Gouvernance : Ministre Porte-parole, l’heureux promu ajoute à la confusion

Gouvernance : Ministre Porte-parole, l’heureux promu ajoute à la confusion Gouvernance : Ministre Porte-parole, l’heureux promu ajoute à la confusion Il y a quelques jours, sortait de l’ombre le ministre porte-parole du gouvernement, Abourhamane Zakaria que les Nigériens n’avaient pas vu depuis son sacre qui a fait de lui le 43ème mangeur de la République au sein d’une équipe gouvernementale que les Nigériens décriaient tant pour son inefficacité que pour sa taille qui jure avec l’austérité que le régime veut imposer aux Nigériens. Comment dans un pays aussi malade, sans égard au peuple qui souffre et aux partenaires qui consentent de l’aide quand ils en ont eux-mêmes besoin, pendant qu’on dénonce le caractère pléthorique du gouvernement, on se fait la fantaisie d’en rajouter aux charges d’une économie exsangue avec un poste aussi superfétatoire ? Et les Nigériens, tout légitimement s’étaient demandé qu’y a-t-il d’aussi vaste dans leur pays, pour entretenir un 43ème ministre qui n’aura de tâche que d’être un porteparole dans un pays où il n’y a plus de parole, il n’y a plus de dialogue, il n’y a plus de concertation. Curieuse démocratie sahélienne !

On le sait déjà, cette nomination procède d’un mépris pour les Nigériens mais aussi pour la situation d’un pays qui va mal socialement, économiquement, politiquement et dont se fout des préoccupations, pour ne se borner qu’à nourrir le sérail inutile pour la démocratie et pour l’État qui gravite autour du pouvoir, sérail dont bien d’éléments servent peu ou pas l’État pour leur devoir tant et mériter autant de faveurs superflus dans une dèche que des salaires anticipées ne sauraient trompée. Le plus pauvre des pays du monde, a un ministre porte-parole ! Comment le monde qui nous regarde, peut-il nous prendre au sérieux ?

Le ministre porte-parole a enfin parlé. Les Nigériens ont écouté et ils sont déçu : ils ont compris qu’ils ont à engraisser un autre qui n’a rien à leur offrir. Par les explications alambiquées servies à la presse qu’il a invitée, l’on ne peut rien retenir d’important. Jouant sur les mots, on aura compris que lui-même ne sait pas exactement ce qu’il a à faire dans la cacophonie gouvernementale inaugurée par les socialistes. La seule chose que les journalistes ont comprise est que les portes de ses bureaux leur sont ouvertes. Qu’y-a-t-il dans ses bureaux sinon que le vide et le silence que sa parole ne peut dire ? A quoi bon ouvrir le vide ? Et la confusion est d’autant prégnante qu’on ne sait plus s’il joue sur un doublon qui fait que ses rôles se té- lescopent avec ceux de cellules de communication gouvernementales ou de ministre de la communication.

Doit-il avoir le devoir d’empiéter sur les prérogatives de ces autres ? Parfaite confusion ! Et comme pour montrer qu’il joue un rôle important, le ministre informateur informe les journalistes que le président devrait se déplacer pour aller en Allemagne pour rencontrer la Chancelière, et en Chine au Sommet Chine-Afrique. Mais on le savait déjà. La nouvelle, n’est pas nouvelle ! C’est peut-être ses pour ça, seulement qu’il est ministre. L’information n’est pourtant pas une exclusivité car, il y avait plusieurs jours déjà que Jeune Afrique avait donné la nouvelle. Mais, alors pourquoi n’avait-il pas appelé encore la presse pour lui donner les retombées de cet autre voyage du président alors qu’il en était revenu depuis des jours ? Surtout que les Nigériens ont eu l’impression qu’il est rentré presque sur la pointe des pieds de cette mission car mêmes les internautes du système qui font grand bruit sur la toile, n’ont eu rien à redire à propos pour entretenir le même flou dont ils ont le secret. Franchement, entre nous, cela valait-il la peine d’en faire un poste ministériel à pourvoir ? Il aurait mieux joué le rôle du ministre Kassoum devenu un activiste des réseaux sociaux pour flatter Issoufou et son système qui l’on sorti de prison sans que la justice ne tranche définitivement son cas et faire de lui un ministre de la République. Dame Bazèye, prévenait pourtant sur le rôle trouble et destructeur que de tels flatteurs peuvent avoir à jouer sur les destinées politiques.

Faut-il alors comprendre que par ce seul exercice face à la presse, le sieur Zakaraia aura mérité le salaire qu’il prend depuis des mois, alors que l’on presse les Nigériens à donner à l’État ce qu’ils n’ont pas par une loi de finances qui les dépouille jusqu’à la nudité ? Est-ce cela aimer son pays au pays des socialistes ? Dès lors, le nouveau ministre n’a que deux choix : ou se taire parce qu’il n’aura rien de nouveau à dire s’il ne peut prendre en charge, la profonde crise qui mine silencieusement le pays, ou porter une parole qui ne peut être que de l’éloge pour se réduire en griot du système. A-t-il d’ailleurs les talents de ce métier humiliant ? Sa dernière sortie ne convainc pas et l’orateur de la conférence nationale, n’était plus là, tant il était mé- connaissable et c’est peut-être pour cela pourtant qu’il a été coopté. Les gestes des mains, le regard fuyant, scrutant furtivement le haut vide, en disent long sur le désarroi d’un homme qui se perd, pousser à cultiver le vide. C’est dommage que tous les intellectuels nigériens s’aliènent, aliènent leur conscience parce qu’ils ne devraient plus avoir de convictions à défendre sur l’échiquier que de se battre pour le ventre insatiable.

Il n’y a rien à dire et cela les Nigé- riens l’ont bien compris, Zakaria étant un des acteurs les plus bouillants de la conférence nationale, et on peut croire que déjà il était au service du PNDS, peut-être ne s’est-il pas satisfait d’être resté à l’ombre à la présidence depuis 2011 attendant dans le désespoir le retour de l’ascenseur, et que grinçant des dents, enfin, on a dû se serrer sur le banc de la mangeoire, pour lui faire cette place. Sinon, ce poste, dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, n’est pas défendable. Encore que même les pays que nous copions, ne se sont jamais permis ce luxe, pour faire de quelqu’un un ministre qui n’a de rôle que d’être un porteparole qui ne porte des paroles que très occasionnellement, et là même surtout lorsqu’il y a des crises ou des choses très importantes qui déterminent la vie de la nation. Non, dans ce Niger gravement divisé, il n’y a rien à dire si ce n’est ces chantiers de prestiges voulus pour enrichir les riches et le capital international. Dans ce pays qui va mal tout ce qui ne soigne pas nos fractures béantes, n’est plus à dire. Or, Zakaria a beau avoir la volonté, il ne peut se hasarder sur ce terrain, ceux qui l’emploient, n’étant capables d’aucune sagesse, cultivant sans répit la conflictualité.

Dans un pays qui se déchire silencieusement, la parole de la sagesse est la seule défendable. La Renaissance en est incapable. Zakaria, dans sa nouvelle robe, aussi.

AI

25 août 2018
Source : Le Canard en Furie

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