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Déclaration des partis membres de l’opposition politique nigérienne du 23 janvier 2019

Front Patriotique Opposition 23 01 19

Chers compatriotes,
Dans un contexte où notre pays est confronté aux assauts des forces terroristes et des narcotrafiquants, où nos forces de défense et de sécurité assurent vaillamment la défense de la patrie, où plus que jamais notre peuple a besoin de cohésion et de solidarité pour relever les défis multiformes, on se serait attendu de tout homme ou organisation politique à un comportement responsable. Mais hélas, c’est ce moment que choisit le sieur Bazoum Mohamed pour déclarer la guerre à l’opposition. C’est ainsi qu’à l’occasion de la célébration du 28ème anniversaire du PNDS Tarayya, arborant, les robes de tous les pouvoirs institutionnels et politiques de ce pays, il affirmait péremptoirement et sans honte qu’« il n'y a rien qui aurait pu empêcher que les partis politiques s'entendent à l'occasion de leurs dernières discussions, sauf la volonté obstinée des partis de l'opposition de refuser tout accord sur une question de portée symbolique aussi forte que les élections ».

Cette posture du président du parti au pouvoir participe, comme vous le constatez chers compatriotes, d’une vaste entreprise de diabolisation de l’Opposition à travers un jeu de rôle funeste minablement réparti entre le ministre de l’intérieur, le premier ministre et le Chef de l’Etat. Les autres partis politiques de la majorité et la soit disante CENI ne jouant qu’un rôle purement marginal dans ce cirque au plus haut sommet de l’Etat.
Au premier ministre, président du CNDP de simuler un semblant de dialogue avec l’opposition, au sieur Bazoum Mohamed de le remettre à sa désormais déshonorante place en le désavouant de façon cinglante et au Chef de l’Etat de s’en réjouir tout en présentant le blocage aux yeux du monde comme une avancée du dialogue politique.

L’attitude boutefeu du candidat du PNDS confirme à suffisance sa posture déjà connue d’adversaire acharné d’un processus électoral inclusif, honnête, transparent et équitable.

Comment pourrait-il en être autrement car conscient lui et ses camarades du parti du niveau d’impopularité chaque jour plus grand de leur régime et de leur parti ?

Au demeurant, comment pourrait-il en être autrement pour un candidat d’un parti en déperdition, pris dans des doutes et des contradictions inextricables ?
Tous ces discours faisant croire qu’il y a accord sur tout le code électoral en dehors du seul article 8 consistent simplement à tromper les consciences et s’adressent surtout aux partenaires techniques et financiers dont ils attendent encore l’accompagnement et les financements. Les nigériens eux savent qu’il n’y a en face aucune volonté d’organiser des élections dignes de ce nom.

Chers compatriotes
En accusant l’opposition de faire une fixation sur le seul article 8 du code électoral, le parti Etat veut simplement détourner le débat des sujets hautement stratégiques en matière électorale en l’occurrence la composition et l’indépendance totale de la CENI ainsi que la gouvernance des bureaux de vote. Ces questions auxquelles s’ajoutent désormais, le recrutement mafieux de l’opérateur technique chargé de la biométrie et le lancement unilatéral, pompeusement annoncé des opérations d’enrôlement n’ont fait l’objet d’aucun accord dans le fonds. Elles constituent simplement autant de choses pour lesquelles le pnds pense avoir suffisamment pris de provisions pour organiser la fraude à grande échelle et confisquer le choix du peuple.
Les manigances, les faux-fuyants, les manœuvres politiciennes et autres reniements, la mauvaise foi des représentants du pnds dans le Comité ad ’hoc, téléguidés par les premiers responsables du parti Etat, l’attitude ambivalente et irresponsable du premier ministre promettant une chose aujourd’hui et agissant dans le sens contraire le lendemain, les pratiques du fait accompli de la très contestée et monopartite CENI sont les principaux facteurs de l’échec du dialogue politique.

