La société civile opposée à la loi de finances décide de poursuivre la lutte

cLes jours et semaines d’après la fête de l’Aïd El Kébir risquent fort d’être cauchemardesques pour les tenants du pouvoir. Et pour cause ! La société civile opposée à la loi de finances 2018 a décidé de poursuivre sa lutte que le pouvoir pensait pourtant avoir cassée avec l’arrestation des leaders du mouvement. Dans une déclaration publiée le 16 août dernier à son quartier général sis au siège de l’association Alternative Espaces Citoyens, le Cadre de concertation et d’actions de la société civile nigérienne a réaffirmé la détermination de toutes ses organisations membres «à jouer leur rôle de défense des droits humains et des valeurs de la démocratie». Alors que le pouvoir pensait sans doute les avoir définitivement apeurés, après les avoir maintenus pendant plus de trois mois dans des prisons éloignées de Niamey, les trois principaux leaders de la société civile opposée à la loi de finances étaient tous pré- sents à la déclaration. Sans aucun signe de découragement sur les visages, Nouhou Arzika du Mouvement patriotique pour une citoyenneté responsable (MPCR), Ali Idrissa du Comité de réflexion indépendant pour la sauvegarde des acquis démocratiques (Croisade) et Moussa Tchangari de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC) et leurs camarades ont réitéré leur engagement à poursuivre la lutte. «Réaffirmons notre ferme détermination à poursuivre les journées d’action citoyenne contre les mesures antisociales contenues dans la loi de finances 2018, la dérive autoritaire marquée par des violations répétées des de la Constitution et droits et libertés, la mauvaise gouvernance caractérisée par la corruption et la caporalisation de toutes les institutions indépendantes y compris la justice, et l’aliénation de la souveraineté de notre pays symbolisée par la présence massive des forces militaires extérieures d’occupation et les contrats léonins signés avec les compagnies minières et pétroliè- res», ont-ils martelé. Et comme pour montrer qu’ils sont incomparables à l’opposition politique prompte à faire des déclarations tapageuses, mais incapable d’entreprendre la moindre manifestation, les acteurs de la société civile ont appelé à de nouvelles manifestations : «Invitons tous les citoyens à se mobiliser partout dans le pays à l’occasion de la journée d’action citoyenne du dimanche 9 septembre 2018, en ayant à l’esprit le caractère non partisan et exclusivement citoyen de la lutte que nous menons pour obtenir du régime en place l’abrogation des mesures antisociales contenues dans la loi de finances 2018, l’annulation des cadeaux fiscaux faits aux compagnies minières, aux compagnies de téléphonie et aux marketteurs des hydrocarbures, la réduction du train de vie de l’État, l’annulation des dépenses de prestige inscrites au budget et l’allocation de ressources financières conséquentes aux secteurs sociaux de base (éducation, santé, agriculture, élevage), tel que préconisé par la Constitution de notre pays».

On est donc visiblement réparti pour des nouvelles manifestations contre la loi de finances. Et cette fois-ci, la société civile semble opter pour de nouvelles méthodes de mobilisation. Ainsi, ses trois principaux leaders entreprennent d’aller dans les autres régions du Niger pour rencontrer les structures régionales et informer davantage les populations sur les mesures antisociales contenues dans la loi de finances. Et avec les souffrances que vivent déjà les foyers des villes comme des campagnes depuis l’entrée en vigueur de cette loi de finances, les Nigériens ne se feront pas prier pour prendre part aux prochaines manifestations. Reste à savoir si le pouvoir du Président Issoufou Mahamadou aura l’élégance de laisser les Nigériens qui le désirent manifester leur mécontentement contre sa loi de finances. Quoi qu’il en soit, avec la forte mobilisation des organisations internationales de dé- fense des droits de l’homme, suite aux arrestations massives des acteurs de la société civile le 25 mars et le 15 avril derniers, le monde entier a une idée du caractère répressif de ce pouvoir qui ne peut plus se cacher sur des arguments fantaisistes de «risque de troubles à l’ordre public» ou «de raisons de sécurité» pour interdire les manifestations contre la loi de finances.  

25 août 2018
Source : Le Canard en Furie

 

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