Recompositions politiques : En attendant les prochains ouragans

 Recompositions politiques : En attendant les prochains ouragans Depuis des jours, l’on observe une certaine fébrilité du climat politique. Il y a de grandes agitations dans les partis politiques : pour les échéances de 2021, aucun n’est serein, tous s’inquiètent de ce qui va arriver et pour ce, avant l’heure, des partis se sont précipités, à investir un candidat, alors même qu’ils ne peuvent savoir ce qui va se passer dans un an, dans deux, toutes choses qui pourraient changer les enjeux et déterminer de nouvelles postures que la conjoncture nouvelle pourra imposer. Les partis politiques vont donc mal. Tous. Sans exception. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition. Un syndrome les traverse et le mal est tenace, incurable, chez nombre d’entre eux. Mais d’abord au PNDS qui, faussement, affiche une sérénité qui trompe sur l’état d’esprit, les anxiétés que vivent ses ténors, sur les incohérences qui l’agitent. La course à la succession du président sortant a fini par révéler les incertitudes que vit le parti présidentiel, par éveiller de nouvelles ambitions qui créent de nouvelles lignes dans les partis politiques qui vivent par ces faits de nouvelles contradictions auxquelles ils ne sont pas toujours préparés. Et pour donner l’impression d’avoir noyauté le problème, l’on a, de manière spectaculaire, pris des décisions qui, dans les faits, n’ont fait que confirmer le problème et l’aggraver davantage. Et depuis, ils sont nombreux à se mettre en hibernation, attendant le moment opportun de resurgir pour remettre sur le tapis, le même débat qu’on a cru avoir tranché en l’esquivant, en manquant de courage de l’affronter.

Bazoum pour calmer la tempête La météo politique avait annoncé de grands orages au PNDS et l’empire rose avait connu de grandes secousses qui ont fait peur. Il avait fallu que le président sorte de ses obligations constitutionnelles, pour s’inviter dans un débat partisan, fut-il dans le parti qui fit de lui président, pour le trancher à sa manière, non sans l’amplifier, même si, par stratégie, ceux qui ouvraient un front dans le parti, avaient fini par opter pour la tactique du « reculer pour mieux sauter », ne pouvant prendre le risque de s’exposer, optant pour une résistance frontale. En vérité, ils sont nombreux à douter de la carte choisie par le camarade président pour calmer le jeu et ramener, ne seraitce que momentanément la sérénité dans un parti où les esprits avaient commencé à se chauffer. La carte Bazoum ne pouvait servir qu’à cela, et les hostilités, forcément, à une certaine distance de l’échéance, finiront par refaire surface. L’on sait que plusieurs courants traversent le parti de Bazoum par le simple fait que la candidature imposée, ne fait pas l’unanimité, elle divise profondément et de « petits lions », rageurs, attendent dans les bois, le temps de rugir, pour sortir des griffes et des ambitions qu’une hérédité biologique ou politique pourrait légitimer. Dans beaucoup de régions, le soutien à la candidature officielle n’est pas évident, et pour une fois, le président de la République, pourrait comprendre que sa voix ne s’impose plus même dans son sérail et qu’il ne peut imposer des choix qu’une majorité écrasante ne peut tolérer à l’intérieur de son parti, le poussant finalement à des convulsions destructrices et à des échecs irréparables. Le lobbying mené dans la région de Tahoua, n’aurait pas abouti à convaincre une fédération sceptique quant à la fiabilité de la candidature retenue. Le malaise est réel, il couve, et on aura beau aimer se servir du contentement stratégique de Bazoum afin de contenir ses ardeurs parce qu’il est prêt à tous les défaitismes depuis qu’il commençait à comprendre qu’il n’aurait plus rien à préserver dans le nivèlement souterrain de sa candidature, le temps que les eaux furieuses de l’océan agité se calment, la tempête ne peut que s’enflammer car, depuis un certain temps, des antagonismes irréductibles sont nés dans le parti et plus jamais il ne peut être possible de calmer le jeu. Et, il n’y a pas que deux courants !

Mais, il faut reconnaitre que le problème n’est pas qu’au PNDS même si son cas pouvait être le plus délicat parce que vivant la déconfiture la plus profonde et la plus irréversible.

