3e anniversaire d’amen-AMIN : Vers une alliance pour sauver le Niger de la gouvernance chaotique de la renaissance ?

Hama Amadou Ibrahim Yacouba Omar Hamidou TchianaLe parti d’Omar Hamidou Tchana a fêté ses trois bougies. Comme avec le parti de Hama Amadou qui célébrait aussi, il y a quelques semaines son anniversaire, toute la classe politique était là. Seul le PNDS était absent et cela se comprend. La forte inimitié entretenue par les socialistes et qui divise les deux formations politiques est trop immense, pour espérer le voir à la messe du Moden Fa Lumana qui, aguerri par cette adversité, ne pouvait s’attendre à mieux. Après avoir œuvré à isoler le parti de Hama Amadou qu’on a voulu présenter aux Nigériens comme une secte, aujourd’hui, pour un Niger gravement malade, tous les acteurs peuvent reconnaître que pour rebâtir ce pays fauché, on ne peut pas ne pas compter avec le Moden Fa Lumana et surtout avec Hama Amadou dont l’expérience avérée dans la gouvernance étatique est unanimement saluée. Et par la décomposition de la MRN, la classe politique va se recomposer pour répondre à l’appel de la Patrie. Dès lors, c’est le PNDS et son pouvoir qui s’isolent, et l’on peut voir des regroupements s’opérer discrètement annonçant les prochains chambardements qui donneront plus de lisibilité sur la champ politique national. Déjà on peut constater certains grandes gueules sont devenues, comme carpe, gravement muettes, habitées par le doute. Il va falloir que d’ici peu, chacun prenne ses responsabilité : le PNDS ne peut plus convaincre. Il est incapable et pour sauver le Niger, la classe politique a intérêt à se restructurer pour de nouvelles batailles que lui imposent le contexte et les nouveaux défis. Beaucoup d’autres, qui marchent aux pas lent avec la Renaissance dont ils sont les otages, commencent à le comprendre et s’éveiller. A se réveiller aussi. Tant pis pour les dormeurs.

A la fête d’Amen-Amin, le PNDS était moins visible. Visiblement, là aussi, le courant ne passe pas. Les socialistes aux petits cœurs, savent «faire le cœur», pour des raisons qui leur sont propres, contre tous ceux qu’ils n’aiment pas.

Omar HamidouTchana a offert à la classe politique, la tribune pour se faire entendre, appréciant, chacun à sa manière, les différents courants qui la traversent. On a écouté le «représentant» du Haut Représentant le sieur Ousseini Salatou devenu terne ces derniers temps sur les chemins de la servitude qu’ils ont empruntés, Sanoussi Tambari Jackou, Albadé Abouba, Soumana Sanda et Ibrahim Yacoubou. Tous ont passé à la tribune pour dire tout le bien qu’ils pensent de l’homme qui est à l’honneur et de son parti. Si certains discours, proférés dans l’emphase habituelle de leurs auteurs – des séniors – n’ont pas manqué d’infantiliser des hommes politiques – des juniors – auxquels ils s’adressent, ceux-ci, sans céder à l’offensive de charme qui veut les prendre par leur couardise supposée, ont plutôt fait montre de maturité politique pour dire sans ambages, leur position dans le schéma politique actuelle qui ne commande aucun renoncement, assumant avec courage et sans regret, les positions qui sont les leurs aujourd’hui. Sanoussi Tambari Jackou, comme s’il parle d’un paradis perdu, appelle Ibrahim Yacoubou, comme pour lui faire comprendre son erreur – un péché originel – à revenir au sein de la MRN, se plaignant qu’il n’aurait pas dû partir, mais sans qu’il ne dise sincèrement le motif qui aurait pu le retenir dans une alliance où on ne peut écouter le partenaire politique qui peut, de manière responsable poser des problèmes et appeler, à les résoudre sans passion, dans l’intérêt de tous. Le discours dithyrambique du « Vieux » a passé à côté de la plaque : il est hors de son temps. C’est d’ailleurs exactement la même chose que les socialistes n’ont pas été capables d’apprécier chez Hama Amadou, sa liberté de ton, pour dire à un allié, les risques vers lesquels, une gestion pourrait les conduire inexorablement, appelant pour ce à un ressaisissement. Où est le mal quand on prévient un « ami » à être prudent, pour ne pas tomber dans le trou ? Non content du courage politique de l’allié à prévenir sur les conséquences auxquels un système s’expose, au lieu d’analyser profondément et objectivement les critiques sincères faites à leur avantage, ils trouvèrent la solution facile qui consiste à en vouloir à Hama et de vouloir le combattre. Aujourd’hui, le pays est à terre malgré le semblant de certitude que des acteurs affichent, donnant raison à l’Enfant terrible de Youri. Si les Renaissant souffrent à colmater les brèches, parcourant le monde à la recherche de l’argent qui sauve, ils doivent profondément regretter de n’avoir pas écouté l’Ami qui a aidé à donner le pouvoir en 2011. C’est tant pis.

