Crise nigérienne : Quelle issue pour la Renaissance ?

 Le Niger glisse peu à peu dans l’absolutisme. Des hommes politiques sont en prison depuis plus de deux ans, et personne ne dit rien, pas même la Justice par rapport à leur sort. Est-ce cela aussi l’Etat de droit qu’Issoufou est allé vanter en France, devant Macron ? Le pays va mal et il va sans dire que les aides annoncées avec l’AFD, ne pourront tirer le régime d’affaire. La situation risque fort de s’aggraver et l’on se demande bien comment le régime pourrait s’en sortir. La nouvelle loi de finances semble ne pas être la solution à la situation économique du pays car il se trouve qu’après cinq mois d’application forcée, le régime se rend compte que le problème reste entier et appelle par une voix peu officielle, à prendre des mesures plus hardies d’économie budgétaire. La Banque mondiale elle-même avait relevé que la mobilisation des recettes internes, reste encore très insuffisante. On ne peut d’ailleurs pas comprendre que la BM se satisfasse de la médiocrité, elle qui avait bien noté que le problème nigérien est plus, sinon d’abord politique qu’économique. C’est dans cette situation d’errance et d’incertitude que le régime devrait de plus en plus prendre conscience de l’inconfort dans lequel il végète depuis des mois, sinon depuis des années, sans en mesurer la profondeur.

Les griots sont de retour…

Il y a quelques jours, à Zinder, des jeunes avaient fait un appel au président pour briguer un troisième et dangereux mandat. Pour le justifier, ne dérogeant pas à la règle, on nous dira que c’est au nom du travail immense qu’il aurait abattu dans le pays, pour le bonheur des Nigérien. Une petite phrase qui avait perdu bien d’autres aventuriers avant lui. L’annonce de cette déclaration qui a fait un tollé dans l’opinion, ternissant davantage l’image d’un président dont la gouvernance démocratique inquiète de plus en plus, ici et ailleurs. Puis, sur les réseaux sociaux, un autre fait des déclarations pas très différentes qui font de lui, un autre laudateur dangereux pour un système dans le viseur des organisations de la société civile et de la presse internationales. Kassoum Moctar, défendant son pain, comme il l’avait du reste fait sous Tandja avec le même zèle et les mêmes servilités, est sans doute de ceux contre lesquels, dame Bazèye, devenue pour les Nigériens une icône du Droit Nigérien, avait conseillé l’homme qui rentrait en fonction un 7 avril 2011, transporté dans les nues par une consécration inespérée. Comme hier, de tels ouvriers sont dangereux et Issoufou devra s’en méfier. C’est peut-être pour tout cela qu’en visite en France, Issoufou, sans que ce soit l’urgence dans la difficile situation actuelle du pays, avait tenté de rassurer les partenaires français en leur faisant la promesse qu’il s’en ira en 2021. L’insistance du journaliste sur la réponse qu’il donnait, montre bien que l’opinion internationale reste sceptique par rapport à la promesse ce d’autant que depuis des jours, face au raidissement du régime, l’on observe un certain regain d’intérêt pour la situation des libertés publiques et de la démocratie dans le pays.

Le réveil du monde

Les Nigériens plaignaient le silence de certains partenaires traditionnels du pays dont entre autres la France, l’Union Européenne, les Nations Unies, la CEDEAO, etc. On ne peut voir les conditions dans lesquelles les élections se sont passées et ne pas réagir. Et c’est cette mascarade que salue et magnifie Macron ! Croit-il aux valeurs de la démocratie ? Pour certains, ce ne sont plus des valeurs que ces partenaires défendent dans le monde, mais des hommes, si ce n’est aussi des intérêts. Pour le Niger, on comprend comment on y est arrivé : le régime, s’est fait le serviteur obligé de l’impérialisme pour lui permettre tout sur notre sol et ce sans chercher à donner à certaines de leurs accords jamais révélés aux Nigériens, la légalité nécessaire qui pourrait le mettre à l’abri de critiques tout à fait fondées et justifiées.

