Insécurité : la colère des Nigériens contre les terroristes, le gouvernement de Brigi Rafini et les bases militaires étrangères

Insécurité : la colère des Nigériens contre les terroristes, le gouvernement de Brigi Rafini et les bases militaires étrangèresAprès l’horreur du quartier aéroport avec près de la soixantaine de morts, sinon plus, à l’issue de l’explosion d’un camion-citerne, voilà, pendant qu’on ne s’était même pas remis de ce drame et de ce deuil qu’un autre survient, comme si le pays devait payer le prix du parjure d’autorités qui semblent souvent avoir oublié la portée de leur serment pour se rabaisser à gouverner dans le mal et souvent dans la terreur : partout des feux et du sang !

Les autorités nigériennes, comme pour justifier qu’elles n’avaient pas eu tort d’inviter les forces étrangères impériales à s’installer dans le pays – se reprochant avec le recul sans doute la manière – crient à tue-tête que malgré le fait que le Niger soit entouré par de multiples foyers de tension, il reste un havre de paix, un îlot de bonheur que le monde envierait. Bah !

Il y a deux semaines, sur France 24, un spécialiste de ces questions au Sahel, comme commandé pour faire de la publicité au régime éreinté par les affres de l’étau de la guerre, faisait imprudemment la même analyse, trahissant sa science, pour dire, que le Niger serait le pays qui se serait le mieux défendu face au terrorisme contrairement au Burkina, le Tchad et le Mali qui n’auraient pas pu faire face au mal pour l’endiguer. Au Niger, cette analyse, somme toute farfelue, ne passe pas. Faut-il, parce qu’on n’avait pas été frappé dans la capitale, croire que le Niger résiste mieux à la menace terroriste ? Pourtant, cela fait bien longtemps que les spécialistes du terrorisme déploraient que le Niger soit le maillon faible de la sousrégion dans la lutte globale contre le terrorisme. Comment croire d’ailleurs à cette analyse on ne peut plus subjective qui prétend que le Tchad dont on a si souvent sollicité les compétences dans la lutte antiterroriste, donnant à l’occasion les preuves que ses soldats sont mieux aguerris, sont moins performants que le Niger ? Issoufou lui-même n’était-il pas parti précipitamment, au plus fort de la menace Boko Haram, pour solliciter l’aide d’Idrissa Deby Itno le Grand frère, pour faire face aux incursions sanglantes de ces barbares, humiliant encore les Nigériens qui avaient une réelle confiance en leur armée mais qui pour une fois, devraient être obligés de se contenter du secours d’un autre, après l’installation tout azimut de forces étrangères dans le pays et dont on s’interroge autant de l’opportunité que des clauses jamais révélées au peuple de ces liaisons militaires dangereuses, en tout cas inquiétantes et obscures. Ces précautions multiples de la Renaissance n’ont hélas pas permis de nous mettre à l’abri des attaques incessantes des terroristes qui ne passent pas une semaine sans qu’on ne parle d’eux, harcelant et étendant leur pouvoir de nuisance.

