Salou Djibo et Issoufou Mahamadou : Les secrets de la passerelle dévoilés

Dossier sur l’accord secret Salou Djibo-Mahamadou Issoufou : Cissé Ousmane a fait les mêmes confidences à Seïni Oumarou et à Mahamane Ousmane« L’élection du président Issoufou a été favorisée de toute évidence par la bienfaisance du régime de la transition militaire, le conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD)». Fort des sources crédibles, c’était l’information que nous rapportions dès le 05 mai 2011, soit un mois après la prestation de serment du nouveau président, dévoilant ainsi le coup de coude de la junte militaire dirigée par le soldat Salou au candidat Issoufou Mahamadou.

Al’épreuve des faits, l’histoire comme toujours finira par donner raison à votre serviteur. Devant plusieurs de ses militants à Londres, Hama Amadou vient de corroborer avec précisions, nos informations publiées 7 ans plus tard, en dévoilant le nom de l’ancien ministre de l’intérieur qui a aussitôt démenti, comme étant sa source. Il sera suivi dans cet élan d’accusation par un député de son parti, le Moden Fa Lumana. Cette révélation de Hama Amadou, même si elle ne dévoile pas les causes de son revirement en direction du candidat Issoufou au second tour, confortet- elle celles de deux anciens membres influents de la transition militaire qui nous confiait dès 2012 « qu’ils s’étaient trompé de choix » ? La question est là.

Des révélations… Contrairement à ses premières révélations sur l’existence d’un accord secret qui lie le soldat Salou à Issoufou Mahamadou pour la succession de ce dernier aux hautes fonctions du président de la République, le président du Moden Fa Lumana, Hama Amadou a, cette fois-ci, été affirmatif sur l’existence de cet accord secret. Dans ses propos qu’il aurait tenus à Londres, lors d’une rencontre avec la diaspora Lumana, des largement relayés à travers les réseaux sociaux, Hama Amadou a été plus direct dans ses allégations. Il déclarait fermement qu’« un accord secret entre le commandant Salou Djibo et Issoufou Mahamadou a été signé ». Et sur la base de l’accord secret, explique-t-il, « le gouvernement de transition allait aider Issoufou Mahamadou à accéder au pouvoir et la fin de ses deux mandats, il (Ndlr : Issoufou Mahamadou) ferait en sorte que Salou Djibo revienne. C’est du moins ce qui avait été écrit dans l’accord secret », précise l’ancien président de l’Assemblée nationale. Pour convaincre son auditoire et dans une large mesure l’opinion nationale et internationale, Hama Amadou cite des noms. « Ce sont ceux qui ont participé à la rédaction de l’accord secret qui m’ont dit, parmi lesquels, le ministre de l’intérieur de l’époque de la transition (Ndlr : Cissé Ousmane) »,

indiquant qu’» il était l’homme à tout faire du commandant Salou Djibo ». A l’appui de ces propos, le député national au titre du Moden Fa Lumana, Halidou Nassirou, parlant de cette question sur un média de la place, a confirmé l’existence dudit accord. » Cet accord existe bel et bien. D’ailleurs, je sais qui a représenté Issoufou Mahamadou et qui a présenté Salou Djibo » a-t-il dit.

… démenties

Cité par Hama Amadou comme étant la personnalité qui lui a rapporté l’existence de cet accord secret signé entre Issoufou Mahamadou et le Général des Corps d’Armées, Salou Djibo, l’ancien ministre de l’intérieur à l’époque de la transition du CSRD, Dr Cissé Ousmane se défend. Dans une réaction, le mis en cause affirmait formellement qu’ »aucun accord secret n’a été signé par la transition» et ce, contrairement aux propos émanant « d’une ancienne personnalité de notre pays qui circulent sur les réseaux sociaux, accusant le gouvernement de transition auquel j’ai eu l’honneur de participer d’avoir conclu un accord secret avec l’actuel chef de l’Etat ». L’ancien ministre de déclarer aussi »n’a jamais pris part à une activité de ce genre (Ndlr : signature de l’accord secret)», avant de demander à son accusateur de le tenir à « l’écart de tout débat politicien négatif ». dans « mon intime conviction », dit-il, « lorsqu’on a exercé de hautes fonctions, on doit s’inscrire dans une dynamique de paix et œuvrer pour préserver l’unité nationale ». Il a conclu en réaffirmant sa loyauté totale envers les hautes autorités nationales actuelles, comme d’ailleurs « je l’ai été avec le général Salou Djibo, président du CSRD » a-t-il indiqué.

Dès 2011 en effet, nous rapportions que si le candidat Issoufou a eu les coudées franches, c’est assurément parce que la soldatesque, conduite par un simple artilleur, Salou Djibo, a crée «les conditions pour fragiliser les partisans de Tandja » à travers « l’arrestation, la mise en détention provisoire de certains hauts cadres du régime déchu, suivi de menaces et intimidations proférées à l’encontre de certains d’entre eux». Nos sources, à l’époque, rapportaient que même sans le soutien de Hama Amadou, les grands stratèges de la forfaiture avaient déjà désigné leur candidat. Un chiffre très proche du résultat du deuxième tour circulait dans les salons, avant même le scrutin. C’est pourquoi, il faut donner du crédit à cette révélation de Hama Amadou qui n’est pas allé loin dans ses professions. Le patron de Lumana aurait tout simplement pu dire à l’opinion dans quelles conditions lui aussi a tourné casaque pour rejoindre au second tour, le candidat du PNDS Tarayya, au grand dam de Seïni Oumarou et de Mahamane Ousmane. A ce niveau, des sources dignes de foi évoquent une intimidation de la junte à son égard. Pour toutes ces raisons, et à la lecture de ce qui précède, l’on est en droit de s’interroger sur la crédibilité des scrutins post Tazarché au Niger. Et ce n’est ni le démenti « no sens » de l’ancien ministre Cissé qui dira le contraire. D’ailleurs, dans son fallacieux argumentaire, Cissé Ousmane n’a pas désigné nommément l’ancien président de l’Assemblée nationale, Hama Amadou, comme étant l’auteur des affirmations. Quel manque de courage ! A l’évidence, ces informations expliquent aujourd’hui le comportement stalinien des renaissants dans la gestion du pouvoir d’Etat dont ils ont bénéficié par une simple passerelle dressée par un soldat.
(Publié le 10 octobre 2018)
Par Moussa Aksar

31 octobre 2018
Source : L'Evènement

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