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Gouvernance et Ascèse : Les Scandales-Gates

 Gouvernance et Ascèse : Les Scandales-Gates Pourquoi faire de la politique, si c'est pour se ridiculiser, se souiller de scandales à n'en point finir? Fillon, Marie le Pen, Sarkozy, Macron et Benella, et consorts). Au Niger c’est du pareil au même : l’opération « Maï Boulala » démontre que tous sont corrompus, empêtrés dans des affaires scabreuses. Dès qu’un étranger de passage au Niger, prend des nouvelles de la vie politique nigérienne, il ne constatera que des «affaires-Gates » sur « affaires-Gates ». Et il est en droit de s’inquiéter sur l’avenir de notre Niger de la Renaissance. Comment faut-il aider nos camarades Roses, à sortir le Niger du Guri-Gate ? Comment doivent-ils se « sauver », recorriger le gouvernail pour le peu de temps qui leur reste ?

Hier comme aujourd’hui, l’homme politique n’est pas parfait. Aussi est-ce la raison pour laquelle certains Princes, ou dirigeants s’entourent de penseurs, de philosophes, afin de les ramener sur la droite raison. Le juriste et homme politique Romain, Cicéron, était ami des épicuriens qui le conseillaient en cas de besoin. Aujourd’hui il nous semble que le statut de « conseiller », est plus mercantile, lié au profil, qu’à prôner de bons conseils au Prince. D’où l’absence de sagesse dans l’agir politique. Le Conseiller du Prince ne devrait pas être n’importe qui, mais un individu spécial, pas forcément apolitique, pas très enclin aux biens ; capable de donner un conseil avisé au Prince, sans passion, de manière impartial ; quitte à susciter le courroux du Prince, car sa mission est de lui dire le vrai, ou ce qui est juste et bien pour la bonne gouvernance.

Dans la Rome de Marc Aurèle, ce dernier se faisait raconter par la bouche de Claudius Séverus des personnages de qualité qui ont bien gouverné l’Etat : Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin. Ce sont des modèles disent les anciens grecs qui permettent à un futur bon Prince de gouverner avec sagesse. Dans ses Pensées, Marc Aurèle ne cache pas sa dette envers Claudius Séverus « d’avoir eu la représentation d’un Etat (politeia) dans lequel les lois sont égales pour tous, administré en se fondant sur l’égalité et la liberté de parole, et d’une monarchie qui respecte avant toute autre chose des sujets ». Partant de cette pensée, il est aisé de comprendre que la forme d’un régime ne dispense pas souvent de concéder aux citoyens des droits fondamentaux. Marc Aurèle s’identifiait au défunt empereur Antonin le pieu, son père adoptif dont il suivait en toutes circonstances ses principes de gouvernance. Notre Président s’identifie-t-il exactement à qui ? En paroles (et non actes) au Calife Ibn Cattab ? Au Prince de Machiavel ? A Gengis Kahn ?

Partant de tout ce que rapportent la presse privée locale et étrangère, il nous semble que son entourage hyper maffieux, égocentrique, et narcissique, ne peut pas l’aider à devenir comme le bon Ibn Cattab. Pour les Etats africains, il est fort difficile, exception faite pour Mandela, de retrouver de modèles sur lesquels les dirigeants s'aligneraient. Mais de part en part, nous retrouvons des mégalomanes, des prédateurs, des corrompus, des avides du pouvoir, des dictateurs et des tyrans, des tartuffes, etc.

C’est pourquoi, eu égard à ce « vide de modèle », nous prenons le risque de les exhorter à comprendre prima facies qu’on ne vient pas au pouvoir parce qu’on est fatigué des autres occupations publiques. Le pouvoir est une activité hautement sé- rieuse ; une vocation au sens wébérien du terme, voire un devoir. Et à ce niveau de notre analyse; les propos de Plutarque constituent un premier avertissement pour l’aventurier du pouvoir. En effet dit-il, d’après ce que nous rapporte Franck Lemonde dans son intéressant ouvrage : Conseils aux politiques pour bien gouverner que : « Tout comme ceux qui n’ont rien de bon, à faire à la maison passent sur l’agora la plus grande partie de leur temps alors qu’ils n’en ont pas besoin, certaines personnes, qui n’ont rien d’intéressant à faire en privé, se jettent dans les affaires publiques en se servant de la politique comme d’un passe-temps. La plupart de ceux qui ont touché à la vie publique par hasard en sont dégoûtés mais ne peuvent plus s’en retirer facilement ... ». (Franck Lemonde, Conseils aux politiques pour bien gouverner, éd. Rivages Poche/petite bibliothèque, 2007, p. 23)

Ce qu'affirme Plutarque est la parfaite il lustration de la situation qui arrive très souvent aux dirigeants africains qui n’arrivent plus à se passer du pouvoir. Ils confondent pouvoir et propriété - les exemples historiques de Ben Ali en Tunisie, Hosni Moubarak en Egypte (emportés par la révolution), Omar Bongo qui meurt au pouvoir, Mouammar Kadhafi, etc.-. D’où leur drame à cause de leur manque de sagesse. En suivant la pensée de Plutarque, il est bon de dire à l’adresse des dirigeants actuels et futurs, qu’il ne sied pas de venir au pouvoir si on n’a pas pour vocation de travailler pour l’intérêt du peuple, et de l’Etat. Pour Plutarque, le principe sacro-saint, mieux la règle d'or consiste à « poser au fondement de l’action politique, telle une base solide et ferme, une orientation qui tient son principe dans le discernement et la raison, et non pas une impulsion venant de la vaine gloire, de quelque goût de la dispute ou du manque d’autres activités » (Ibid., p. 23).

Il ressort de ces beaux enseignements, que le dirigeant africain qui agirait droitement, avec sagesse et honnêteté n’a rien donc à craindre de son peuple. Il y a crainte - pour Ben Ali, Hosni Moubarak, Laurent Gbagbo, Blaise Campaoré etc. - quand le peuple sent que ses dirigeants sont corrompus, et de surcroît dilapident le bien public.

Pour caricaturer un « designer » : lorsque les dirigeants africains s’empiffrent ostentatoirement comme le ventre d’un élé- phant et que le peuple « se famélique », la seule façon alors pour le peuple ne constitue-t-elle à percer les gros ventres des dirigeants, c’est-à-dire les disqualifier par la force ou la violence citoyenne : opé- rations de villes mortes, grèves générales, gilets jaunes en France, bref la désobéissance civile pour employer le mot de Hannah Arendt. Ce qui se passe au Togo est l’excellente illustration : le peuple exige la bonne gouvernance, et l’alternance au pouvoir.

Y.M.M

08 janvier 2019
Source : Le Nouveau Républicain

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Politique