Carte diplomatique : la Renaissance veu-telle s’affranchir de la France de Macron ?

Carte diplomatique : la Renaissance veu-telle s’affranchir de la France de Macron ?Depuis des jours, au nom de choix diplomatiques courageux – ou hasardeux, c’est selon – l’on voit les autorités de Niamey, cherchant de nouveaux partenaires, aller vers d’autres pays qui entretiennent des relations antagoniques avec les alliés traditionnels du Niger, alors que jusqu’ici, le pays de Le Pen qui n’a pas véritablement libéré, même après les indépendances, a toujours exercé un contrôle sur nos pays et leurs relations diplomatiques bilatérales, refusant de casser le cordon ombilical qui nous lie à cette France depuis le début d’une longue histoire qui refuse de prendre fin car elle a réussi à nous rendre dépendants et à faire de nous ses mendiants, surtout lorsque plus d’un demi-siècle après les indépendances, nous ne pouvons ni assurer notre autosuffisance alimentaire, ni faire marcher notre école, ni même assurer notre propre sécurité.

Même socialiste, lorsqu’on sait le discours anti-impérialiste tenu par des socialistes hargneux, Issoufou, président, n’aura pas réussi à s’en détacher, cultivant plus d’ailleurs notre soumission en s’acoquinant avec un président français avec lequel, par leurs relations personnelles, ils sont arrivés à confondre la gestion des deux Etats qu’ils gouvernent. L’on sait les complicités immenses que le régime du socialiste Issoufou Mahamadou avait avec l’Ami de l’International Socialiste, Hollande, à une époque où il dirigeait la France, se passant des règles de la bienséance politique pour laisser faire un homme qui brutalisait opposants et journalistes, acteurs de la société civile et autres mal-pensants. Et le régime de Niamey, fort de ce soutien, pouvait se permettre tous les excès, tous les abus, gouvernant par le mal dans l’ambition incompréhensible en démocratie, de taire toute contestation, toute opinion déplaisante et perpétuer ainsi, la pensée unique quand, pourtant, son peuple avait opté pour la démocratie pluraliste. Par ces complaisances de cette France qui refusait de regarder du côté du Niger pour prendre la mesure de la gravité de la gouvernance antidémocratique du socialisme nigérien quelque peu attardé, le régime ne pouvait écouter personne : décidé à tout anéantir pour rester le seul coq de la basse-cour. Par ces gentillesses, le pouvoir des socialistes pouvait même refuser d’organiser des élections normales : il emprisonne un challenger pour aller seul sur le terrain de la compétition électorale et triompher sans élégance, il refuse d’obtempérer à une décision de la Cour Constitutionnelle pour organiser des élections partielles qu’il a trouvées le moyen d’éviter par quelques subterfuges.Il a également refusé après les délais légaux de tenir des élections locales pour arracher l’une après l’autre, mais en commençant par Niamey, fief acquis à l’Opposition, les communes acquises à l’Opposition en nommant des administrateurs délégués à la tête des municipalités qu’il ne peut contrôler. Les élections générales de 2016 ont été la pire catastrophe de l’histoire de notre démocratie car bancales, elles ont été les plus tristement tropicalisées.

Mais entre-temps, en France, à la surprise des amis de la Françafrique, Hollande partit, boudé et chassé du pouvoir par un peuple qui en avait ras le- bol de sa gouvernance, enterrant presque le parti socialiste qui l’avait porté au pouvoir. Une carte se perdait pour la Renaissance. Mais il fallait faire avec. Alors que bien d’observateurs voyaient les choses se compliquer pour Niamey dans ses relations avec la France nouvelle, En Marche, suite à l’arrivée de Macron, on vit comment, Niamey s’activa à courtiser le nouveau pouvoir de Paris, cherchant avec vanité l’occasion – peut-être la chance aussi – de rencontrer le nouvel homme fort de France et même à poser avec lui, pour exhiber à ses détracteurs des photos avec le dieu blanc des Africains et clouer ainsi le bec à ses détracteurs. En apparence, il réussit à se rapprocher de Paris, mais d’un Paris qui sait rester méfiant d’une amitié forcée même lorsqu’il saluait un modèle que le monde est unanime à ne pas reconnaitre. Comment ne pouvait-il pas être précautionneux avec l’ami de celui qu’il remplace à l’Elysée.