Harcèlement

Depuis des jours, les attaques sont devenues récurrentes et violentes. La semaine dernière, presque simultanément, trois attaques ont été perpétrées dans le pays, à Koutoukalé, à quelques dizaines de kilomètre de Niamey la capitale, à Mangaïzé dans le département de Ouallam et à Dolbel, dans le département de Téra. Les trois attaques ont concerné la région de Tillabéri devenue une cible constante des terroristes qui écument le Burkina, le Mali et le Niger. On peut observer que c‘est pour la deuxième fois que la prison de Haute sécurité de Koutoukalé est attaquée par des «individus non identifiés», et pire, alors qu’on est si proche de Niamey avec tout l’armada qui est disponible et les forces étrangères dont certaines campent au niveau de l’aéroport et d’autres sont disséminées à travers le territoire national, sans que jamais, l’on ne puisse rattraper les assaillants, nous rassurant seulement par des interventions d’officiels, qui prétendent qu’une poursuite est engagée et que «le ratissage se poursuit». Le lendemain de ces attaques, on apprend que des militaires nigériens, ceux-là même qui étaient aux trousses des assaillants, sont tombés dans une embuscade : le bilan est lourd et terrifiant. 28 braves soldats sont tombés sur le champ d’honneur, sous le terrible soleil de mai, allongeant ainsi la longue liste des victimes du terrorisme dans le pays. Depuis des jours, l’on pleure ces «enfants» de la nation qui se sont sacrifiés pour la patrie. C’était le crime de trop, car comme dirait Bonkano Farey Ma Zobou, «demblement», 28 éléments des FDS sont morts, arrachés à leur jeunesse, aux leurs projets, à la nation, à l’affection de leurs familles. Qui pouvait tenir la comptabilité de tous ces hommes, braves soldats de leur pays, victimes du terrorisme, très peu honorés ? Nous avons payé un lourd tribut au terrorisme ! La recrudescence des attaques et de la violence dans la région de Tillabéri, où après Koutoukalé si proche de Niamey, Mangaïzé, Dolbel, Tongo-Tongo, ce fut le tour de Yatakala d’être attaqué, se soldant par l’enlèvement d’un véhicule. Et depuis ça fait grand bruit dans le pays, les Nigériens se posent mille et une questions, indignés et tristes de remarquer que la Renaissance et ses alliés occidentaux ne sont pas à mesure d’assurer leur sécurité. Ils sont d’autant plus inquiets que la situation ne fait que s’empirer, couvrant davantage de départements dans la région où il n’y a plus que Kollo et Filingué à ne pas être touchés.

Vives réprobations…

Les Nigériens, dans leur ensemble, sont écoeurés, profondément dépités par ce qui arrive à leur pays depuis des jours. Comment se peut-il qu’on attaque à motos et que des assaillants si audacieux, opérant à proximité de Niamey, en plein jour, puissent repartir presque tranquillement après leur forfait, sans qu’on ne puisse les rattraper ? Et à dire, répétons-le, que certains étaient à moto ! Comment peut-on comprendre que des moyens aériens et des drones ne puissent pas être mis à contribution, pour repérer des malfaiteurs enfouis dans les buissons ? Et on enterre par paquets de jeunes soldats, sans que la République au nom de laquelle ils se sacrifiaient ne puisse leur rendre véritablement hommage à la hauteur de leur témérité. Il s’agit de garçons jeunes, souvent recrutés en 2017 seulement, pendant que le jeune officier qui les conduisait, lui-même ne devrait pas être plus âgé, n’ayant que la trentaine, portant le projet de convoler près prochainement en justes noces.

Quand on considère l’âge de ces soldats, l’on ne peut qu’avoir quelques frayeurs pour se demander où sont les «séniors» ? Sontils rangés pour quelques précautions inavouables ?

Les Nigériens sont d’autant plus dégoûtés par ces revers qui ne s’expliquent pas quand on leur apprend qu’« […] ils sont tombés dans un traquenard tendu par une centaine d’assaillants montés sur une vingtaine de motos et dans cinq (05) véhicules 4x4. Les soldats loyalistes patrouillaient près du village de Baley Béri, lorsqu’un de leurs véhicules sauta sur une mine. La violente explosion et les tirs nourris des assaillants n’ont laissé aucune chance aux soldats qui tentaient de secourir les victimes de la mine. Malgré le risque de tomber dans de nouvelles embuscades, les premiers renforts terrestres sont arrivés sur le site à la tombée de la nuit. Les recherches engagées ont permis de retrouver trois véhicules appartenant à l’armée nationale». De quoi se reproche le gouvernement pour enterrer rapidement, et en catimini, ainsi que le décrivent les familles endeuillées qui se plaignent de n’avoir même pas été informées officiellement, apprenant la nouvelle comme tout le monde sur les réseaux sociaux ou par quelques connaissances. Ne voit-on pas comment, ailleurs comme en France, la République rend hommage à ses braves fils qui tombent sur le champ d’honneur ?

