Code électoral et CENI maison / Les futures élections : de simples désignations par le pouvoir des camarades ?

Image d'illustrationL’existence d’un parti politique n’a de sens que s’il prend part aux différents scrutins (élections locales, législatives et présidentielles). Cette participation aux élections, à travers les candidats sous sa bannière, sur la base d’un projet de société, lui permet non seulement de juger de sa représentativité, son poids électoral, mais aussi d’influer sur la politique de la Nation pour réaliser l’intérêt général. Cela n’est possible que si, d’une part, il positionne des candidats, et de l’autre s’il est présent dans les bureaux de vote et les institutions chargées des élections. Sur la base d’une CENI et d’un code électoral consensuels. Toutes les élections se sont passées généralement ainsi dans notre pays. Les futures élections risquent de faire exception. Tout est caporalisé par le régime autocratique des camarades marxistes léninistes. C’est un constat. Le Conseil national du dialogue politique (CNDP), une trouvaille ingénieuse de Hama Amadou pour réguler les tensions et incompréhensions politiques, n’est désormais que l’ombre de lui-même, où la MRN (mouvance pour la renaissance du Niger) au pouvoir monologue avec elle-même. Quant au Code électoral, il est taillé sur mesure. Cerise sur le gâteau, la dernière découverte des socialistes convertis en bourgeois compradores consiste à chasser les partis politiques qui pourtant concourent des bureaux de vote, en octroyant de pouvoirs exceptionnels à la Commission nationale électorale dite indépendante. Ainsi, le président de la CENI, dont tous les membres sont d’un seul parti, le PNDS en l’occurrence, se voit instruit de nommer les membres des bureaux de vote. Non pas ceux désignés par les partis politiques en compétition, mais les siens. Sur quelle base ?

Quand on connait la gestion du Guri, cette base ne peut être que partisane. Selon ce schéma qui est celui des camarades, seuls les militants et membres de la renaissance seront élus, disons tout simplement désignés aux différents postes électifs : président de la République, député, conseillers régionaux et municipaux. La CENI de Me Sounna donnera à qui elle veut ce qu’elle veut, en fonction du quota fixé en haut lieu. Et charité bien ordonnée commence par soi-même, celui qui vous donne le bifteck, le commanditaire. Voilà où le manque de confiance en soi a conduit Mahamadou Issoufou et ses petits camarades staliniens. Manque de confiance en soi motivée par la conscience de l’échec et conséquemment du dégoût que le peuple nigérien ressent vis-à-vis des gouvernants actuels. Tout le long des 7 dernières années, les guristes ont excellé dans la mauvaise gouvernance, la prédation des ressources nationales, avec des violations quotidiennes de la loi, un mépris pour les droits et les libertés fondamentales des citoyens sur fonds d’endettement irréfléchi et vertigineux du pays. Avec des services sociaux de bases en lambeaux, une économie démembrée, des institutions républicaines aux ordres d’un seul homme, les renaissants sont sûrs qu’ils ne peuvent remporter aucune élection sur la base d’un scrutin sincère. Ils l’ont toujours su. C’est ce qui explique cette peur bleue de compétir avec les autres partis sur des bases saines. Ils ne se sont pas encore relevés du traumatisme de 2016, où malgré des élections par trop tropicalisées, un candidat emprisonné les a tenus en échec, les invitant malgré eux à un deuxième tour aux présidentielles, probabilité qu’il n’ont nullement imaginée. Que les partis politiques ne trompent donc pas. « Ce n’est pas les votes qui comptent, mais la manière de compter les votes », disent les staliniens. Et les guristes se disent staliniens. Même quand un parti est présent à la CENI et dans les bureaux de vote, il doit être vigilant pour imposer la sincérité du scrutin, pour s’assure que les résultats proclamés sont ceux sortis des urnes et consignés sur les PV des bureaux de vote. Le combat politique s’impose maintenant pour que les prochains dirigeants du Niger soient des dirigeants légitimes, seuls capables d’engager le Niger et son peuple sur la voix du développement. Cette lutte politique, qui incombe aux partis politiques et tous les démocrates, pour le respect des règles de la démocratie ne doit être nullement ajournée. Reportée et devant le fait accompli, les déclarations et autres points de presse pour « tenir à témoin l’opinion nationale et internationale » ne seront que des jérémiades qui ne pourront rien changer.

Bisso

09 juillet 2018
Source : Le Courrier

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