Approbation de la convention de concession de l’activité de production de l’énergie électrique entre l’État du Niger et ISTISTHMAR WEST AFRICA : On liquide la NIGELEC pour installer ISTISTHMAR WEST AFRICA

 dDepuis l’adoption du code de l’électricité et de ses décrets d’application, du décret n°2016-514.PRN/ME/P du 16 septembre 2016, fixant les modalités de conclusion des conventions de délégation et d’attribution des licences dans le cadre du service public de l’énergie électrique et de la loi 2018-40 du 5 juin 2018 portant régime des contrats de partenariat public privé, des observateurs ont relevé, à l’époque déjà, que l’initiative de cette démarche s’inscrivait dans le cadre d’un projet diabolique. Il s’agissait, à défaut de privatiser la NIGELEC, de déblayer le terrain pour l’arrivée sur le marché nigérien, d’un fournisseur étranger, ami sans doute aux régents du régime en place. Ça y est ! Après deux ans de préparation psychologique des Nigériens, sur fond de coupures intempestives, de délestages et de facturations abusives, le gouvernement vient de passer à la vitesse supérieure. Sans tambours ni trompettes et en pleine crise d’énergie et de nerfs aussi, de populations entières en colère. De Niamey à Diffa, en passant par Zinder et Agadez, que de récriminations et de révoltes sourdes ! On en veut à la NIGELEC pour son incapacité présumée à faire face à la situation. Les insultes pleuvent, les responsables de la Nigérienne d’électricité sont voués aux gémonies et c’est à peine si l’on ne chante pas la mise à mort de la société, un des fleurons de l’économie nationale.

Sous la chaleur, sans autre possibilité que de subir les misères de cette vie sans électricité, avec tout ce que cela représente en termes d’effets dévastateurs sur l’économie, les Nigériens n’ont plus qu’une seule idée en tête : entrevoir une solution de rechange, d’où qu’elle vienne.

Pourtant, tout prouve que le responsable est ailleurs, au sommet de l’État. Et la motivation est sans doute scandaleuse. Dans son point de presse du …2019, le directeur général de la NIGELEC, Khalid Alassane a relevé un détail des plus importants. Il a indiqué que le groupe PC4 de Goudel est tombé en panne non réparable depuis le 26 novembre 2018. Cela fait donc plus de six mois que ce groupe est irrécupérable, sans qu’aucune mesure de rechange ait été prise. Pourtant, le début probable du ramadan, depuis de longs mois, est connu à l’avance pour le mois de mai. La situation de déficit chronique d’électricité durant la même période, chaude, encore plus. Pourquoi n’y a-t-on pas cherché, à temps, les solutions de rechange ? Au regard de l’enchaînement des faits, pour de nombreux Nigériens, la probabilité est forte que les choses aient été planifiées. De façon calculée et délibérée ! Sous la chaleur, sans autre possibilité que de subir les misères de cette vie sans électricité, avec tout ce que cela représente en termes d’effets dévastateurs sur l’économie, les Nigériens n’ont plus qu’une seule idée en tête : entrevoir une solution de rechange, d’où qu’elle vienne.

Ce décret sonne la liquidation programmée de la NIGELEC et la mise en concession privée de la souveraineté énergétique du Niger

Estimant sans doute que les esprits sont assez mûrs pour accepter l’intrusion d’un nouveau fournisseur d’électricité, privé, pour un contrôle exclusif, à terme, de la fourniture d’énergie électrique, le gouvernement a adopté, le vendredi 10 mai 2019, le projet de décret portant approbation de la convention de concession de l’activité du service public de production de l’énergie électrique entre l’État du Niger et ISTISTHMAR WEST AFRICA à travers un contrat de partenariat public privé (PPP). Un décret qui sonne la liquidation programmée de la NIGELEC et la mise en concession privée de la souveraineté énergétique du Niger. L’objet du projet porte sur le développement, le financement, la construction, l’installation, l’exploitation et la maintenance de deux centrales thermiques diesel au pétrole brut (Encore !), totalisant 76 mégawatts, dont une de 53 mégawatts à Goudel pour la zone du fleuve. Gorou Banda est-elle déjà OUT ? Ce décret est un aveu d’échec personnel pour le Président Issoufou. Mais il n’en a cure. Pour les besoins de la conférence de l’Union africaine qui lui tient plus à coeur que les conditions de vie des Nigériens, Mahamadou Iissoufou a fait commander deux groupes pour un coût de six milliards. Sans appel d’offres et sans aucun avis de l’Assemblée nationale. Khalid Alassane a informé à ce propos que de nouveaux groupes, d’une capacité totale de 16 mégawatts, ont été commandés auprès d’un prestataire franco-allemand. Ces groupes, a-t-il indiqué, seront acheminés par transport aérien, précisément par avion Antonov, loué pour la circonstance. Il faudra quatre rotations aériennes, dont la première est prévue pour le 16 mai prochain, pour faire venir le matériel à temps, avant la conférence de l’UA, prévue en début juillet prochain. Et pour accentuer le doute chez les Nigériens, Khalid souligne que « cela permettra d’espérer une puissance supplémentaire d’environ 20 mégawatts supplémentaires dans le réseau électrique ».

