Loi des finances 2018 : la société civile sur le pied de guerre

Societe civile Niger 02Malgré son vote massif par les députés de la mouvance présidentielle, la loi des finances 2018 n’a encore aucune garantie d’être appliquée dans sa forme voulue par le pouvoir du président Issoufou Mahamadou. La société civile, qui conteste certaines de ses mesures, appelle le peuple à une large mobilisation pour barrer la route à cette loi.

Lors d’une réunion tenue le jeudi 30 novembre dernier au siège de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC), la société civile opposée aux mesures «antisociales» contenues dans la loi de finances 2018 a exprimé sa déception face au vote de cette loi par les députés. Selon son porte-parole Nouhou Mahamadou Arzika, cette société civile était d’autant plus déçue qu’avant le vote de la loi et lors des rencontres qu’elle avait eues avec les Commissions techniques de l’Assemblée nationale, beaucoup de députés – «y compris de la majorité» – étaient ouvertement contre la loi de finances et s’étaient engagée à ne pas la voter. D’après Nouhou Arzika, c’est lors d’une réunion des partis membres de la mouvance présidentielle que des instructions ont été données aux députés de la majorité parlementaire de voter en faveur de la loi. Ce qui, selon l’acteur de la société civile, est contraire au sacro-saint principe de la Constitution qui dit que «tout mandat impératif est nul». Tout en prenant acte du vote des députés, la société civile a affirmé qu’elle va se battre, autant que cela est nécessaire, pour empêcher la mise en œuvre de la nouvelle loi de finances dans la forme où le gouvernement l’a conçue et présentée à l’Assemblée nationale. Nouhou Mahamadou Arzika a, ainsi, invité, les Nigériens à se mobiliser, tout en attirant leur attention qu’ils sont face à un pouvoir aux relents dictatoriaux et dont les animateurs ne sont pas prêts à faire la moindre concession quand ils s’engagent dans une action. Ce mercredi 6 décembre, la même société civile a convoqué une réunion au cours de laquelle elle va rendre publique une déclaration. Dans un message posté sur page Facebook, Nouhou Arzika a indiqué qu’à travers cette déclaration, lui et ses camarades vont exprimer à la face du monde leur «désapprobation» et leur «rejet» de la «scélérate et antisociale loi des finances 2018» ainsi que leur «volonté inébranlable de la combattre démocratiquement par les voies de droit constitutionnelles et légales». Contrairement donc à qu’ont pensé certains cercles du pouvoir, le vote massif de la loi de finances 2018 par les députés de la majorité est loin d’émousser l’élan des organisations et de la société civile et des citoyens qui rejettent certaines mesures de cette loi qu’ils jugent «antisociales». C’est donc un véritable challenge qui se pose au pouvoir du président Issoufou Mahamadou qui compte beaucoup sur cette loi pour faire face aux multiples problèmes de trésorerie auxquels il est confronté ces derniers mois. Si la société civile maintient le cap, il est évident qu’elle parviendra à mobiliser le maximum de Nigériens pour contraindre le gouvernement à revoir sa copie et à supprimer au moins une partie des mesures qui sont dé- criées. Le pouvoir va certainement tenter d’empêcher les manifestations dans l’espoir d’étouffer le mouvement de la société civile opposée à sa loi de finances. Mais l’expérience de 2015 a démontré qu’il y a des actions plus efficaces que les manifestations de rue pour contraindre un pouvoir à revenir sur des mesures qui ne plaisent pas aux citoyens.

12 décembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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