Forum Afrique 2018 à Charm El Cheikh, en Egypte : Le Président Issoufou Mahamadou a pris part au Forum

Le Président de la République, Chef de l’Etat, SEM Issoufou Mahamadou, est arrivé le vendredi soir, 7 décembre 2018, à Charm EL Cheikh, en Egypte, où il a pris part au Forum Afrique 2018 qui s’est tenu les samedi et dimanche derniers.

Avant l’Egypte, le Chef de l’Etat SEM Issoufou Mahamadou, Président du G5 Sahel, était à Nouakchott, en Mauritanie, où il avait présidé jeudi, 6 décembre 2018, la Conférence de Coordination des Partenaires et Bailleurs de fonds du G5 Sahel pour le Financement du Programme d’Investissements Prioritaires, rappelle-t-on. Le Président de la République est accompagné, dans ce déplacement, de Hadjia Aissata Issoufou Mahamadou, Première Dame, M. Ouhoumoudou Mahamadou, Ministre, Directeur de Cabinet du Président de la République, M. Kalla Ankouraou, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur, M. Sadou Seydou, Ministre du Commerce et de la Promotion du Secteur Privé et M. Mallam Zaneidou Amirou, Ministre de l’Industrie.

A l’occasion du forum Africa 2018, le Président de la République, Chef de l’Etat SE. Issoufou Mahamadou, par ailleurs champion de la ZLECaf a prononcé une allocution dont nous proposons ci-dessus l’intégralité.

Abdourahmane Alilou AP/PRN

«Si le panafricanisme politique a dominé le 20ème siècle, le panafricanisme économique dominera le 21ème siècle», déclare SEM. Issoufou Mahamadou, Président de la République, Champion de la ZLECAf

« Excellences Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement ;

Excellence, Monsieur Moussa Faki Mahamat, Président de la Commission de l'Union africaine

Mesdames et Messieurs ;

Je tiens à féliciter les autorités Egyptiennes, tout particulièrement le Président Abdel Fattah Al Sissi, pour avoir bien voulu accueillir ce forum Afrique 2018. Je voudrais aussi remercier et féliciter l'Agence régionale de l'investissement du COMESA (RIA) et le Ministère Egyptien de l'Investissement pour la parfaite organisation de cette rencontre.

En ma qualité de champion du processus de la zone de libre-échange continentale africaine, je ne peux que saluer la pertinence et l'opportunité du thème « Un leadership audacieux et un engagement collectif : Stimuler les investissements intra-africains» '' retenu pour la présente session du forum.

Mesdames et Messieurs ;

Le présent forum, constitue une initiative doublement heureuse pour le projet de zone de libre-échange continentale. En effet, après un long processus de négociation, 49 de nos Etats membres de l’Union Africaine ont déjà signé l’Accord instituant la zone de libre-échange continentale Africaine(ZLECAf). Ils ont en plus pris l’engagement de le ratifier dans un délai d’un an en vue de son entrée en vigueur dès 2019.

Au vu du rythme observé de ratification de ce traité, avec 13 ratifications à ce jour, je reste convaincu que le minimum requis de 22 ratifications sera rapidement atteint et que nous procéderons, comme prévu,   au lancement officiel de la ZLECAf fin juin 2019 à Niamey au Niger, en marge du sommet de l’Union Africaine.

Par ailleurs au sommet de l’Union Africaine de Juillet 2018 à Nouakchott, en Mauritanie, notre frère Abdel Fattah Al Sissi, président de la République d’Egypte a été désigné pour présider notre organisation commune, l’Union Africaine pour l’année 2019.

C’est dire que le moment est on ne peut plus propice pour poser les jalons d’un démarrage réussi de la ZLECAf. C’est le lieu de saluer l’initiative de réunir desresponsables politiques de haut niveau et les leaders du secteur privé, les femmes et les jeunes afin de collaborer plus étroitement et de réfléchir ensemble sur les mesures idoines de nature à faciliter la promotion du commerce et l’investissement intra-africains et de fournir des éléments pouvant alimenter la feuille de route de la présidence Egyptienne de l’Union Africaine pour 2019.

Mesdames et Messieurs ;

La ZLECAf, est un engagement fort de l’ensemble des États membres de l'Union Africaine à créer un grand marché Africain et permettre la libre circulation des biens, des services et des personnes sur l’ensemble du continent, du Cap au Caire et de Praia à Mogadiscio. C’est un des principaux programmes phares et prioritaires de la première décennie de mise en œuvre de l'Agenda 2063 de l'Union africaine – «L'Afrique que nous voulons».