Désillusion…

Issoufou et son système avaient trop rêvé d’euros qui allaient pleuvoir sur le pays après qu’il ait décidé, pendant que tous les gouvernements africains étaient réticents, à s’inscrire comme premier client au guichet de l’Union Européenne d’autant qu’il est l’unique allié africain de la lutte contre la migration. Il était loin d’imaginer que le mode opératoire de nouveaux partenariats a changé depuis que les Européens qui ont l’obligation de rendre compte à leurs contribuables relativement à la gestion de l’aide consentie, avaient promu la société civile et des ONG internationales pour en faire des partenaires plus proches des peuples et il devrait vite se désillusionner, comprenant, que même si l’argent devait venir, il ne peut passer que par de nouveaux canaux, loin des mains gloutonnes de ceux qui gouvernent et qui avaient la sale réputation de s’en servir au détriment de leurs peuples déshérités. C’est à l’occasion d’une rencontre avec la Chancelière allemande, Angela Merkel, qu’il l’apprit à ses dépens, lorsque demandant à son hôte l’urgence à mettre la main à la poche, celle-ci, sans faire preuve de diplomatie, lui expliqua sans ambages que « leur argent », passe par les ONG internationales, certainement plus crédibles pour mieux gérer les fonds. Et des rêves se brisent…

Mais la désillusion ne vient pas que de là seulement. Après avoir, sans aucun respect pour les procédures, invité des armées de puissances étrangères à s’installer dans le pays, quelques mois après, constatant que la sécurité ne fait que se dégrader dans le pays, progressant sur l’espace géographique, le gouvernement du Niger, finit par douter de ces présences et de ces alliances militaires, et ce depuis que le ministre de la défense, confia à la presse étrangère que le Niger n’est pas satisfait de la coopération militaire censée mettre le pays à l’abri d’attaques meurtrières que les renseignements ne peuvent d’ailleurs pas détecter à l’avance pour aider l’armée nationale à prendre des dispositions.Pourtant, nous a-t-on dit, « sans elles notre armée est sourde et aveugle ». Ces différentes déconvenues ont sans doute amené la Renaissance à douter de certains partenariats et peut-être aussi, à s’en méfier pour se résoudre à penser à tisser de nouvelles relations.

Comme si Niamey ne ressent qu’aversion pour l’axe européen, depuis quelques mois, on ne peut plus l’entendre se flatter de son amitié, partant sur de nouvelles terres pour nouer des relations dont certaines peuvent offusquer l’Europe, ou la France en tout cas qui voit d’autre occuper son pré-carré. L’on sait déjà que les parts que la Chine prend dans le pays sont partagées, sinon arrachées depuis peu par la Turquie dont la présence est remarquable par l’acquisition de gros marchés et grands chantiers qu’elle exécute notamment avec SUMMA. Peut-être que la Chine sait déjà qu’elle est en difficulté, ne pouvant plus avoir la faveur de certains marchés dans le pays. Depuis un certain temps, dans le domaine pétrolier, l’on sait que quelques incompréhensions affectent des relations que des décisions de justices n’ont pas pu apaisées car la puissante Chine, aurait refusé de s’y plier, brûlant presque la politesse au gouvernement de Brigi Rafini et à la justice nigérienne, foulant au pied, par un tel mépris, notre souveraineté.

L’on peut également se rappeler les péripéties du rapprochement entre l’Italie et le Niger avec l’annonce de l’ouverture d’une ambassade, et de l’installation d’une base étrangère démentie plusieurs fois par Niamey mais que la presse italienne n’arrête pas d’annoncer. Faut-il croire que ces hésitations de cette époque étaient dictées par l’injonction de l’ancien tuteur colonial qui ne peut supporter de partager « son » espace avec un autre ? Mais la France était loin de s’imaginer que l’Italie avait la clé pour ouvrir la caverne tropicale, avec près de la moitié de l’aide italienne de l’Afrique promise au Niger et que Rome mettait dans la balance pour se faire accepter. Le marché est tentant pour un gouvernement qui commence à manquer d’argent et qui, plus, ne voit pas venir, les nombreux milliards qu’il escomptait de ses fiançailles intéressées avec l’Europe.

