Conférence régionale Lumana d’Accra : Sur quoi se fonde Hama Amadou pour annoncer son retour prochain en grandes pompes ?

Conférence régionale Lumana d’Accra : Sur quoi se fonde Hama Amadou pour annoncer son retour prochain en grandes pompes ? Alors que le débat sur l’article 147 bat son plein, Accra, la capitale du Ghana, a vibré sous les couleurs du Moden Fa Lumana Africa qui a tenu, le dimanche 12 mai 2019, sa conférence régionale. Une occasion grandiose que le président du parti, Hama Amadou, a saisie pour taper un grand coup médiatique. Présent à cette grande messe du parti du cheval ailé, celui que Mahamadou Issoufou a dû emprisonner pour aller seul au second tour de l’élection présidentielle de 2016, est apparu plein de vitalité, serein et confiant quant à l’issue des prochaines élections au Niger. Le code électoral et l’article 8 avec lequel le régime compte le bloquer ? Il ne s’en soucie guère. Tout comme ses partisans, réunis à Accra, Hama Amadou croit dur comme fer, que 2021, c’est son heure. Il a donc sonné la mobilisation, l’unité et l’esprit d’équipe, seul gage pour faire barrage à ceux qui ont confisqué la démocratie afin de faire main basse sur les ressources publiques. Le chef de file de l’opposition n’a pas non plus tergiversé pour déclarer que le Pnds Tarayya est le noeud de tous les problèmes que vit le Niger aujourd’hui. Dans une ferveur unanime, la promesse faite à Accra est que les militants du Moden Fa Lumana Africa doivent se lever, comme un seul homme, pour faire triompher la démocratie et l’unité nationale, mises à rude épreuve. C’est dire que Lumana se prépare à faire face aux épreuves à venir.

Le Président Issoufou se serait plaint auprès de son homologue ghanéen de la présence, en grandes pompes, de son opposant détesté.

Fait curieux, alors que la conférence d’Accra avait cours, l’on a noté, à Niamey, la présence du ministre de la Sécurité nationale du Ghana à Niamey ? Reçu par Mahamadou Iissoufou, le ministre ghanéen a déclaré qu’il est porteur d’un message du président ghanéen à son homologue nigérien. S’il a dit avoir évoqué avec le Président Issoufou la question de la zone de libre échange (ZLECAF), la mention paraît toutefois ridicule. Il ne s’agit pas du ministre des Finances ghanéen, mais bien du ministre de l’Intérieur. La concordance qu’il soit chez Issoufou au moment où Hama Amadou, que l’on dit terré quelque part, refait surface à Accra, est trop forte pour ne pas susciter des suppositions. Niamey bruit donc de fortes rumeurs indiquant que le Président Issoufou se serait plaint auprès de son homologue ghanéen de la présence, en grandes pompes, de son opposant détesté. Ce qui a conduit Nana Akufo-Addo à lui envoyer un message pour le rassurer sur sa neutralité dans le jeu politique nigérien. Ce ne serait pas d’ailleurs la première fois que Niamey entreprend des démarches tendant à compliquer au maximum les conditions de l’exil forcé du chef de file de l’opposition nigérienne. Au Bénin où il se rend régulièrement, Hama Amadou aurait fait l’objet d’un vil marchandage. Selon les confidences d’un député béninois, Niamey aurait proposé à Cotonou de lui refuser le séjour. En échange, le pipeline qu’envisage de construire Niamey passerait par le Bénin. Une proposition indécente qu’aurait poliment déclinée le Président Patrice Talon.

Le Niger se dirige sans aucun doute vers les échéances électorales les plus problématiques de son histoire.

Le retour sur la scène politique du chef de file de l’opposition nigérienne préfigure un avenir des plus tumultueux à Niamey. On risque fort de retourner à la case départ. Sauf que, cette fois-ci, il faut faire attention aux tendances systématiques à la répression. Or, le pouvoir de Niamey est si usé par les sales affaires, notamment les détournements massifs des deniers publics au plan interne et le trafic de drogue au plan international, qu’il ne voit pas d’autre moyen de contenir ce vaste mouvement de contestation et de rejet qui va sans doute au-delà d’un parti politique. Avec ce débat à propos de l’article 47 qui fait rage sur les madias traditionnels, les réseaux sociaux et les fadas, avec en toile de fond l’incertitude de l’afenda électoral, le Niger se dirige sans aucun doute vers les échéances électorales les plus problématiques de son histoire. « Il y a trop de problèmes en même temps », comme dirait l’autre.

Doudou Amadou

 26 mai 2019
Publié le 13 mai
Source : Le Monde d’Aujourd’hui

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