Depuis des jours – plus de deux mois – que des acteurs de la société civile, disons tous ses leaders qui ont occupé l’espace médiatique, sont en prison selon les fantaisies et les volontés du prince et le monde ne s’en indigne pas. Mais depuis des jours, il y a une levée de boucliers d’ONG internationales et de médias français qui alertent le monde sur les dérapages du régime, la situation grave des libertés publiques et de façon générale de la démocratie. Dans un pays où on n’emprisonne pas les voleurs et les trafiquants, mais où l’on ne parle de rigueur de la loi qu’avec ceux dont le crime ne serait qu’un délit d’opinion, il y a franchement à s’inquiéter. Le Point, le Mondafrique, rfi, Paris Match et Libération, depuis quelques jours, ne font que publier des articles pas très tendres en vers le régime de Niamey. Depuis, le régime se sait en mauvaise passe et a évité de répondre à ces différentes accusations, en ameutant notamment les mêmes communicateurs médiocres qui ont toujours essayé de le défendre vainement. Ceux que croise aujourd’hui la Renaissance ont une certaine influence dans le monde du fait de leur crédibilité et il n’est évident qu’il s’en sort aussi facilement s’il devrait s’entêter à maintenir la pression sur le peuple qui lutte. C’est en profitant de son séjour parisien que le président Issoufou tente de répondre aux accusations faites à l’encontre de sa gouvernance, mais sans convaincre, hélas. Les réponses étaient évasives, faites surtout de falsification et de manipulation qu’un journaliste français ne peut pas ne peut décrypter. Ainsi, finiton par comprendre, par les réponses données sur France 24, que le Niger va mal et que la démocratie est en train de foutre le camp. Il y a franchement à s’en inquiéter. Mais alors, le régime, peut-il croire que la prestation de son champion, peut lui permettre maintenant d’aller dormir sur ses lauriers, rassurés que l’ouragan a passé ?

Le régime, serait-il cerné ?

La situation ne peut que se compliquer pour la Renaissance. Ces organisations qui commencent par donner de la voix, ne sont pas prêts à lâcher du lest. Et il va sans dire que les réponses insuffisantes, sinon peu crédibles données pour répondre à leurs préoccupations ne peuvent qu’accentuer l’ardeur avec laquelle, ils entendent forcer les partenaires, la France et Macron en particulier à ouvrir les yeux et voir ce qui se passe dans ce pays que leurs indulgences risquent de détruire et conduire au chaos. Il n’y a d’ailleurs pas que ces forces extérieures qui combattront une gestion calamiteuse qui a fait trop de mal dans le peuple. La société civile nigérienne reste à l’affût et dit, en répondant le même jour au Président en visite en France, son exaspération pour sa manière de voir et de comprendre le problème nigérien et de vouloir le gérer. Ils diront leur détermination à mener le combat et à ne jamais baisser les bras tant que la loi de finances ne serait pas retirée. Le dire et lutter pour que cela soit, peut-il être un crime pour lequel on doit aller en prison ? Il y a un autre front. Le FDR, le nouveau front coalisé de l’opposition, né la veille du Ramadan, va certainement, reprendre du poil de la bête pour mener son combat pour la restauration de la démocratie, aujourd’hui gravement malmenée par le système Guri. Comme on le voit, avec ses fuites en avant, son refus de reconnaitre la gravité de la situation, malheureusement, les choses ne peuvent que se compliquer pour le régime. Mais peut-être que le régime compte sur les bases étrangères installée dans le pays pour se protéger d’un probable soulèvement du peuple.

La Renaissance vit l’enfer de l’étau… Il va sans dire que les socialistes savent que la France n’est plus la même,même avec Macron qui avait accueilli avec un chien noir et qui a dû, au nom des convenances diplomatiques, assoupir sa position vis-à-vis de Niamey et garder un temps soit peu, des relations moins orageuses avec les princes roses. Il n’en demeure pas moins que dans le secret des relations, les partenaires ne manqueront pas de faire des remontrances pour amener le régime à s’amender et à gouverner autrement que par la brutalité en laissant à chacun sa place dans la démocratie.

Les jours prochains ne vont pas être faciles pour la Renaissance. Elle sait déjà que les souffrances de l’étau qu’elle endure, ne lui donnent pas trop de choix.

Macron joue sa réputation africaine au Niger : il remodèle la Françafrique qu’il défaisait à son entrée en fonction. L’homme pousse désormais à douter de lui.

WALÉ  

12 juin 2018
Publié le 04 juin 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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