Il y a déjà plusieurs mois qu’une visite du président Nigériens à Moscou, au pays de Poutine, avait été annoncée par voie diplomatique, mais, selon certaines indiscrétions, sous la pression des Européens, la visite avait été reportée sine die, surtout lorsque, la raison de cet autre rapprochement, est, par la volonté du président du G5 Sahel qu’il fut, de demander le soutien de la Russie dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et sans doute aussi dans le lac Tchad, toutes choses qui viendraient à corroborer la thèse selon laquelle, Niamey ne se satisfaisait pas de la collaboration avec ses « amis » européens et américains.

La renaissance, s’est-elle enfin affranchie de l’ornière européenne ?

Alors que l’on avait cru que le dossier est classé et abandonné, sur la télévision nationale, l’on apprit la visite d’un diplomate russe qui, au sortir de son audience avec le président, annonçait l’ouverture imminente d’une ambassade avec le raffermissement des relations et de la coopération entre les deux pays, mais sans donner cependant, de précisions à propos des domaines de cette autre coopération. Est-ce pour s’éloigner des partenaires européens et américains quand on sait que ceux-ci ne sont pas en phase avec Moscou et qu’ils pourraient être froissés par ce rapprochement ainsi qu’on le soupçonnait déjà avec la première tentative de rapprochement il y a quelques mois. Les scandales de la drogue avec des acteurs de narcotrafic qui ont leurs allées dans les méandres du système Guri, peuvent justifier des frictions dans les relations avec le Niger qui pourrait se retrouver sur une liste noire, en tout cas d’Américains si regardants sur de telles questions.

Après s’être isolé au plan africain et national avec un peuple déçu par une gouvernance marquée par l’injustice et la gabegie, par l’ostracisme et le sectarisme, faut-il croire que la Renaissance a aussi réussi à se rendre si infréquentable pour chercher de nouveaux partenariats qui pourraient le materner avant que ne vint le sevrage de la France et de ses alliés européens ?

La Renaissance semble vivre l’enfer des solitudes…

Les temps que vit la Renaissance semblent être les plus difficiles, les plus éprouvants : l’argent devient rare, des partenaires méfiants et notamment dans la perspectives de l’organisation des prochaines élections qui divisent, creusant chaque jour davantage le fossé entre les différents blocs politiques, la société civile reprend ses activités, l’école est malade, l’université tombe dans la radicalité et se meurt, TillabériTchandalo est hypothétique du fait de fonds même dérisoires annoncés difficilement mobilisables, le temps court pour l’échéance de l’UA19 et les chantiers stagnent souvent, et la succession, malgré une dictature qui veut la calmer, reste la bombe explosive qui risque de dynamiter le régime car malgré des désirs de pardon, il reste que, des coeurs ne peuvent plus réapprendre à s’aimer. Le ver est dans le fruit, irréparable. C’est dans la loi de la nature.

C’est dans un tel contexte que la Renaissance tâtonne, glanant ici et là de nouveaux partenaires. Déjà, par son entêtement à vouloir organiser des élections qui ne peuvent que profiter à elle seule, bancales alors, la Renaissance, n’arrive pas à convaincre les PTF qui ne peuvent voir l’intérêt pour eux d’aider au financement d’élections sans enjeu si elles ne devaient juste servir qu’à légitimer une candidature presque unique, qui plus, est imposée par un lobby dont on sait le projet qu’il poursuit : assurer des arrières non servir une nation assise sur ses blessures. On ne peut d’ailleurs pas comprendre, alors que le Président faisant la promesse qu’au nom d’un orgueil et d’une souveraineté, le gouvernement allait organiser sur fonds propres les élections dans le pays, qu’on en vient à réunir les partenaires, comme pour nous humilier encore, pour leur demander de cotiser pour nous.

Ce ne sont donc pas des problèmes qui manquent à la Renaissance. En portant dans le pays des alliés dont les divergences sont avérées, elle ne peut qu’avoir de la peine à gérer tant de contradictions. Sans doute que la France observe et reste sur le qui-vive.

ISAK  

28 mars 2019
Source :  Le Nouveau Républicain

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