Succession au Pnds : Pourquoi Mohamed Bazoum n’est pas présidentiable ?

Succession au Pnds : Pourquoi Mohamed Bazoum n’est pas présidentiable ? Si au Mnsd, pour des raisons non avouables, Tandja qui avait été méticuleusement travaillé à cette fin par des hommes politiques tenus par de vieux calculs, avait choisi de pactiser avec ses adversaires, ceux-là qui ne l’on jamais aimé de toute leur vie pour écarter son héritier politique naturel et légitime et qu’un parcours aurait pu défendre dans sa succession, il faut reconnaître que c’en est pas tellement le même cas au Pnds aujourd’hui, car pour parler en comparatiste, Bazoum et Hama, en politique, en gestion d’Etat, en administration, ne sont pas faits de la même pièce, tant les deux hommes sont diamétralement différents et opposés. Si le premier se plait dans les diatribes et les logorrhées oiseuses, le second s’illustre dans le discours politiquement opératoire, affiné, conçu dans la realpolitik, la vision éclairée, le sens de la mesure, le sens de l’intérêt général. Alors que Bazoum Mohamed savait humilier et souvent insulter, avec, dans la grandiloquence intellectualiste inutile et prétentieuse, un discours à ras de terre, Hama Amadou a un discours tranchant, fait de vérités dans ses analyses pointues et pertinentes sur des questions culturelles, économiques, politiques et sociales sur lesquelles une expérience de la gestion de l’Etat lui permettait d’avoir plus de lumière, plus de lucidité et de science. Il va sans dire, pour avoir prêté le flanc, dans ses silences qu’une sénilité complique aujourd’hui, celui qu’on appelait en d’autres temps, Baba Tandja, devrait vivre le remord de ses imprudences et de ses égoïsmes piètrement calculés, de ses incohérences et de ses ingratitudes. Sans doute que l’homme peut se rendre compte du mal qu’il a ainsi fait d’abord à un ami aussi fidèle et qui est resté fidèle jusqu’à ce qu’on le trahisse, à son parti, le Mnsd pour promouvoir dans le même calcul un médiocre politique, et surtout, il peut aujourd’hui comprendre que tout le mal-être politique et économique du Niger ne vient que cette volonté peu réfléchie finalement de contrarier le jeu normal à l’intérieur du parti. En ce moment, la trahison d’un homme n’était pas que de l’ordre des amitiés mais aussi de celle de tout un pays car, aujourd’hui c’est tout le pays qui vit sous les affres de ce complot inique avec une démocratie au rabais où le jeu est biaisé, suspendue aux ententes politiques entre putschistes et politiques.

Comme on le voit, passer la main en politique n’est pas toujours facile et évident surtout sous les tropiques où les relations personnelles peuvent déjouer tous les pronostics. Alors que Mohamed Bazoum, il y a quelques mois salivait pour le pouvoir si proche, il peut depuis quelques jours voir des indices troublants, des signes avantcoureurs de sa débâcle qui compromettent tous ses rêves.

Assurément, lorsque dans le puzzle, on voit un fils rentrer dans le jeu, jouant dans les proximités du père, il est évident qu’il est loisible de comprendre qu’il y a anguille sous roche et que la lutte des clans ne peut qu’être âpre, malheureusement en sa défaveur. Comment ne devait-il pas s’en inquiéter quand de plus en plus, l’héritier biologique occupe de l’espace dans le pouvoir, devenant, aux dires de certains, un interlocuteur imposé et incontournable pour rentrer dans les faveurs du régime ? Mais, alors pourquoi ne reste-t-il que très peu de chance pour Bazoum ?

