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Révision du code électoral : Mohamed Bazoum défie ouvertement Mahamadou Issoufou

Mohamed Bazoum defie ouvertement Mahamadou Issoufou 01Les pourparlers sur la révision du code électoral se sont convenablement déroulés jusqu’au jour où Mohamed Bazoum a cru devoir interférer dans ce processus pour y imposer sa volonté. Voulues et initiées par le Président Issoufou qui n‘a fait qu’accéder à la requête sibylline de certains partenaires occidentaux, les concertations tripartites (majorité-opposition-non affiliés) engagées dans le cadre du comité ad’ hoc mis en place par le Premier ministre et président du CNDP ont été quelque peu douchées par l’intransigeance aveugle du président du Pnds Tarayya. Attaché à l’écriture du code électoral tel qu’il l’avait inspiré, Mohamed Bazoum n’entend cautionner et accepter que son bébé subisse la moindre chirurgie plastique pour lui donner une image conviviale et acceptable de tous. C’est sous son influence et son action que le représentant du Pnds au sein du comité a joué contre vents et marées, affichant un refus obstiné à tout consensus par rapport à des articles à grand enjeu. Il a fait tant de blocages qu’en fin de compte l’opposition a dû se résoudre à mettre fin à sa participation aux travaux du comité ad’ hoc. Secrétaire aux élections du parti et proche partisan de Mohamed Bazoum, Boubacar Sabo a strictement suivi les consignes de blocage qui lui ont été données. Rappelé à l’ordre par le camp présidentiel qui est passé à deux doigts de le remplacer carrément par quelqu’un de plus conciliant, Boubacar Sabo a joué à fond la carte de la contestation, de la dispute et de la dissension. Et lorsque, outrée par ce comportement des plus désobligeants pour un représentant du pouvoir, initiateur des pourparlers, l’opposition a finalement claqué la porte du comité ad’ hoc, Mohamed Bazoum et ses partisans se sont frotté les mains, satisfaits d’avoir remporté la manche. Mais ce n’est que la première manche. Car, pour Brigi Rafini, la banquise est en train de fondre malgré tout.

Bazoum et les siens entendent bloquer toute réforme de la loi électorale à l’Assemblée nationale

Rappelée par Brigi Rafini le vendredi 2 novembre 2018 pour continuer les pourparlers, l’opposition a marqué, sans tarder, sa disponibilité à reprendre le dialogue. Une rencontre de cadrage de principes avec le Premier ministre et président du CNDP, a lieu le dimanche 4 novembre 2018. Au cours de cette rencontre, Brigi Rafini a réitéré à l’opposition la volonté du pouvoir de parvenir à un consensus sur le code électoral. Selon une source au parfum des échanges entre Brigi Rafini et les représentants de l’opposition, le Premier ministre a été si persuasif qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de douter de sa sincérité. Et de celui dont il porte le message. Car, derrière Brigi Rafini, il y a bien sûr l’ombre du Président Issoufou. Les deux parties ont de nouveau accordé leurs violons. Du moins, sur le principe d’une révision globale, sans limites et sans tabous, l’essentiel étant d’aboutir à un texte consensuel. « Il n’y a aucun tabou », a tenu à répéter Brigi Rafini, allusion faite aux articles 8, 12, 81, 82 et 145. C’est ce même jour que Mohamed Bazoum a choisi pour dire que « nulle part au monde, l’on n’a vu une minorité disqualifier un processus électoral décidé par la majorité » avant d’ajouter qu’ils ne permettront pas à cette minorité d’hypothéquer le processus électoral. Pour Bazoum, qui souligne au passage qu’ils ¯ eux, au Pnds s’entend¯ disposent d’une majorité confortable pour voter toutes les lois qu’ils veulent, le consensus n’existe pas. La loest faite par et pour les plus forts du moment. Le propos du ministre de l’Intérieur et président du Pnds est un message fort pour le Président Issoufou. Entendu tel par le grand public, il n’en reflète pas moins la dramatique dualité du pouvoir au sommet de l’Etat. Selon des informations rapportées par une source crédible, au son de cloche et à la volonté du clan Issoufou-Rafini, Bazoum et les siens ont opposé leur ferme résolution à s’opposer à toute réforme de la loi électorale. Ils vont probablement régler leurs comptes, comme en d’autres temps et en d’autres circonstances.

La menace de faire échouer le processus de révision, agitée par Mohamed Bazoum est réelle

Entre les deux camps, la confrontation est presque inévitable, Mohamed Bazoum et les siens s’emmurant dans un entêtement inconsidéré. Partisans d’une loi des plus forts, ils considèrent que la minorité politique doit faire avec ce que la majorité a décidé, y compris lorsque la loi est manipulée à dessein. Tandis que le camp Issoufou-Brigi avance dans les pourparlers avec l’opposition, le camp Bazoum dit l’attendre au tournant, précisément à l’Assemblée nationale pour faire barrage à tout projet de modification. Si BrigiRafini a rassuré ses interlocuteurs qu’ils iraient jusqu’au bout des modifications souhaitées pour un consensus sur la loi électorale, Bazoum et ses partisans rétorquent qu’ils feraient échouer à l’Assemblée nationale où ils disposent d’une majorité confortable pour faire ce qu’ils veulent. Celui qui est considéré avec dédain comme un président kama-mini est en train de démontrer qu’il n’en est rien. Il veut administrer la preuve que Mahamadou Issoufou dirige l’Etat et que c’est bien lui qui préside aux destinées du Pnds. « Mohamed Bazoum, a confié un proche du Premier ministre qui a requis l’anonymat, est en train de jouer avec le feu et risque fort de se brûler les doigts en défiant ouvertement le Président Issoufou ». Mohamed Bazoum, qui semble montrer des velléités d’émancipation vis-à-vis de Mahamadou Issoufou en fin de dernier mandat en 2021, « n’est pas seul » dans ce combat et entend le prouver. Les premiers signaux montrent bien qu’il a de quoi faire valoir face à Mahamadou Issoufou. La menace qu’il a agitée de faire échouer le processus de révision est réelle. Prévus pour reprendre dès le lundi matin, les pourparlers sur la révision du code électoral n’ont pas encore connu le moindre début de reprise, jusqu’à hier, mercredi 7 novembre 2018. Reprendrontils jamais ?
Laboukoye

10 novembre 2018
Source : Le Courrier

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