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G5 Sahel : à Bruxelles, l'appui financier se fait plus consistant

Issoufou Sahel Bruxelles 23 02 2018Vu depuis l'Europe, la mort de deux soldats français tués ce mercredi 21 février dans l'explosion d'une mine artisanale dans le nord-est du Mali ravive l'urgence de la tâche immense qui reste à accomplir au Sahel. Cette dernière attaque a certainement mis en évidence les défis auxquels sont confrontés les cinq pays que sont le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso et la Mauritanie – placés en première ligne d'une guerre contre les groupes djihadistes islamistes. Cette mobilisation sans précédent de Bruxelles « est la preuve d'une prise de conscience collective de l'importance du Sahel pour la stabilité de l'Afrique et, au-delà, de l'Europe », se félicite l'Élysée.

L'Europe en mode urgence au Sahel

L'attaque est intervenue lors d'une opération de contrôle dans cette zone frontalière du Niger, réputée servir de refuge à des groupes djihadistes. Dans un communiqué, Emmanuel Macron a adressé « à leurs familles et à leurs proches ses plus sincères condoléances ». Quatre mille militaires français sont déployés au Mali dans l'opération Barkhane, pour soutenir la lutte contre les djihadistes dans la région du Sahel. Ces deux décès portent à douze le nombre de militaires français tués depuis le lancement de Barkhane.

« Le prix de ne pas avoir la paix se paie chaque jour », a souligné Mme Mogherini vendredi à Bruxelles à l'ouverture de la Conférence de l'Union européenne pour renforcer leur soutien politique et financier au G5 Sahel, qui lutte contre la menace persistante des groupes djihadistes dans la région sahélienne.

« Il faut éviter que le Sahel devienne un sanctuaire pour les groupes djihadistes, car le Sahel c'est la porte à côté de l'Europe », a mis en garde le secrétaire général de l'Union africaine (UA) Moussa Faki Mahamat.

« Le combat que nous menons contre le terrorisme au Sahel, nous le menons aussi pour le reste du monde. Pour cette raison, l'Union européenne et la communauté internationale doivent être solidaires avec le Sahel », a pour sa part insisté le Nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice du G5 Sahel.

Autour de lui et de ses homologues de la Mauritanie, du Mali, du Tchad ou encore du Burkina Faso, plusieurs chefs d'État et de gouvernement de la communauté internationale, dont l'Arabie saoudite, se sont mobilisés tout au long de cette journée pour témoigner de leur soutien politique.

L'UE a répondu à l'appel avec le doublement de sa contribution financière à la force militaire conjointe du G5 Sahel, portée de 50 à 100 millions d'euros.

« La stabilité de la zone est importante pour la sécurité dans l'Union européenne », ont reconnu le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le Premier ministre belge. La région du Sahel est une voie de passage pour les migrants qui tentent de gagner clandestinement l'Europe en embarquant depuis les côtes de Libye et de Tunisie.

L'argent, le nerf de la guerre

La force du G5 a besoin de fonds supplémentaires pour l'aider à atteindre son objectif de 5 000 soldats bien entraînés et équipés pour patrouiller les points chauds et rétablir l'autorité dans les zones de non-droit.

Elle s'est dotée d'une structure de commandement et a mené deux opérations, avec l'appui de la France, dans la zone troublée des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Destinée à devenir pleinement opérationnelle à la mi-2018, la force du G5 Sahel opère aux côtés des 4 000 soldats de la force anti-djihadiste française Barkhane et des 12 000 hommes de l'opération Minusma de maintien de la paix des Nations unies au Mali.

Au total, avec les contributions des autres donateurs, 414 millions d'euros ont été mobilisés vendredi pour la force (du G5 Sahel).

La France et l'Allemagne ont annoncé vendredi des contributions bilatérales importantes en aide au développement : 1,2 milliard d'euros sur cinq ans pour la France, 1,7 milliard pour l'Allemagne. L'Union européenne a pour sa part budgétisé 8 milliards d'euros pour l'aide au développement sur la période 2014-2020. « Mais l'environnement est si instable et si peu sécurisé que le développement ne peut pas s'installer », ont averti des responsables européens.

Mais si l'on fait bien les comptes, seulement 50 millions d'euros, ceux engagés par l'UE en juillet, ont été débloqués. Il y a donc une urgence du côté des cinq pays de la coalition du G5 Sahel qui voudraient aussi que cet effort soit pérennisé. « Nous souhaitons que les ressources promises soient débloquées le plus rapidement possible », a renchéri le président du Niger.

« L'effort financier doit être rendu pérenne », a insisté le président du G5 Sahel. « 480 millions d'euros sont nécessaires pour la première année, mais 75 millions d'euros devront ensuite être mobilisés chaque année, en sachant que nous ne savons pas combien de temps va durer ce combat », a-t-il expliqué.

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Pour l'instant la France, principal allié des chefs d'État de la région, n'abonde pas totalement dans ce sens. L'objectif de la présidence est aussi de faire entendre tous les messages autour du développement. En effet, « il n'y a pas de sécurité sans développement et pas de développement sans sécurité », analyse un responsable européen, en insistant aussi sur l'urgence d'améliorer « la gouvernance » des pays de la région. Pour l'instant, l'Alliance a identifié 400 projets de développement dans « les zones les plus vulnérables » du Sahel, dans six secteurs prioritaires : emploi des jeunes, développement rural et sécurité alimentaire, énergie et climat, gouvernance, décentralisation et accès aux services de base, et sécurité – pour un coût estimé à six milliards d'euros sur la période 2018-2022.

25 février 2018
Source : http://afrique.lepoint.fr/

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