Ce programme consiste en une suppression totale, à terme, de toutes les barrières tarifaires et non tarifaires entre les cinquante et cinq Etats du continent. La ZLECAf sera la plus grande zone de libre-échange du monde depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).Apres la première phase de négociation sur le commerce des biens et des services, la deuxième phase qui porte sur les investissements, sur la concurrence et la propriété intellectuelle est en cours.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) s’étendra ainsi sur un marché en pleine croissance doté dès le départ de 1,2 milliard de personnes, représentant un produit intérieur brut (PIB) de 2 500 milliards de dollars et s’étendant sur l’ensemble des 55 États membres de l’Union africaine. Elle permettra d’accroitre le commerce intra-africain qui n’est que de 13% aujourd’hui contre 60% pour l’Europe et 40%pour l’Amérique du Nord.

Du reste, la ZLECAf n’est pas un programme isolé. Elle forme avec les autres plans et programmes de l’Union Africaine, un tout cohérent dans la perspective de renforcer l’intégration régionale et atteindre les objectifs de l’agenda 2063. Je citerai, pour rappel, les plans et programmes suivants :le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA) ; le programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) ; le programme détaillé de développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) ;la vision Minière Africaine (VMA) ;le plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT) qui compte sept (7) priorités : la politique commerciale, la facilitation du commerce, la capacité de production, les infrastructures commerciales, le financement du commerce, l’information commerciale et la mobilité des facteurs de marché.

En liaison avec ces plans et programmes la ZLECAf constitue une source d’opportunités énormes pour les Etats membres, pour les citoyens de l’union et pour les entreprises africaines.

La zone de libre-échange continentale et tous ces plans stimuleront sans aucun doute les investissements intra- africains. Mais pour que cela soit possible nous devons instaurer la paix et la sécurité dans toutes les régions du continent, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Nous devons tout faire pour instaurer un bon climat des affaires partout sur le continent ainsi qu’un secteur privé dynamique animé par des capitaines d’industries engagés.

Mesdames et Messieurs ;

L’une des opportunités les plus importantes offerte par la ZLECAf et qui nous intéresse tous, est justement l’industrialisation du continent. L’Afrique est actuellement le continent le moins industrialisé. Les produits manufacturés ne représentent que 15% du commerce intra-africain et notre continent reste un simple réservoir de matières premières pour les autres continents. En plus, il souffre énormément de l’échange inégal. Ca ne peut pas continuer.

Sans industrialisation l’Afrique ne pourra jamais offrir assez d’emplois décents à cette population caractérisée par sa jeunesse. Elle ne pourra jamais transformer cet actif démographique en dividende économique et nos jeunes continueront à migrer vers d’autres continents au risque de leur vie.

La ZLEC permettra d’y mettre fin en offrant les possibilités de développer les chaines de valeurs intra et inter Etats. En effet, l’Afrique dispose d’importantes réserves de minerais et d’un grand potentiel de production agricole et de production d’énergie hydraulique ainsi qu’une main d’œuvre qualifiée.

Grace à la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires, l’évolution rapide de la classe moyenne, la libre circulation des personnes des biens et des capitaux, les investisseurs Africains, de plus en plus nombreux et audacieux, bénéficieront d’un marché large et propice à l’industrialisation.

Grace à l’investissement dans l’industrie, nous pourrons désormais transformer sur place nos matières premières et nos produits semi finis. Notre bauxite sera transformée en aluminium, notre aluminium en tôle, ustensiles de cuisine, pièces détachées, charpentes métalliques. Nos minerais de fer, de cuivre, de nickel serviront à produire sur place des machines-outils, des véhicules, des chars, des tracteurs, des locomotives, des wagons et même avions et fusées. Nous pourrons raffiner notre pétrole sur place et développer l’industrie pétrochimique. Notre uranium sera désormais de l’énergie électrique et notre cacao du chocolat.

Toutes ces transformations sont difficilement envisageables dans un contexte de 55 petits Etats indépendants, jaloux de leur souveraineté et hermétiquement fermés dans 84 000 km de frontières difficiles à franchir du fait des contrôles frontaliers pénibles, des harcèlements et des demandes de pots de vin. Toutes ces transformations sont difficilement envisageables sans possibilités offertes aux industriels du continent de lever des fonds sur des marchés financiers régionaux et de les investir dans le pays de leur choix au gré des opportunités et de dimensionner leurs projets à l’échelle du continent.

Mesdames et Messieurs ;

Certes la ZLECAf constitue une opportunité considérable pour le développement industriel de l’Afrique mais nous devons aussi garder à l’esprit que l’industrie a d’autres exigences qui se présentent parfois sous forme de préalable.L’industrie exige notamment la possibilité d’accès aux ressources financières car il ne peut avoir un développement industriel dans un contexte de rareté et de cherté des ressources financières. Le dynamisme affiché par les institutions financières continentales et sous régionales, leur intérêt affirmé pour les questions d’intégration du continent, pousse à l’optimisme quant à leur capacité à mobiliser les ressources nécessaires pour le financement des infrastructures, de l’énergie et de l’industrie. La BAD, la BADEA, Eximbank Afrique, les réseaux bancaires continentaux, les bourses régionales et nationales ainsi que les autres institutions financières rivalisent d’initiatives de financement en faveur des Etats et du secteur privé du continent.

