SIM Aminchi 0range

«La renaissance culturelle a besoin de la foi et de la raison », déclare SEM. Issoufou Mahamadou

«La renaissance culturelle a besoin de la foi et de la raison », déclare SEM. Issoufou Mahamadou« Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,

Monsieur le Haut Représentant du Président de la République,

Son Altesse l’Emir de Kano,

Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Députés nationaux,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations Internationales,

Monsieur le Gouverneur de la région de Niamey,

Honorables Chefs traditionnels et Leaders religieux,

Mesdames, Messieurs,

Il y a bientôt deux mois, je plaçais la session inaugurale du deuxième mandat du Conseil Economique et Social sous le thème de la renaissance culturelle, notamment de la modernisation sociale. J’avais alors demandé à cette institution de la République d’apporter sa contribution dans la mise en œuvre de la Renaissance Culturelle. Faut-il le rappeler, la Renaissance Culturelle c’est cette ambition que nous avons de moderniser notre pays aux plans social, politique et économique. Il s’agit pour le gouvernement de développer une approche d'appropriation par les citoyens des principes et des valeurs socio culturelles fondamentales, endogènes et exogènes, axés sur le progrès.

Mesdames et Messieurs,

Le Gouvernement nigérien a élaboré un diagnostic participatif assorti d’une feuille de route en trois programmes pour la mise en œuvre de l’axe Renaissance Culturelle. Ce document qui va bientôt être adopté en conseil des Ministres a fait un inventaire suffisamment représentatif des valeurs à promouvoir et des contre-valeurs à combattre en vue de la modernisation du pays aux trois niveaux dont je parlais tantôt. Il a également décliné les principaux vecteurs et acteurs stratégiques de mise en œuvre des programmes.

Ces vecteurs sont entre autres les institutions de la République, la culture, la famille, l’école et la religion. C’est pourquoi j’avais demandé au Conseil Economique, Social et Culturel, institution de la République, de s’investir dans la mise en œuvre de cette approche. C’est aussi pour cette raison que nous organisons aujourd’hui cette conférence sur le thème «Islam et modernisation sociale : expérience de l’Emirat de Kano ».

L’Emir de Kano, une incarnation des valeurs fortes de solidarité, de probité, de justice

Je suis particulièrement heureux d’accueillir en cette circonstance, Son Altesse SanoussiLamidoSanoussi, Emir de Kano, Emirat au passé très glorieux, dont la culture et le dynamisme continue de susciter admiration et respect au-delà des frontières africaines.

Je tiens à lui exprimer tous nos remerciements pour avoir accepté de rehausser de sa présence cette conférence et de partager avec nous la riche expérience de son émirat de Kano sur ce sujet. Il incarne, nous le savons tous, les valeurs fortes de solidarité, de probité, de justice. Il est le dépositaire et le garant de l’intérêt général, y compris dans son acception coutumière et religieuse, en sa qualité de commandeur de croyants ou ‘’SarkinMusulmi’’.

Notre illustre hôte est une référence vivante non seulement en matière religieuse mais aussi en matière de réformes réussies. Banquier de renom, il engagea avec succès la réforme du secteur bancaire et de l’Administration de la Banque Centrale du Nigéria dont il fut Gouverneur de 2009 à 2014. Ce succès dans un environnement post crise financière de 2008 lui valut d’être distingué Gouverneur de Banque Centrale de l’année 2010 par la célèbre revue financière internationale « The Bankers».

Il est certes un grand banquier, mais c’est surtout ses références religieuses et son engagement qui en font un citoyen hors du commun. Son Altesse est diplômée en droit islamique de l’Université Africaine Internationale de Khartoum au Soudan et auteur de plusieurs publications sur l’islam.

Parallèlement à ses activités bancaires, il a donné plusieurs conférences au Nigéria et au plan international, exprimant avec courage des positions théologiques claires sur des questions religieuses et sociales relatives à l’Islam. C’est le cas pour les questions relatives à l’inégalité entre les genres qu’il considère comme étant d’origines socio-culturelle et non religieuse. C’est le cas pour la Zakat qui selon lui peut être collectée et distribuée par le gouvernement et utilisée comme instrument de lutte contre la pauvreté. C’est le cas aussi pour la sharia qui doit être appliquée sous l’éclairage de la raison.

Il est de ces leaders religieux éclairés qui souhaitent ouvrir la porte de l’ijtihad dont la fermeture, il y a de cela plusieurs siècles, est une des causes de la régression de des sociétés musulmanes, auparavant en nette avance sue le reste du monde.

Son Altesse SanoussiLamidoSanoussi, Emir de Kano depuis 2014, a engagé des réformes hardies et vertueuses pour moderniser la société dans la paix et l’harmonie, qui sont des valeurs cardinales en Islam. Il nous honore par sa présence qui est pour nous très significative. Cette présence participe de la solidarité et de la fraternité entre les populations de nos deux pays. Elle indique surtout que nous sommes tous résolus à engager un leadership conséquent pour faire évoluer les comportements et les mentalités sur de nombreuses questions et ce, à la lumière des enseignements du Saint Coran et des Hadiths.

