Libération des leaders de la société civile : Vont-ils poursuivre la lutte ou faire comme Seïni Oumarou et le Mnsd ?

Libération des leaders de la société civile : Vont-ils poursuivre la lutte ou faire comme Seïni Oumarou et le Mnsd ?

Le verdict du procès des leaders de la société civile nigérienne est finalement tombé, ce mardi 24 juillet 2018. Trois mois avec sursis ont été requis contre Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari et certains de leurs collègues. Et si d’autres ont écopé de peines plus privatives, il reste que ce verdict, attendu avec anxiété par de très nombreux acteurs de la société civile, au Niger, mais aussi à l’extérieur, a été plutôt une gifle retentissante pour le régime qui a nourri, sans s’en cacher, l’espoir de les garder en prison aussi longtemps que possible. Aujourd’hui libres, Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari, pour ne citer que ceux-là, sont face à leur destin. Un destin forcément lié par une lutte citoyenne qu’ils ont engagée au nom de leurs convictions et de l’idéal de gouvernance qu’ils nourrissent pour le peuple nigérien et dont ils ont cru le Président Issoufou capable avant de se rendre compte de la catastrophe. La lutte qu’ils ont engagée contre la loi des finances 2018, véritable serpent de mer qui est en train d’asphyxier les foyers nigériens, a été assurément perçue par le régime comme étant le point de départ de sa fin. Il fallait mettre un terme à cette rencontre entre les leaders de la société civile et son peuple. Et leur arrestation, le 25 mars 2018, a été, au grand bonheur du régime, synonyme d’une lutte perdue par le peuple qui se bat pour un mieux-être et un minimum de sensibilité de la part du gouvernement quant à leurs revendications pour une réduction du train de vie exorbitant de l’Etat.

Nouhou, Ali et Moussa sont désormais libres. Que vont-ils faire après leur libération ?

Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari et les autres qui sont libérés ce 24 juillet 2018 vont-ils continuer la lutte entamée ou abandonner ? La question est sur toutes les lèvres. S’ils poursuivent la lutte, plus que jamais déterminés à aller au bout de leurs convictions, les leaders de la société civile nigérienne ne font pas qu’entrer définitivement dans l’histoire, ils prouvent que malgré la pourriture ambiante, il y a de belles raisons de croire au Niger. Ils donneront à une jeunesse désabusée et perdue, d’autres repères faits de valeurs morales et citoyennes, en lieu et place de ces trafics de drogue, d’armes, de détournements de deniers et biens publics impunis, etc. S’ils flanchent et abandonnent, ils sauveront leurs libertés individuelles et peuvent même, cerise sur le gâteau, monnayer leurs services à un régime qui ne rêve que de ça. Dans les jours à venir, en attendant qu’ils respirent à pleins poumons les effluves de la liberté retrouvée, Ali Idrissa,Nouhou Arzika et Moussa Tchangari s’adresseront sans doute aux Nigériens qui sauront alors si le peuple a retrouvé ses égéries ce 24 juillet ou s’il les a définitivement le 25 mars 2018.

Quant à la justice, il est bien beau de penser que ce verdict est de nature à exonérer le système judiciaire des graves soupçons qu’on lui porte jusqu’à l’interne. Si le juge chargé de l’affaire a pu se tirer d’affaire avec ce verdict qui sauve un peu la face à la justice nigérienne sans trop remplir les maîtres de Niamey de dépit, il reste qu’au-delà de l’euphorie de la libération des leaders de la société. civile l’on doit s’interroger sur les conditions objectives dans lesquelles est intervenue cette libération. La doit-on à un jugement équitable, sur la base de l’intime conviction du juge, ou bien aux pressions extérieures, discrètes mais efficaces ? Car, qu’elle soit obtenue de haute lutte judiciaire ou négociée, la libération des leaders de la société civile peut changer le cours des choses. La loi des finances est entrée dans sa phase cruciale, les cris de détresse se multiplient, les menaces fusent de toutes parts, la gouvernance devient de plus en plus scabreuse, sur fond de mépris de ce que peuvent penser les Nigériens, etc. Un contexte des plus critiques dans lequel les citoyens nigériens attendent de savoir, anxieux, si Nouhou Arzika, Ali Idrissa et Moussa Tchangari vont choisir de faire comme Seïni Oumarou et le Mnsd, ou poursuivre la lutte de plus belle. Un autre verdict attendu avec encore plus d’anxiété que la libération des leaders de la société civile.

Amadou Madougou

29 juillet 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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