Fragilité des partis politiques

Aucun parti, de quelque bord qu’il soit, n’est à l’abri de déchirements. Il n’y a pas un seul parti dans lequel, des courants ne s’entredéchirent pas, et souvent les protagonistes sont allés loin comme chez les camarades où le sieur Massaoudou, ne peut toujours pas se remettre de l’affront de ses amis et compagnons politiques qui doivent s’être servi de lui, pour aujourd’hui le jeter à la poubelle, inutilisable car ʺobjet politique à usage uniqueʺ. Le CDS, le parti de HamaniHarouna, Hankuri, le MNSD, KiishinKassa, Jamhuriya, Lumana, le PNDS, à des degrés divers, font face tragiquement, à des turbulences en leur sein, et rien ne peut permettre de lire avec exactitude, les crises qui les déchirent, les ambitions antagoniques que les étranglent, pour oser des pronostics quant à leur développement, quant à leur dépassement.

La vérité est que le champ politique est aujourd’hui marqué par des incertitudes immenses, et les acteurs politiques, dans bien de cas très opportunistes, font des calculs, rusent pour se positionner avant de se faire prendre par le courant des prochains séismes car on a beau être espiègle, il y a un déterminisme historique qui échappe à nos ruses, à nos calculs cartésiens. Chacun y va de son calcul certes, dans l’espoir qu’il se place du « bon côté » car l’après Issoufou est plein de mystères, de non-dits, d’impondérables, et chacune joue à savoir profiter des évolutions qui arrivent pour survivre, sans être gravement pessimiste et sans avoir une vision occulte, superstitieuse du sort de notre démocratie, aux prochaines tempêtes.

Notre démocratie, pour une fois encore, est dans l’égarement, empruntant des chemins incertains. Face aux incertitudes, l’on peut relever des éléments de tolérances politique dans les relations politiques, sans doute dans le but de rendre possibles, demain, des rapprochements que ka conjoncture nouvelle pourrait dicter à tous. Et surtout qu’ils sont nombreux au sein de la mouvance au pouvoir à se méfier du sectarisme du Guri, de sa gestion qui divise et fragilise une nation. Tant il est vrai que depuis quelques jours, l’on avait vu des partis politiques qui, dans l’adversité du premier mandat, ne pouvaient jamais se rencontrer, commencer à se fréquenter, en ayant la gentillesse de s’inviter à des congrès ou à des manifestations politiques qu’ils ne peuvent que bouder en d’autres temps, l’on avait compris que les uns et les autres avaient compris, qu’il faut savoir se manager en mettant un peu dans son vin, pour rendre possibles des alliances futures, surtout aussi que, le candidat que le PNDS veut imposer, ne fait pas l’unanimité, aussi bien au sein de son propre parti que dans la mouvance dont un des partis les plus importants, pour lever tout équivoque, s’était précipité à investir avant l’heure, son candidat pour les prochaines échéances. Il fallait que les militants comprennent que le MNSD ne peut s’éclipser pour accompagner le candidat derrière lequel, STJ, demandait à des leaders de la MRN de taire leurs ambitions présidentielles pour s’aligner derrière le candidat « providentiel », peut-on l’imaginer, partageant déjà, avant le sacre pourtant hypothétique, les postes stratégiques.

Comme pour crédibiliser cette analyse, l’on peut par ailleurs observer que depuis des jours, des partis sont en train de naître, deux déjà, et sans doute qu’un troisième est attendu dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois. Mais, c’est le flou total pour l’instant derrière ces partis qui naissent car personne ne peut dire, celui qui, à l’origine, en est l’instigateur. On peut seulement penser et c’est fort probable – que derrière les noms officiels des fondateurs, anonymes pour la plupart, peu ou pas connus, il y a de grosses pontes qui se terrent, attendant le temps opportun que leur dictera la conjoncture politique, pour surgir pour faire face à leur destin politique.

Spéculations… A la sortie du MPS (Mouvement Patriotique pour le Salut), l’on avait jasé et certains voyaient déjà, sans indices probant si ce n’est le fait qu’on le sait désormais douloureux dans la rumination de ses remords, le parti de HassoumiMassaoudou. Ses détracteurs à l’intérieur de son parti et certains non avertis du champ politique peuvent oser de telles conclusions hâtives car, il a beau aimer créer un parti, sans doute que ce ne devait pas être celui-là car depuis les douleurs de son éviction brutale et de son humiliation fracassante sur la place publique, il n’avait pas le temps de s’apaiser pour bricoler un parti, or pour oser cette aventure, il lui aurait fallu prendre du recul pour ne pas l’envisager dans la précipitation couteuse, dans la passion destructrice, dans la haine de la vengeance quand même il a conscience que la montre pourrait jouer contre lui. Il doit sans doute regarder encore car plus que de s’affirmer sur l’échiquier, il a à laver un affront. Et ce n’est pas l’esprit qui manque !

