Sanef 2018

Visite du premier ministreà Tillabéri : Le malaise social explose à la figure du Brigi Rafini

Brigi TillaberiCela fait longtemps que la presse qu’on a voulue présenter comme une presse ennemie, avait alerté sur les graves douleurs qui étreignent le peuple, sur les malaises profonds qui déchirent le peuple. Mais les princes, obnubilés dans les privilèges fastueux de leur tour d’ivoire, n’en faisaient qu’à leur tête, refusant d’écouter des cris plaintifs qui émanent d’un peuple qui vit mal. A chaque fois qu’on en parle, insistant sur l’impopularité du régime relativement à sa manière de gouverner et sur son incapacité à comprendre l’essence de la démocratie, le régime instrumentalise et manipule un peuple vénal trouvé sur les marges de la société qu’il met dans la rue à coup de millions et de chantage, célébrant les prouesses invisibles d’un système qui a pourtant montré ses limites depuis des années. Mais étranglé par ses peurs, le régime n’a plus que la violence et le nondroit contre le peuple contestataire, incapable de privilégier le dialogue et toutes les voies pacifiques pouvant permettre de souder un peuple sur les objectifs qu’il poursuit. La Renaissance a gouverné dans la fracture, dans la division, dans des blessures profondes et ce n’est pas l’annonce d’un Tillabéri Tchandalo qui apaisera les malaises. Pourquoi d’ailleurs se précipiter à faire cette annonce lorsque Zinder Saboua n’est pas encore gagné et réalisé ? A-ton, pour une raison quelconque besoin de soigner une image là ? Mais alors faut-il croire qu’il suffisait de construire quelques murs et mettre en place quelques bétons pour enrichir quelques privilégiés du système pour orner une ville, laissant l’humain – l’homme – végéter dans la misère et le mépris pour faire croire qu’on aura ainsi réussi à soigner des blessures dans un peuple ? Non. Les. Nigériens, ont plus besoin de ce qui peut réparer leur dignité, leur reconnaissance dans la nation, pour y vivre pleinement comme un autre et non de ces édifices de prestige qui ne leur profitent pas, mais construits aux frais du contribuable. C’est sans doute pour les mêmes raisons, rusant avec un peuple, qu’on est allé en offensive de charme à Zinder avec « Zinder Saboua », mais pas plus qu’ailleurs, la malice ne fonctionnera pas car, peuventils s’en souvenir, même la construction du marché Dolé inauguré en grande pompe, n’aura pas permis de changer grandchose à l’image d’un système et de ses hommes. A Agadez, cela est encore vrai quand on sait que les populations de cette régions, se demandent toujours, pourquoi en sept (7) années de gestion et de milliers de milliards dépensés, si tant que la volonté politique est réelle, il n’a pas été possible de réhabiliter la route d’uranium et de l’unité ? Pourquoi cette région, à l’instar de beaucoup d’autres, n’a pas bénéficié d’investissements remarquables, si ce n’est ce très politique « Agadez Sokni » dont une réalisation, par un coup de val, a été détruite il y a quelques semaines ? Il faut réhabiliter l’homme nigérien dans sa dignité, le reconnaître, redistribuer dans l’équité l’investissement national, laisser à chacune et à chacun sa place dans la nation et dans la démocratie.

C’est lors de sa visite, le samedi 28 juillet à Tillabéri que le Premier Ministre pour lequel, il y a quelques années encore, les Nigériens avaient beaucoup d’estime pour son tempérament d’homme visiblement mesuré et sage, avant de comprendre qu’il est un complice assumé du mal du socialisme pour être resté longtemps à ce poste pour soutenir tant d’injustices et de crimes économiques. C’est donc cette visite qui devrait lui permettre de se rendre compte que dans le pays, ça ne va pas. Connus pour leur hospitalité légendaire, les Nigériens ne pouvaient pas ne pas avoir de l’hospitalité pour le frère, du pays ou d’ailleurs, qui vient chez eux et le Premier Ministre, Brigi Rafini, ne pouvait pas cacher sa déception pour l’accueil morne qui lui avait été réservé. Qu’est-ce qui peut bien justifier cette attitude de la part de populations qui savent apprécier à juste titre, la valeur d’une autorité ? Faut-il en vouloir au maire Kaboyé et ne pas lui donner la parole, lui qui, de toute façon, n’a jamais été en phase avec la population ? Le pauvre, devait-il servir de bouc émissaire, pour un malaise qui ne se gère pas à son niveau, s’il ne l’encourage pas d’ailleurs ? La vérité est que l’hôte des populations de la capitale du fleuve, alors qu’il s’attendait légitimement à un bain de foule à tous égards légitime au milieu de ses cousins, ne devait se contenter que d’un «désert humain», les Tillabériens ayant fait le choix de s’inscrire aux abonnés absents.