Chers compatriotes,
En réalité c’est le pouvoir qui fait la fixation sur l’article 8. La révision de cet article en effet n’est pas l’initiative de l’opposition qui d’ailleurs était absente de leur comité créé par arrêté numéro 00187 / PM en date du 23 novembre 2016. Les conclusions dudit Comité ont été entérinées par le CNDP qui l’a créé, soumis par le Gouvernement à l'Assemblée Nationale qui l’a adopté en première lecture toujours en l’absence de l’opposition. Ce comité, en substance, avait prévu « trois ans de condamnation devenue définitive et non réhabilité » pour la perte des droits civiques, notamment ceux d’être électeur et éligible. C'est seulement après le contrôle de constitutionnalité que des modifications ont été unilatéralement apportées par la seule majorité ramenant les trois (3) ans à un (1) an de condamnation devenue définitive et non réhabilité. L'enjeu étant l’élimination d’éventuels adversaires politiques.
En vérité, la nécessité de la révision de cet article fut un consensus de toutes les parties prenantes à ce comité dont le PNDS et qui ont toutes paraphé et signé le rapport dudit comité. Elles ont même requis l’expertise d’un juriste spécialiste à ce sujet, ceci afin de mettre les acteurs politiques à l’abri de toute machination et autres montages politiciens pouvant conduire à leur disqualification des courses électorales.

Cette obsession à faire cristalliser les positions de l’opposition sur le seul article 8 n’est que démagogie et pure mensonge.

L’opposition politique nigérienne, réaffirme et prend à témoin l’opinion nationale et internationale que les points de désaccords restent et demeurent par ailleurs les articles 12, 80 et 81 que le pouvoir fait sciemment d’occulter.

Ces articles sont le fondement d’une CENI indépendante et des élections inclusives. Du reste, une bonne partie figurait dans les anciennes dispositions du code électoral consensuellement accepté par tous.

Le parti Etat, comme cela est connu de tous a triché en récusant un candidat sélectionné à la Vice-présidence de la CENI nationale. Comment alors pourrait-il s’en empêcher aux niveaux local et déconcentré où les possibilités de manipulation, d’intimidation et de fraude sont encore plus grandes ?

Chers compatriotes,
L’opposition a marqué chaque fois sa bonne volonté à participer aux travaux du CNDP et à toute initiative de dialogue comme en témoignent ses réponses toujours favorables aux échanges avec les émissaires de l’OIF, des Nations Unies, sa participation loyale aux travaux du comité ad ‘hoc ainsi que les multiples courriers échangés avec le premier ministre, président du CNDP.

L’opposition politique nigérienne croit encore qu’un accord est possible dans la mesure où l’histoire politique récente du Niger dans son expérience démocratique rappelle, qu’à chaque fois les acteurs politiques ont su, dans leur ensemble surmonter les écueils d’avant chaque échéance électorale. Les dirigeants du PNDS, ayant animé l’opposition pendant plusieurs années en savent quelque chose pour avoir été les principaux bénéficiaires de plusieurs compromis majeurs des autorités d’alors.

Chers compatriotes,
Le peuple nigérien a compris les fuites en avant d’un pouvoir incapable d’assurer une gouvernance vertueuse garantissant les libertés fondamentales, la consolidation de l’unité nationale et le progrès social.

Au vu de tout ce qui précède l’opposition politique nigérienne annonce ici et de façon solennelle qu’elle ne participera pas à la prochaine réunion du CNDP. Les délibérations de cet organe ainsi que les suites à donner par le Gouvernement, l’Assemblée Nationale et même la Cour Constitutionnelle étant déjà prononcées par le candidat Bazoum, l’opposition ne fera donc pas de la figuration pour légitimer une telle farce.

L’opposition politique nigérienne reste convaincue que la reprise du dialogue et la création d’un climat apaisé passe par :

  • L'organisation d'un dialogue inclusif en présence des témoins nationaux et internationaux La mise en place d'un dispositif de suivi des décisi
  • ons dudit dialogue avec l'accompagnement des partenaires en vue d'en assurer l'effectivité
  • L’adoption d’un code électoral consensuellement accepté par tous.
  • La réhabilitation effective du CNDP comme organe d’échange et de consensus de la classe politique.


Enfin, l’opposition politique nigérienne appelle l’ensemble des nigériens, acteurs sociaux et politiques à se dresser comme un seul homme pour faire échec à ce projet funeste de confiscation du suffrage du peuple souverain.
C’est pourquoi, elle appelle ses militantes et militants à rester mobilisés et attendre les mots d’ordre futurs.

Vive la République,
Vive l’opposition nigérienne,
Fait à Niamey, le 23 janvier 2019,
Je vous remercie.

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