Par ailleurs certaines organisations sous régionales d’intégration économique sont en passe d’aller vers l’intégration monétaire. C’est le cas de la CEDEAO avec son programme de monnaie unique dès 2020. Nous devons encourager ce mouvement au niveau de toutes nos communautés économiques régionales. C’est le lieu de féliciter Afreximbank pour avoir lancé une plate-forme globale de garantie (l’AFGAP) destinée à faciliter le financement des transactions commerciales africaines. Ce programme qui s’appuie sur la combinaison entre les nouvelles technologies et les instruments de la trade finance est sensé générer 100 milliards de dollars d’investissements intra-africains. Fort de son slogan : « transformer le commerce africain », Afreximbank met en place une panoplie de facilités pour accompagner la transformation locale des matières premières. Par ailleurs, nous devons inciter les banques centrales à accompagner le mouvement et à lever les restrictions sur le change et le mouvement de capitaux qui constituent de véritables freins au commerce intra-africain.

Une industrie compétitive ne peut se concevoir dans un contexte de fourniture erratique de l’énergie électrique et du gaz à des couts prohibitifs.Une industrie compétitive ne peut également se concevoir dans un contexte de délais d’approvisionnement et de distribution longs du fait de la mauvaise qualité des routes ou du fait de la congestion des ports et aéroports. Ce sont tous ces défis qui justifient la pertinence des plans et programmes de l’union africaine évoqués tantôt ainsi que sa décision récente de transformer le NEPAD en agence de développement.

La transformation du NEPAD en agence de développement permettra de réaliser très rapidement les barrages hydroélectriques, les interconnexions énergétiques, les gazoducs transcontinentaux qui permettront à nos industriels de bénéficier d’une énergie abondante et à faible coût.Elle permettra également de réaliser les grands projets d’infrastructures tels que les chemins de fer, les autoroutes, les ports en eau profonde, les aéroports, etc.

L’industrie Africaine doit aussi rester attentive aux développements induits par la révolution numérique. Les innovations dans ce domaine vont de pair avec le développement l’industrie et du commerce moderne. C’est donc à juste titre que ce forum accorde une place de choix aux NTIC en leur réservant un atelier spécifique. Les jeunes et les femmes doivent être associés à nos réflexions sur toutes les questions relatives à l’avenir du continent. Ils ont leurs problèmes spécifiques que nous devons prendre en compte. C’est donc de façon heureuse que nous accueillions l’organisation d’une journée consacrée aux jeunes entrepreneurs et à l’autonomisation des femmes. Les réflexions et recommandations issues de ces journées seront fort utiles pour l’élaboration de la feuille de route de notre organisation commune pour la mise en œuvre de son programme de zone libre échange continentale.  

Mesdames et Messieurs ;

Kwame Nkrumah leader Ghanéen des années 1960 avait clairement posé le dilemme de notre continent en ces termes « Divisés nous sommes faibles. Unie, l'Afrique pourrait devenir, et pour de bon, une des plus grandes forces de ce monde.». Il n’y a donc pas à tergiverser sur la nécessaire unité du continent. Les générations des leaders qui nous ont précédés ont posé les jalons de cette unité en créant l’organisation de l’Unité Africaine dès 1963 et en la transformant en Union Africaine en 2002. Ils ont réussi la décolonisation intégrale du continent et la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Sur le plan politique l’Afrique a commencé à parler d’une seule voix, mais ce n’est pas suffisant.

Si le panafricanisme politique a dominé le 20eme siècle, le panafricanisme économique dominera le 21eme siècle. Il nous faut réussir l’intégration économique du continent et il appartient à notre génération de leaders de relever ce défi. Les jalons sont posés avec la création des organisations sous régionales d’intégration économique, l’élaboration de la vision 2063 et des plans et programmes qui la sous-tendent notamment la zone de libre-échange continentale. Il s’agira donc pour notre génération de conduire à bon port tous ces programmes et de réaliser à l’horizon 2063 le rêve de l’ « Afrique que nous voulons » : « une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable, un continent intégré, politiquement uni sur la base des idéaux du panafricanisme et de la vision de la Renaissance de l’Afrique », une Afrique libérée de la double chaine de l’ignorance et de la misère, une Afrique capable de mettre fin à la tragédie que vit sa jeunesse sur les routes de la migration clandestine à travers les déserts et sur les mers.

Avec la ZLECAf ce rêve est réalisable. Aussi voudrais-je lancer un appel à tous les leaders politiques et économiques de s’engager fermement dans le processus de sa mise en œuvre à commencer par la participation à son lancement officiel à Niamey le 30 juin 2019 où vous êtes tous invités. Je demande à tous de s’approprier cette grande ambition qui permettra à notre continent de prendre en main son destin.

Je vous remercie ».

Onep

10 décembre 2018
Source : http://www.lesahel.org

Imprimer E-mail

Politique