Allocution de SEM Issoufou Mahamadou, à l’occasion de la Conférence régionale sur l’impunité, l’accès à la justice et les droits humains dans le contexte de nouvelles menaces a la paix et à la sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel

Issoufou Conference Regionale SurL impunite L acces A La Justice Et Les Droits HumainsMonsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Vice-Président de l’Assemblée Nationale,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions des pays représentés à la présente rencontre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Députés Nationaux,

Monsieur le Représentant Spécial du secrétaire Général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Chef de UNOWAS,

Madame la Représentante du Président de la Commission de l’Union Africaine,

Monsieur le Représentant du Président de la Commission de la CEDEAO,

Monsieur le Secrétaire Permanent du G5-Sahel,

Mesdames et Messieurs les Représentants du Corps diplomatique et Organisations Internationales,

Honorables Chefs Traditionnels et Leaders Religieux,

Mesdames, Messieurs,

La rencontre d’aujourd’hui intervient au lendemain du décès du Premier Président de la Cour des Comptes du Niger, Monsieur Saidou

Sidibé. C’est une dure épreuve pour l’ensemble des institutions de l’Etat qu’il a servies avec dévouement et en particulier pour le corps judiciaire nigérien, au service duquel Monsieur Sidibé aura travaillé jusqu’à son dernier souffle. Je demande à toutes et à tous d’observer une minute de silence pour le repos de son âme. (Minute de silence)

Je vous remercie

Chers Participants,

C’est pour moi un réel plaisir de procéder ce matin à l’ouverture des travaux de la Conférence Régionale sur « l’impunité, l’accès à la Justice et les droits humains dans le contexte des nouvelles menaces à la paix et à la sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel ».

Cette conférence se tient dans un contexte caractérisé par les menaces que constituent, pour notre région, le terrorisme et le crime organisé, ces ennemis sans foi ni loi, ces ennemis qui tuent, pillent et violent, ces ennemis qui sapent la paix et la sécurité dont nos Etats et nos peuples ont tant besoin pour se concentrer sur les questions prioritaires et urgentes du développement économique et social. Les préjudices causés par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, par les autres organisations terroristes dans le Sahel et par les organisations criminelles, notamment du trafic de drogues, d’armes et de migrants sont énormes. Leurs actions sanglantes et brutales ont créé des traumatismes, dans certains cas, irréparables.

Mesdames et Messieurs,

Face à ces nouvelles menaces, nos Etats n’ont eu d’autres choix que de renforcer les capacités opérationnelles et de renseignement de leurs forces de défense et de sécurité. Face à ces menaces sans frontières, nos Etats ont par ailleurs eu l’heureuse initiative de mutualiser leurs moyens, dans le bassin du lac Tchad avec la mise en place de la Force Mixte Multinationale et dans le Sahel avec la mise en place de la force conjointe du G5-Sahel. Néanmoins, face à ces menaces, nos Etats ne se limitent pas à un combat sécuritaire purement militaire : soucieux de consolider la trinité Peuples – Gouvernants – Armées, ils ont intégré, dans leur stratégie, l’Etat de droit, la justice et la lutte contre l’impunité. Ainsi, les Forces de défense et de sécurité du Niger mènent le combat contre le terrorisme et le crime organisé dans le respect du droit international humanitaire. Les actions civilo-militaires qu’elles entreprennent vont dans ce sens. L’existence d’une composante police au sein des forces opérationnelles reflète également ce souci.

Intégrer le respect des droits humains, la justice et la lutte contre l’impunité dans notre lutte contre le terrorisme et le crime organisé, c’est la stratégie gagnante. Le respect des droits humains est la ligne de démarcation fondamentale entre nous et les terroristes.

“Aucun criminel, aucun terroriste ne doit se sentir à l’abri dans notre espace, parce qu’en face, nous aurons été capables d’opposer la cohésion de nos nations (…), et surtout notre vision commune de la gestion des questions de sécurité et de justice”, declare SEM. Issoufou Mahamadou.

Dès lors, vous comprenez aisément pourquoi, ici au Niger, le programme de renaissance, que le Gouvernement met en œuvre depuis 2011, porte au premier plan les questions de justice et de sécurité. Pour nous, la construction d’un Etat de droit est fondamentale. C’est dans cette perspective que des lois ont été adoptées, ces dernières années, contre le terrorisme et le crime organisé, y compris contre la migration clandestine.

Mais cela ne suffit pas : une fois élaborées, les lois doivent être appliquées. Ici intervient la question fondamentale de l’offre de justice tant sur le plan de la couverture du pays en infrastructures que sur celui de la formation et du recrutement des magistrats. En effet, l’impunité peut provenir d’une insuffisance de l’institution judiciaire matériellement incapable d’identifier les coupables et d’appliquer les châtiments. Elle peut aussi avoir pour cause la corruption de la justice ou l’intimidation des juges. Le Gouvernement demeure attentif sur toutes ces questions susceptibles de favoriser l’impunité. Cela s’est traduit notamment par une

réforme ambitieuse dont l’objectif est d’assurer un maillage total du territoire national en infrastructures judiciaires.

Mesdames et Messieurs,

L’impunité c’est « l’absence en droit ou en fait de la mise en cause de la responsabilité pénale des auteurs des violations des droits humains, ainsi que de leurs responsabilités civiles, administratives ou disciplinaires, en ce qu’ils échappent à toute enquête tendant à permettre leur mise en accusation, leur arrestation, leur jugement, et, s’ils sont reconnus coupables, leur condamnation à des peines appropriées y compris à réparer le préjudice subi par leurs victimes ».