Mais ce parti, comme l’autre, peut être créé à l’initiative de mécontents du PNDS, ces laissés pour compte qui n’ont vu que de la poussière depuis que leur parti gouverne, il y a aujourd’hui huit ans. Ces mécontents sont de toutes les régions, excepté une seule, grassement servie. Le temps, pour ceux-là, est arrivé de régler des comptes, de s’affranchir en même temps d’une hiérarchie socialistequi les a marginalisés, ostracisés, et qui n’a gouverné que par le sectarisme et le copinage en faisant notammentla promotion des pères et des mères, des fils et des cousins, souvent aussi des gendres et des copines et copains, au détriment des militants qui ont bataillé dans la galère jusqu’au sacre de 2011 qui leur révèlera la vraie nature de leurs responsables et de l’approche vengeresse de leur combat politique sur l’Histoire.

Ces nouveaux partis qui arrivent, sont le fait d’un malaise et de déceptions de militants qui ont compris qu’il ne leur reste plus qu’à prendre leur destin politique en main, en s’affirmant courageusement sur l’échiquier, se libérant d’un maternage politique qui a trahi, et pour renouveler le discours politique et dénoncer les maux qui minent notre démocratie et les vraies tares d’un système politique engendré par la conférence nationale qui n’a pas su conduire sur l’essentiel, s’attardant sur des règlements de compte inutiles, depuis que, pendant près de trois décennies, nous la pratiquons, inertes, englués dans l’éternel recommencement. Souvent pour avancer, il faut savoir ne pas regarder dans le rétroviseur de l’histoire pour purifier davantage un coeur qui veut avancer, qui veut faire avancer.

On comprend donc que la carte politique, va se défaire, chamboulant des schémas et repoussant des frontières pour recréer forcément de nouveaux espaces politiques qui pourraient amorcer utilement la gestation du renouvellement générationnel en rajeunissant notamment, sans que ce ne soit une exigence sociale et politique, de la classe politique qui n’a pas su se défaire de ses querelles de personnes pour ouvrir de vrais débats d’idées, programmatiques, afin de nous éviter ces pitreries de chamailleries totalement décalées de nos préoccupations, de nos urgences, de nos centre d’intérêt.

Tout l’échiquier est sur les startingblocks des prochains réaménagements, des prochaines recompositions pour une classe politique dont la majorité a compris que le pays va mal et qu’au lieu de suivre aveuglement, presque servilement, il y a à ouvrir enfin les yeux pour ne pas se couler avec un navire ivre qui tangue quand ses commandants à bord, ne peuvent avoir la lucidité de comprendre des cris qui déchirent le ciel d’un pays et l’humilité d’écouter des hommes qui ont de réelles raisons de se plaindre, notamment de leur bannissement dans la nation et dans la démocratie. Il y a à faire attention à nos extrémismes qui peuvent pousser à d’autres extrémismes dans la volonté et le désir de résistance pour s’affirmer et conquérir sa place dans la cité.

Demain, par le relèvement de la température dans le firmament politique, dans les turbulences des vents antagoniques qui s’affrontent, dans la certitude des gros nuages faits d’espérances qui s’entrechoquent dans la frénésie des agitations du ciel orageux, s’annoncent de grands chambardements, de terribles chocs qui provoqueront ces éclairs étincelants qui illumineront sur la terre éclatés des politiques, de nouveaux regroupements qui lamineront les espaces politiques mal gouvernés et qui vivent depuis peu, sous les vibrations des séismes qui les secouent. Il en est ainsi arrivé pour le PS en France de se disloquer, de disparaitre presque, ne laissant derrière une histoire pourtant glorieuse de ses vieux ténors, aujourd’hui par les mesquineries de ses héritiers incapables, que honte et humiliation pour laisser émerger dans la belle et grande France en mal de leadership, la « Macronie » tâtonnante, rattrapée par ses suffisances et ses fiertés dégommées par la réalité du pouvoir et l’ardeur des Gilets Jaunes qui en révèlent toute sa fragilité et toute sa déviance.

Peut-être, le même destin au Niger pour le parti de Bazoum très malaimé, quand on sait que les deux partis amis,ayant copiné à l’International socialiste, ont péché ensemble dans la gouvernance au Niger, l’un par ses impairs et sa gouvernance cahoteuse, l’autre par ses indulgences coupables qui ont développé inutilement un sentiment anti-français chez les Nigériens.

Demain, quand s’en ira Bazoum, à la conquête de ce qu’il croit être un bétail électoral mobilisable par les mêmes manipulations, il ne trouvera que des prairies désertées, l’électorat moutonnier ayant désormais mûri, pour comprendre enfin ce qu’il veut pour lui-même et pour le Niger. Demain, quand l’orage viendra…

ISAK

26 avril 2019
Source : Le Nouveau Républicain

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