Ces groupes dont parle le directeur général de la NIGELEC n’ont rien à voir avec la convention signée avec ISTISTHMAR WEST AFRICA. La première affaire, celle que relate Khalid Alassane, vise à parer au plus pressé en garantissant l’électricité pour la conférence de l’UA. La seconde affaire est un projet à long terme qui consiste, selon les caractéristiques présentées en conseil des ministres, à introduire un fournisseur concurrent à la NIGELEC, et donc, à liquider à terme la nigérienne d’électricité pour fourguer aux Nigériens une société à capitaux étrangers. Ce projet est d’autant plus pernicieux qu’il suppose la cession d’une part de la souveraineté nationale à une société privée étrangère.

« À compter de ce jour, dans les conditions normales, nous considérons que la ville de Niamey est désormais à l’abri des coupures intempestives dont se plaignent tous les citoyens ».

Leur ras-le-bol et leurs ressentiments contre la NIGELEC, nombre de Nigériens l’ont étalé, notamment sur les réseaux sociaux, devenus manifestement leur premier espace d’expression et d’opinion,. La Nigérienne d’électricité manquerait de compétences pour gérer au mieux les difficultés inhérentes à ses capacités de production. La réalité, c’est qu’elle n’a jamais obtenu, à temps, les moyens de juguler les crises d’énergie de façon efficiente. Dans le meilleur des cas, la NIGELEC est un souffre-douleur pour le gouvernement qui exploite bien cette position de fusible de la nigérienne d’électricité. L’achat d’un nouveau groupe pour remplacer celui du PC4 de Goudel ne dépend pas de la NIGELEC, mais du gouvernement. Combien de fois, d’ailleurs le gouvernement de Brigi Rafini a promis que c’est la fin de ces problèmes d’énergie et que les Nigériens constatent, après, qu’il ne s‘agit que de bluff. En avril 2012 déjà, le chef du gouvernement nigérien, en visite à la centrale électrique de Goudel, a déclaré ceci : « À compter de ce jour, dans les conditions normales, nous considérons que la ville de Niamey est désormais à l’abri des coupures intempestives dont se plaignent tous les citoyens ». C’était à l’occasion de la mise en service de la centrale de location AGGREKO, d’une puissance additionnelle, a-t-on dit aux Nigériens, de 20 MW. Au total, a-t-on indiqué, c’est 48 mégawatts qui seront désormais produits à Goudel. Sept ans plus tard, les Nigériens semblent au point zéro. Pourtant, Brigi Rafini a même poussé le zèle pour préciser qu’il constate que l’offre est supérieure à la demande avec 116% de possibilité de couvrir la demande ». À l’occasion, et sans doute pour frimer, le Premier ministre a informé que la phase II de Kandadji aura lieu d’ici à cinq ans, soit en 2017. « Il y a aussi Salkadamna qui va être mise en production », a ajouté Brigi Rafini. Des déclarations tapageuses qui ont plutôt l’air d’être des voeux pieux.

Ce discours sera sans gêne, est continuellement répété par les autorités nigériennes, telle une ritournelle. D’actions efficientes, point ! Après l’échec de tout ce que Brigi Rafini a présenté comme étant la solution à plus ou moins brève échéance du problème des coupures d’électricité, c’est Mahamadou Issoufou qui embouche la même trompette avec, cette fois-ci, Gorou Banda qui, a-t-il indiqué, produira 100 mégawatts d’électricité. Ce qui est largement au dessus des besoins de la capitale et de ses environs, estimés à 70 ET 90 mégawatts à l’époque. Le 2 avril 2017, en procédant à l’inauguration de Gorou Banda, le Président Issoufou a déclaré que « c’est un pas important vers la couverture des besoins en énergie, audelà de Niamey, de l’ensemble du Niger ». Et la ritournelle continua. Pour le plus grand malheur des Nigériens.

Gorou Banda a coûté, de source officielle, plus de 75 milliards de francs CFA sans avoir apporté le moindre changement dans la fourniture d’électricité. Et c’était un projet directement piloté par le Président Issoufou et non par la NIGELEC.

Outre que l’intrusion de ce tout premier fournisseur privé étranger est synonyme d’une liquidation programmée de la NIGELEC, une société à capitaux nationaux, le projet a de Doudou Amadou quoi inquiéter à plus d’un titre. Gorou Banda a coûté, de source officielle, plus de 75 milliards de francs CFA sans avoir apporté le moindre changement dans la fourniture d’électricité. C’était un projet directement piloté par le Président Issoufou et non par la NIGELEC. Un vrai désastre financier et écologique ! Et l’on n’a pas fini de regretter Gorou Banda que certains appellent par dérision « Gorou banza » pour dire que la centrale n’a servi pratiquement à rien, que l’on nous balance cette relique du même désastre. Si le gouvernement, en si peu de temps, veut substituer une nouvelle installation à Gorou Banda, c’est qu’il est conscient que la centrale thermique acquise à si grands frais et à propos de laquelle le Président Issoufou a fait tant de boucan, n’a effectivement servi à rien. Plus de 75 milliards partis en fumée ? Inaugurée en grandes pompes, en avril 2017, la centrale thermique de Gorou Banda n’a pas fait deux années pleines de service. Et de fait, que sont devenus les 100 mégawatts du Président Issoufou ?

Doudou Amadou

26 mai 2019
Publié le 13 mai 2019
Source : Le Canard en Furie

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