STJ, appelait alors le Patron du MPN au « Comme back to the native land ». Mais, il oubliait qu’Ibrahim Yacoubou n’a pas choisi de partir pour le regretter et que sa seule région reste le Niger. Peut-on se souvenir de cette vieille parole de l’homme depuis qu’il était avec le pouvoir ? Il assume. Il s’assume. Dans la grandeur et la dignité, proscrivant la turpitude, sachant toute la traque dont il peut faire l’objet, il est parti sans se retourner pour regarder derrière lui. […], la caravane passe, disait un autre. Et il poursuit sa route. Rien ne peut le tenter au sein de la coalition au pouvoir car ce qu’il veut, faut-il l’entendre, ce n’est pas pour lui, mais pour le Niger et pour la qualité de sa démocratie. Et répondant du tic au tac, pour ne pas laisser le doute gagner les esprits, en fin politicien, il fait comprendre à celui qui pense qu’il peut, usant d’une rhétorique désuète, le faire revenir à la vieille case abandonnée, que sa décision est irrévocable, faite en toute responsabilité. Un homme, et un vrai, n’hésite pas. Il faut qu’on ait dans ce pays, dans cette démocratie orientée par les ventres non par les têtes, cette race d’hommes de cette trempe, en voie de disparition, capable de faire des choix et de les assumer, non à être ces fragiles girouettes qui tournent au gré des vents. Les misères de notre démocratie sont dues à l’instabilité des hommes qui l’animent, à leurs fourberies, à leurs hypocrisies. Et STJ a eu pour son compte : il a compris qu’il ne peut plus espérer avoir à composer avec cet homme qui a désormais choisi d’aller droit devant lui, refusant d’hésiter, de regretter. Le champ politique nigérien manque de tels hommes et jusqu’ici, bon nombre de nos hommes politiques, n’écoutant que les clameurs de leur ventre, n’agissant que dans la lâcheté, dans ce qui ne peut les honorer. Où sont Hamidou Garba, Wassalké Boukari, Abdou Labo, Amadou Salifou ? Pour avoir choisi de faire la politique dans la turpitude, ils sont aujourd’hui perdus, rangés dans les placards de l’histoire qui dira aux enfants du peuple qui viendront, à la postérité donc, leur veulerie, leur cruelle lâcheté qui les a perdus à jamais. C’est dans un discours éloquent qu’il a répondu à STJ, car plus que jamais, le président de Kiishin Kasa sait qu’il joue sa réputation et sa carrière politique, refusant qu’un autre fasse qu’on doute de lui, lui qui sait à juste titre que certains, jusqu’ici, pouvaient ne pas trop croire à sa volonté de rupture avec des hommes avec qui, après une humiliation il a quand même accepté de recomposer, mais aussi des hommes qui, hélas, n’ont pas su le prendre au sérieux. La maison MRN, à vrai dire, commence à s’effondrer et même si les camarades du PNDS, ne peuvent sortir pour l’avouer, l’on sait qu’ils ne se remettent toujours pas, de ce départ fracassant, peut-être même inattendu pour lui avoir fait le privilège d’un poste prestigieux au sein de l’équipe gouvernementale, ne pouvant comprendre qu’un homme ne puisse pas se contenter seulement de manger avec eux pour oser des aventures. Ils étaient d’autant plus attristés par le départ qu’ils ne pouvaient oser commenter sa décision à laquelle ils ne s’attendaient pas de la part d’un homme qu’ils croient avoir sous leur joug. Or, cet homme n’a pas choisi de faire de la politique pour s’asservir, mais pour s’émanciper. Il s’est donc définitivement affranchi de l’ornière de la Renaissance. Et la Renaissance peut aller chercher sur des terre désertes, désertées par des hommes qui ne peuvent plus la croire.