Mesdames et Messieurs,

La renaissance culturelle constitue un des axes de mon programme. Elle vise les trois modernisations suivantes: modernisation sociale, modernisation politique et modernisation économique. Notre objectif est de concevoir et de mettre en œuvre un instrument de mobilisation collective en vue du développement social, politique et économique de notre pays.

Puiser dans l’Islam beaucoup de valeurs qui peuvent faire progresser notre société

Nous sommes convaincus que la renaissance culturelle peut puiser dans l’Islam beaucoup de valeurs qui peuvent faire progresser notre société. Nous entendons donc nous appuyer sur ce vecteur essentiel pour moderniser notre société et ce, d’autant plus que les valeurs que nous voulons promouvoir et les contre valeurs que nous voulons combattre sont pour l’essentiel respectivement promues et combattues par notre religion.

Des références à l’islam existent qui peuvent nous aider à promouvoir l’Etat de droit, le justice, la paix, la sécurité, l’unité nationale, le sens du devoir, le patriotisme, la tolérance, l’humanisme, l’ardeur au travail, le civisme, la solidarité, l’intérêt général, le respect du bien public, le respect des engagements et de la parole donnée, le respect de la parole donnée, le respect de l’autorité, la discipline, le courage, la patience, le sens de l’honneur, l’intégrité, la dignité, la persévérance, l’esprit d’initiative, l’esprit de curiosité et la soif du savoir, la salubrité et la protection de l’environnement, etc.

L’islam nous offre aussi des armes pour combattre la corruption, l’égoïsme, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le fatalisme, la superstition, la sorcellerie, le fétichisme, les inégalités, la tromperie, la médisance, l’incivisme, l’oisiveté, la paresse, le parasitisme, la mendicité, la mentalité d’assisté, les mariages précoces, les grossesses précoces, les grossesses rapprochées, l’ostentation, l’arrogance, le gaspillage, etc.

L’islam nous montre que diriger une communauté c’est-à-dire faire de la politique, est un sacerdoce et non une sinécure. La renaissance culturelle a besoin de la foi et de la raison. Elle a besoin des vecteurs crédibles. Parmi ces vecteurs, la chefferie traditionnelle occupe une place de choix : son rôle est déterminant sur ce vaste chantier.

Mesdames et Messieurs,

La présente conférence est une occasion d’échanges et de réflexions avec ceux qui ont puisé, dans notre Livre Saint et dans les Hadiths, des références susceptibles de nous permettre de mieux cadrer nos comportements et nos mentalités par rapport à certaines questions, dont une meilleure compréhension permettrait de mieux faire avancer notre pays sur la voie de son développement.Ces échanges dureront deux jours. Sont présents à cette conférence des oulémas venus du Nigéria.

Notre pays, le Niger, a besoin de paix ; la région du Sahel a besoin de paix

Je ne doute pas que les résultats de ces échanges permettront d’harmoniser les positions sur les questions fondamentales de l’islam en rapport avec la nécessaire modernisation sociale. Notre pays, le Niger, a besoin de paix. La région du Sahel a besoin de paix. Les populations du bassin du Lac Tchad ont besoin de paix ; or la paix est aujourd’hui menacée par l’extrémisme violent et la radicalisation, menacée par le terrorisme aveugle.

Que faire face à cette situation inédite dans nos pays? Pourquoi l’islam, religion de juste milieu est-il instrumentalisé par l’extrémisme violent et le radicalisme? Pourquoi cette religion qui proclame que « tuer une seule personne innocente, c’est tuer toute l’humanité » est –elle transformée en guillotine destinée au massacre de millions d’hommes, de femmes et d’enfants ?

Au-delà des solutions curatives qui portent sur le combat militaire que nous menons contre le terrorisme, en plus des mesures préventives que prenons notamment en matière de lutte contre la pauvreté, de quelle manière pouvons-nous mener le combat sur le front idéologique contre l’extrémisme violent, la radicalisation et le terrorisme? Telles sont aussi les questions que pourra examiner la présente conférence car l’extrémisme violent, la radicalisation et le terrorisme constituent des obstacles rédhibitoires à toutes modernisation, qu’elle soit sociale, politique ou économique.

L’islam est une religion de paix, une religion de juste milieu et je reste convaincu que vous trouverez les fondements théologiques aux réformes sociales porteuses de valeurs positives indispensables pour le développement de notre pays. Vous tirerez avantage des reformes mises en œuvre avec succès dans d’autres sociétés musulmanes et particulièrement les reformes engagés par l’Etat de Kano sous la conduite de son Altesse l’Emir Sanoussi Lamido Sanoussi.

Je fonde l’espoir que les résultats de vos débats nous donnent des arguments de communication pour un changement de mentalités et de comportement. Tirons donc le meilleur profit de cette conférence, qui est si importante pour la réalisation des transformations que nous voulons pour le développement politique, économique et social de notre pays. L’Islam, notre grande religion peut et doit servir nos objectifs de modernisation.

Sur ce, je déclare ouverte la conférence de haut niveau sur l’Islam et la modernisation sociale.

Je vous remercie. ».

Onep

10 avril 2018
Source : http://lesahel.org/

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