Bazoum Mohamed doit se plaindre de lui-même…

Mieux qu’un autre, il doit reconnaître ses amis politiques qui ne reculent devant aucun projet même lorsqu’ils peuvent se rendre compte qu’ils ne sont pas sur une voie opérante. S’ils doivent l’écraser pour atteindre leur objectif, ils n’auront pas d’état d’âme à le faire. Celui qui serait pour la forme le président du Pnds, pourrait bien être immolé pour des causes, sans doute aussi inavouables, et les camarades sans cœur pourraient, sans remord, marcher sur son cadavre politique. Du reste, il le sait bien et pourrait en être conscient depuis des jours. Il patauge dans la grande mare aux caïmans qu’est le Guri-land. On pourrait reprocher au philosophe socialiste d’avoir manqué de tact dans sa conduite politique pour savoir soigner son image de présidentiable qui ne peut se préparer à un pas des prochaines élections. Le temps luimême est contre lui ! Pour être aimé du «Roi», il s’est beaucoup exposé, communiquant avec arrogance et sans mesure pour défendre le régime. Quelle sortie de l’homme n’avait pas été critiquée, car chaque fois qu’il le faisait, il y avait des ratées que la presse ne manquait jamais de relever ? L’homme qui avait cru qu’il avait ce devoir de boxer dans tous les sens sans aucun souci pour son image, se rend compte, après de «bons et loyaux services», qu’il ne se rendait pas service. Ses imprudences égratignaient et érodaient son image de présidentiable qu’on l’a laissé soigneusement détruire, croyant naïvement rentrer ainsi dans les grâces du «Boss».

Des discours qui discréditent et disqualifient l’homme…

Mohamed Bazoum a tenu souvent des discours qui sont d’une extrême gravité pour un acteur politique qui aspire à diriger un Etat, à gouverner une nation. Et lorsque c’est sur des médias, internationaux notamment, non en «rase campagne» où on peut notamment tenir certains propos comme cela a été rapporté également, qu’il ose pareille parole, c’est que l’homme ne peut qu’être d’une immaturité politique évidente. Car comment peut-on vouloir diriger un pays, et continuer à regarder une nation au travers de ses frontières sociologiques interdites et qui, même si elles sont réelles, ne peuvent qu’être regardées en forces pour une nation plurielle ? Qui, au Niger, ne peut se souvenir de cette expression – officiers ethnicistes – que Bazoum avait utilisée pour parler d’une frange de l’armée nationale ? Ne peut-on pas croire dès lors à une gestion sectaire de la Défense nationale ? Sur Rfi, il voulait être plus précis et sans doute plus audacieux, si ce n’est une prudence subite qui l’ait freiné sur la première syllabe d’une composante sociologique de la nation. On ne peut en ce 21ème siècle regarder le Niger d’une telle façon à tout le moins discriminatoire et prétendre le diriger.

Il y a aussi la profondeur de ses discours, sinon leur contenu que l’on peut également mal juger. Les analyses peu fouillées du président du Pnds Tarayya sur des questions actuelles, ne permettent pas de lui donner une bonne vision éclairée et clairvoyante sur des sujets de notre monde et de notre époque. On se rappelle de la manière dont il avait voulu bluffer les étudiants de Zinder, en osant leur parler d’économie, des questions qui ne sont pas du champ de ses compétences, pour finalement spéculer dans l’incohérence et paraître un peu ridicule pour ses interlocuteurs à qui il voulait faire croire que les matières premières ne feraient plus l’économie des pays et que ce serait désormais Google et consorts qui feraient la richesse d’un pays. Il n’y a pas longtemps, il expliquait également dans les mêmes prétentions l’échec de leur régime, en se disculpant pour rendre responsables les régimes précédents de la situation actuelle lamentable de notre système par leurs erreurs, ce à quoi lui répondait avec pertinence et précision Djibril Baré, choqué sans doute par un tel regard étriqué et très réducteur. L’homme se plante dans de telles spéculations oiseuses, loin des vrais débats qu’il ne peut ausculter avec distance et sérénité. Un peu retardé par sa vision élitiste du discours politique, il est resté dans le jeu de la phraséologie séductrice du bon langage dans les tournures peu opérantes d’une époque révolue, héritées d’un parcours syndical qui ne quitte pas l’homme politique qu’il voulait devenir. On est à une époque où la démagogie ne marche plus, les peuples sont de plus en plus mûrs pour écouter les grands parleurs. On aime aujourd’hui le juste et le vrai ; l’on n’a plus le temps d’écouter les grands discours sans profondeur.

