu’avec toutes les catégories sociales, professionnelles et même politiques, il n’a que des problèmes, l’on sait que ces forces vives de la nation, dans les épreuves qu’elles vont ensemble traverser les prochaines semaines, trouveront la synergie nécessaire pour créer un large front afin de faire face à cette loi. Il va sans dire que ce budget ne pourra régler les problèmes économiques du pays quand on sait que ces problèmes sont moins un problème de liquidité qu’il faut régler par une pression fiscale inadaptée qu’irréaliste et brutale, qu’un problème de gestion. La vérité est que le Niger est mal gouverné et les socialistes veulent rester dans les mêmes pratiques pour croire qu’en braquant les pauvres, ils peuvent trouver les moyens qui leur permettront de vivre la luxure à laquelle ils se sont habitués sans accepter que la conjoncture ne leur impose le sacrifice qui leur fera perdre quelques privilèges pour des gens qui, en plus de gouverner un peuple pauvre et de gérer le dernier pays de la planète, prétendent qu’ils seraient des socialistes proches du peuple. Le socialisme nigérien a produit de la misère. Il n’a pas sur réduire toute la misère qui couvre notre société.

En votant cette loi incriminée, la Renaissance et ses affidés ont fait le choix de défier le peuple dont elle méprise les préoccupations urgentes. Et avec ces démesures, le Niger ne peut que s’installer dans la diète, et s’enfoncer dans l’instabilité.

133 : mépris et défiance… Un vote fait sans doute dans le malaise et la peur.

Pauvre Niger. Pauvres socialistes. Pauvres alliés, larbins et pique-assiettes marginaux de notre scène politique…

Walé  

02  décembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

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