Un Gouvernement démocratique qui abdique face à l’impunité lègue à ses citoyens un avenir de corruption et de profonde immoralité, vidant de tout son sens les notions même de démocratie et de paix. Le droit à la justice, le droit à la vérité, le droit à la mémoire et le droit à une réparation sont autant de droits que viole l’impunité. Elle enhardit au crime en conférant aux coupables le sentiment d’être intouchables et n’encourage pas à l’honnêteté.

La lutte contre l’impunité est d’une importance primordiale dans les travaux de reconstruction des sociétés civiles à la suite des conflits importants. Nous le constatons dans la région de Diffa dans le cadre de notre combat contre Boko Haram. La lutte contre l’impunité contribue à rétablir les valeurs communes d’une société, à affirmer la supériorité du bien sur le mal, de l’ordre sur le chaos. L’impunité est inconciliable avec une paix durable. Les bourreaux, les coupables doivent répondre de leurs actes et être condamnés et les victimes doivent être indemnisées.

Mesdames, Messieurs,

Pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, objectifs conciliant l’impératif sécuritaire, le besoin de justice et la promotion d’une société respectueuse des droits et devoirs des citoyens, nous nous devons de continuer sans relâche les nombreuses réformes juridiques et institutionnelles qui ont été initiées ici et là et multiplier toutes les occasions de mutualiser nos efforts.

Pour le cas particulier du Niger, les réformes juridiques et institutionnelles, la prise de conscience collective et l’engagement des leaders ont permis à notre pays de faire un bond qualitatif dans l’offre de justice tant sur le plan de la couverture du pays en infrastructures que dans le traitement des affaires.

Je me dois à cet égard de relever, pour le magnifier, que la Justice nigérienne a réussi à relever le défi du jugement des délicates affaires de terrorisme tandis que la Police judiciaire a démantelé à plusieurs reprises et à plusieurs endroits du territoire national des réseaux de trafiquants de drogue et d’armes.

Du côté de la formation des magistrats, c’est le lieu de noter l’élaboration et la mise en œuvre du Manuel des droits de l’Homme à l’usage des magistrats du Niger dont l’avantage est de préparer les magistrats à la prise en charge des affaires, en ayant comme boussole les principes du procès équitable et de la bonne administration de la Justice.

Mesdames et Messieurs,

C’est dire qu’aujourd’hui plus qu’hier, nous demeurons vigilants par rapport aux défis posés par la criminalité transnationale et le terrorisme. Dans le contexte de notre sous-région, les menaces terroristes émanant d’Aqmi, de Boko Haram et d’autres groupes qui leur sont affiliés, et les crimes odieux qu’ils commettent, sur les territoires de nos Etats, nous interpellent ; ils nous appellent à plus de responsabilité, de solidarité, de coopération pour réduire les menaces et assurer notre survie en tant qu’Etat.

Aucun criminel, aucun terroriste ne doit se sentir à l’abri dans notre espace, parce qu’en face, nous aurons été capables d’opposer la cohésion de nos nations, notre engagement ferme et déterminé à défendre nos valeurs et nos aspirations, et surtout notre vision commune de la gestion des questions de sécurité et de justice qui doivent s’inscrire dans une perspective globale. Je lance donc un appel à tous les Etats épris de paix et de sécurité, à une plus grande et plus efficace coopération.

Beaucoup d’efforts ont été fournis par les pays de notre espace commun et les organisations internationales qui soutiennent nos actions. Celles-ci doivent s’intégrer dans la stratégie antiterroriste mondiale qui se veut globale, adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans sa résolution du 20 septembre 2006 et qui proclame : « une action efficace contre le terrorisme et la protection des droits de l’homme sont des objectifs non pas contradictoires mais complémentaires et synergiques».

Mesdames et Messieurs,

Cette conférence est donc, pour toutes les parties prenantes, Etats et partenaires, de la plus haute importance en ce qu’elle nous permettra d’apprécier l’état de mise en œuvre de la Déclaration de Bamako du 4 décembre 2011 dans le contexte de nouvelles menaces à la paix et à la sécurité, de mener une réflexion analytique sur l’impunité, ses défis et pour mieux préserver la paix, la stabilité et la sécurité dans les pays de notre espace, d’explorer des pistes et actions innovantes à même de contribuer à améliorer la gouvernance du secteur de la justice, son indépendance et son impartialité, et enfin, à identifier les mesures d’adaptation des systèmes judiciaires nationaux aux nouvelles exigences de prévention et de lutte contre les menaces à la paix et à la sécurité.

C’est pourquoi, je vous engage à des réflexions profondes à même d’aboutir à des recommandations pertinentes en phase avec les préoccupations du moment et sur lesquelles nos pays pourront utilement s’appuyer en vue de repenser, le cas échéant, leurs stratégies et leurs actions notamment en matière de lutte contre l’impunité, la protection des droits humains et l’accès de nos concitoyens à une justice juste et diligente.   

Tout en souhaitant pleins succès à vos travaux, Je déclare ouverte la Conférence Régionale sur « l’impunité, l’accès à la Justice et les droits humains dans le contexte de nouvelles menaces à la paix et à la sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel ».

Je vous remercie.».

Onep

12 septembre 2018
Source : http://lesahel.org/

Imprimer