L’autre discours du jour qui a attiré l’attention, reste celui d’Omar Hamidou Tchana, le président d’Amen-Amin, plus connu sous le nom de Ladan Tchana. Même si certains, à juste titre, pourraient lui reprocher de n’être pas très précis par rapport à sa position dans les clivages politiques, il reste que dans ce qui peut aujourd’hui le définir politiquement, par le discours qu’on a entendu de lui, des lignes ont remarquablement bougé. Dans une vie, l’erreur n’est pas de commettre des erreurs, mais de ne jamais pouvoir reconnaître ses erreurs. Or, on aura compris que Ladan Tchana a compris que, comme un autre, il reste un mortel qui ne saurait être parfait et pour ce, il a eu ce grand recul, pour regarder en arrière et mieux comprendre. Et ceux qui pensent qu’il ne s’est pas déterminé, dans le jeu politique actuel, se trompent quelque peu car pour avoir fait les récriminations que l’on sait, pour avoir mis au pilori une certaine gestion d’un système dont il est un acteur récent, il va sans dire qu’il a conscience que son discours ne peut que déplaire et il peut certainement assumer ses audaces, car comme dit l’adage, « au temps des baptêmes, point besoin d’enterrer le placenta ». N’est-ce pas qu’il est plus judicieux de laisser le parti décider souverainement que de lui imposer une ligne de conduite qui peut avoir des difficultés dans le suivi ? Il faut surtout comprendre qu’il évite de mettre la charrue avant les bœufs, ne pouvant seul décider pour le parti, surtout lorsqu’il va en congrès. Et les observateurs, ont été attentifs à ces mots courtois et amicaux, que Soumana Sanda a eus, pour celui, avec lequel, dans l’adversité, il y a quelques années, ils avaient ensemble lutté, pour faire au Moden Fa Lumana, la place que l’on sait au sein de l’échiquier politique national. Ce « cher ami » qui revient invariablement en dit long sans doute sur de vieilles complicités et aujourd’hui, sans doute s’est-on rendu compte que ce qui unit, ces liens tissé dans l’endurance de l’épreuve, est beaucoup plus fort que ce qui divise. Peut-être même que de ce qui divise, il n’en y a plus car entre temps, beaucoup d’eau a passé sous les ponts. Le temps, du reste, le dira…

C’est par sa manière de gouverner, ses ostracismes osés, que le PNDS a fini par réconcilier des Nigériens qui prennent enfin conscience de leur instrumentalisation. Il y a des gestes magnanimes que ne peuvent que les hommes de grand cœur, ceux qui, mus par la noblesse de leur rang, peuvent savoir pardonner, et surtout demander pardon. Ce petit mot prononcé au détour d’un discours, à lui tout seul, dans un peuple culturellement tolérant, fait passer l’éponge, sur les aspérités d’une histoire pour laquelle, les plus méchants, ont cru que des hommes pouvaient être irréconciliables, ainsi qu’ils y ont travaillé, oubliant que l’homme, tant qu’il le voudra, pourra rendre possible que deux montagnes se rencontrent. Comment donc ne pas rendre hommage à ce homme politique, qui a su, sans que d’autres, pétris par la haine, ne soient capables d’une telle élévation. Il n’est pas permis à tous les hommes d’avoir la force intérieure d’un tel geste magnanime. Combien sont-ils d’ailleurs, ceux qui aujourd’hui, envahis par mille remords, en silence, ruminent leurs douleurs, sans être capables par vanité, de les expier alors même qu’ils sont conscients de leur égarement, qu’ils ont fini par comprendre qu’ils se sont trompés de route ? Nous avons choisi de vous l’économie des lieux communs exprimés dans son discours, pour ne retenir que ce, pour nous, dans l’histoire politique du pays, fait date car Hama Amadou lui-même, aucun autre homme politique – et ce qui ont fait trop de mal sont nombreux – n’a eu le courage politique de demander pardon.

Quel intérêt les Nigériens ont-ils à vivre dans leurs démocraties non en adversaires polis et responsables l’un de l’autre mais en pires ennemis ?

Pour cette voie royale et noble que trace Ladan Tchana, sans doute qu’il mérite d’être salué.

Et les frontières bougent…

06 août 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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