Le problème de Mohamed Bazoum est au sein du Pnds Tarayya…

Mais après avoir laminé son image, Bazoum Mohamed, pour certains analystes, souffrirait de légitimité au sein de son parti. Sa position dans le parti dépend plus de son parcours, de ses rôles que de son assise politique dans un électorat sûr et imposant. Depuis des jours, des rumeurs ! – encore elles – et la presse rapportent qu’il serait en mauvaise posture, au cœur de complots qui devraient l’évincer parce qu’un accord secret coudrait que ce soit un autre qui succède à Issoufou Mahamadou et non lui qui s’y attendait légitimement. Une machine serait déjà mise en marche pour étouffer ses ambitions. En vérité, dans le parti, on pourrait lui reprocher les mêmes démesures dans ses discours mais surtout de n’avoir pas d’assiste électorale ainsi qu’on l’a si souvent entendu. Nous avons ainsi appris qu’il aurait déjà cinq régions qui ne seraient pas prêtes à cautionner sa candidature pour être investi au titre du parti Pnds qu’il dirigerait – la condition peut être une prudence même à ce niveau.

Quelle carte jouer : Le drame cornélien du Pnds

Au Pnds, il y a des gros calculs, comme en d’autres temps, on en avait eu au Mnsd, sous Tandja et son Tazartché. La carte Salou Djibo qui se murmure depuis peu est explosive pour le Pnds Tarayya et pour le régime. Mais, il y aurait une parole à tenir, peut-être aussi, dans les précautions du serment coranique dans un environnement politique où les hommes ne peuvent plus se faire confiance. Des lobbys sont sans doute autour du président Mahamadou Issoufou pour le conseiller par rapport à l’option à privilégier : oser l’option de l’entente secrète où, trahir une parole pour laisser un dauphin naturel qui ne garantit aucune stabilité et aucune solidité du pouvoir qu’on lui transmettra. Le choix est problématique, difficile à opérer. Ces lobbys pourraient avoir pour objectif inavoué d’apprivoiser le pouvoir pour le garder aussi longtemps que possible, afin d’assurer les arrières de gens qui ont conscience d’avoir mal gouverné et mal géré ainsi que le disait à travers un audio qui a circulé sur les réseaux sociaux un gouverneur proche du système. C’est en ce moment que les observateurs avisés trouvent tout le sens de l’entrée en jeu du fils, de plus en plus envahissant dans la sphère du pouvoir. Salou Djibo, devrait-il après, lui passer la main ? On ne peut pas employer un fils à de si hautes responsabilités dans des pays comme les nôtres dont on sait les considérations culturelles, si l’on n’a pas son petit plan derrière la tête, et ce dans le mépris de que les populations peuvent penser d’une telle audace assez trop osée.

La vérité est qu’aucune des cartes n’est rassurante. Elles sont toutes explosives et fatales pour un régime qui finira par ses gros calculs par se mettre tout le monde sur son dos. Une opposition doit se structurer à l’interne déjà pour rejoindre l’autre opposition et dynamiter le système Guri. Mohamed Bazoum n’a que peu d’atouts et donc d’une situation d’autant plus précaire pour lui reprendre une de ses expression, qu’il risque de ne voir que passer de la poussière sur sa tête, et Salou Djibo dans la logique du commerce politique qui le crédite, fera exploser le parti socialiste où depuis des années des voix grognent d’être oubliées et mises à la marge ce d’autant plus d’ailleurs que les visées féodales d’un clan sournois qui voudrait aristocratiser le parti et la démocratie nigérienne, constitueront le cocktail explosif qui entamera la cohésion de façade d’un parti où le clanisme est désormais béant. Bazoum, peut manquer de tout, de tout ce qu’on pourrait lui reprocher mais d’une capacité de nuisance !

Et la carte du «Petit» qui semble faire son stage ou si l’on veut son service civique à la présidence, se chargeant de gros dossiers, aujourd’hui comme demain, ne peut qu’amener les Nigériens, y compris ceux qui sont du parti présidentiel, à bouder le parti et l’aristocratie en gestation.

Plus on s’approche des échéances de 2021, l’on se rend compte que ce n’est pas des problèmes qui manquent à Issoufou Mahamadou et à Mohamed Bazoum au point d’oublier une opposition dont l’éparpillement lui donne l’illusion qu’elle se serait affaiblie. Pourtant, les prochains mois risquent d’être riches en événements plus déstabilisants pour le régime, plus occupé à se faire la guerre à l’interne. Oubliant l’essentiel : le Niger.Un compte à rebours… Quand les pauvres perdent.
A.I

26 octobre 2018
Source :  Le Canard en Furie

A.I 

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