Interrogations

Le premier ministre qui,en plus d’avoir son parti politique, le PNDS qui est implanté à Tillabéri, pouvait également compter sur celui d’Albadé conquis depuis plusieurs années et dont le maire est aujourd’hui encore, le responsable par défaut de la commune, sur celui de Seini Oumarou, le Haut Représentant qui, s’il lui reste un petit coin du pays sur lequel il peut encore jurer, ne peut l’oser qu’avec Tillabéri et là même, pas sans être démenti dans le contexte actuel. Du reste, les journées JAC, ayant connu un succès sans précédent à Tillabéri ont montré la réalité des malaises mais surtout que des hommes politiques – dans toutes les régions où ces JAC avaient été organisées – sont complètement en rupture avec leurs bases qui ne sauraient cautionner le choix de la vilenie. C’est peut-être parce que le régime en est conscient qu’il rechigne à organiser des élections locales et régionales, retardant les échéances pour des dates indéfinissables. Mais on l’a surtout compris, lorsque se servant de prétendues mauvaises gestions, on débarque des responsables de conseils communaux, pour désigner à leurs places des administrateurs délégués issus des rangs du PNDS ; ce qui, ni moins ni plus n’est qu’un coup de force pour lequel l’opposition est restée trop attentiste, très gentille, peut-être aussi trop laxiste et fataliste. On comprend dès lors que les princes savent leur impopularité pour n’avoir que cette attitude belliciste alors même qu’ils prétendent être soutenus par quelques 72 partis politiques pour la plupart sans envergure sur l’échiquier national. Le Premier Ministre doit ainsi savoir que partout où il ira dans le pays, par cette façon de gouverner, il ne trouvera pas du monde à sa rencontre. Le Président, le sait lui-même car pendant sa dernière campagne, il a fallu souvent libérer des classes, pour servir aux caméras des télévisions de foules qui soutiendraient le candidat, et plus tard, pour justifier, le score à la soviétique qui aurait permis à Issoufou de remplier.

C’est cela la réalité du pays et il serait dangereux de continuer de faire semblant de ne rien voir. On ne peut pas gouverner en ayant du mépris pour les malaises, pour les colères qui couvent dans un peuple. Quand on sait que tout régime est vulnérable par ses tares, il va falloir faire attention aux silences graves des hommes qui se taisent. Certains de ceux qui soutiennent le système, savent qu’ils ne peuvent pas aller devant leurs électeurs leur parler de Renaissance : souvent c’est eux-mêmes qui avaient vilipendé ce régime, pour dire qu’il ne vaut rien, pour dire qu’il est habité par Satan et se taire depuis qu’ils ont commencé à manger avec lui, avec « Satan ». Où est notre dignité d’homme nigérien, d’homme tout court ? Alors, le Premier Ministre, en arrivant à Tillabéri, a vu de quoi s’interroger et s’inquiéter pour trouver rapidement la solution de l’apaisement d’un climat social et politique qui se détériore chaque jour davantage. Pourquoi ne pas avoir le courage de reculer quand on se rend compte de son erreur, quand on se rend compte qu’on va droit dans le mur ?

La dernière note de l’ambassade du Niger sur le séjour de Hama Amadou à Cotonou en dit long, même en restant muette à propos des commentaires sur lesquels invitent opportunément les faits rapportés, notamment sur les fragilités d’un pays qui n’a jamais été aussi mal gouverné. En effet, selon des journaux en possession dudit document, des militants, et non des moindres, du MNSD, du Benin étaient à la rencontre du Patron du Moden Fa Lumana qui avait géré dans la discrétion, ses contacts, avec ses hommes de confiance, sans doute pour renforcer la cohésion du parti et affiner les stratégies de lutte de son parti.

Arrêter de rêver Les Niger n’est pas différent des autres pays du monde. Les mêmes insouciances, les mêmes suffisances, les mêmes vanités qui ont plongé d’autres pays dans le chaos, peuvent également le faire pour le Niger, et le précipiter dans l’abîme, et personne, si ce n’est ceux qui gouvernent, ne peut aider à créer les conditions, d’un apaisement nécessaire qui passe forcément, par un dialogue fécond, chacun devant surpasser ses égos pour ne considérer que le Niger qui tangue aujourd’hui. C’est pourquoi, si le premier ministre a pu constater à Tillabéri que ça ne pas, sans doute doit-il se dire qu’il en est ainsi dans tout le pays, pour comprendre que leur régime a intérêt à mettre le clignotant, pour arrimer le navire rose sur le « Cap de bonne espérance ». C’est vital pour le système. Il doit d’autant plus s’en convaincre que le jugement des acteurs de la société civile, assorti de leur libération, leur met le pied à l’étrier en renforçant leurs convictions qu’ils étaient dans leur bon droit, sur de bons chemins, pour savoir, ainsi qu’ils le promettaient, intensifier la lutte car un peuple qui ne sait pas se battre, ne peut avoir droit qu’aux fers. Et les conditions sont favorables aujourd’hui avec l’affaiblissement d’un gouvernement manquant cruellement d’argent qui perd peu à peu de ses soutiens, renforçant en face de lui les fronts qui se multiplient.

A.I 

 08 août 2018
Source : La Canard en Furie

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