Et les criminels étaient à moto nous dit-on ? Et comment se peut-il qu’une colonne d’une vingtaine de motos ne soit pas repérée par les nombreux drones dont se flattent les Etats-Unis et la France qui en abritent chez nous ? Il n’est que très irresponsable et imprudent de sous-traiter sa sécurité en la confiant à des forces étrangères, en la mettant en les mains de marchands d’armes qui trouvent ainsi le moyen de justifier et d’imposer des dépenses militaires et de trouver de potentiels clients à l’industrie de l’armement qui ne peut prospérer en temps de paix. Depuis que les Renaissants ont avoué leur incapacité à assurer notre sécurité, en prétendant que sans les forces étrangères, notre armée serait «sourde et aveugle», ne pouvant donc pas de ce fait faire confiance à nos soldats et faire confiance à leur gouvernance militaire, alors l’on ne peut que s’attendre à de telles déboires qui nous briment et nous humilient. Est-ce vraiment une réussite, ça ? De quoi peut se glorifier et se vanter le régime qui ne cesse de raconter qu’il aurait réussi à faire du Niger, au milieu des vagues furieuses d’un océan agité, un courant tranquille qui coulent doucereusement et mystérieusement au milieu des torrents furieux ? Non, le Niger est loin d’être un havre de paix. On ne le dira pas à ces populations de Diffa et de Tillabéri qui vivent l’horreur de la guerre. Le gouvernement luimême semble s’être lassé d’avoir décrété des journées nationales de deuil, au point où gêné par tant de fiasco, par ses laxismes, nos morts n’ont plus l’hommage auquel ils ont droit légitimement. Les derniers événements de Tongo-Tongo étaient la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. On n’en peut plus de compter, sans que ça ne finisse, des morts alors même, que vaniteusement, les Rambo roses nous promettait que le Niger sera le tombeau de Boko Haram.

Les explications à l’emporte-pièce du ministre de la défense

Le gouvernement semble avoir entendu, peut-être même semble s’effrayer de l’ire de familles endeuillées et des colères qui grondent dans la société relativement à la situation sécuritaire. Enfin, on le voit qui communique – même en le faisant mal, très mal même – pour expliquer ce qui est arrivé. C’est d’abord une lettre de la soeur aînée du jeune officier supérieur adressée au président de la République et à la hiérarchie militaire qui avait circulé sur la toile, relayée par les réseaux sociaux. Elle exprimait l’indignation d’une soeur qui ne peut comprendre les légèretés avec lesquelles, le gouvernement a traité l’information. Si l’on peut être tenté de cacher l’information aux Nigériens, serait-il possible de la cacher à des familles touchées par le sinistre ? Alors même que l’autre cas, celui du jeune officier pilote, Tchambiano, reste encore frais dans les mémoires, comment pouvait-on tolérer cet autre laxisme ? Et partout, compatissant au malheur ressenti par des familles, des Nigériens exprimaient leur indignation et leur solidarité dans l’épreuve que vivent des familles et toute l’armée. Le ministre de la Défense a parlé. Pour certains, il aurait pu se dispenser de cette sortie car au lieu qu’elle calme des douleurs, elles les a plutôt ravivées. Comment peut-on dire que l’on savait que des attaques étaient imminentes et qu’on ne sache préparer la réponse appropriée, se laissant prendre au piège. Nous devons vraiment nous inquiéter pour notre sécurité. Pourquoi, le sachant, depuis Niamey, l’on n’avait pas organisé la riposte pour traquer l’ennemi, en le prenant en sandwich, lorsque la patrouille alertée, aidée par une couverture aérienne, barre la route aux assaillants pour leur empêcher de regagner leur tanière ? Le ministre, veut-il dire qu’ils savent que cela allait arriver mais qu’ils n’avaient pu rien faire ? C’est scandaleux.

Il est tout simplement impossible de comprendre ce ministre dans sa communication laborieuse. Est-il venu pour convaincre ou pour étaler leur impuissance face à la menace sécuritaire ? Il n’a rien dit qui puisse laisser croire qu’on peut encore espérer avec eux le meilleur pour le Niger. Le problème semble les dépasser, presque au bout de leur intelligence. Ainsi, l’Etat d’urgence aura montré ses limites, et la sécurité doit retourner aux mains de ceux qui en ont la science : les militaires ! Manquant de courage pour ses idées, le ministre ne peut avoir que trop de confusion dans ses paroles, notamment lorsqu’il dit que personne ne peut «leur faire changer leur mode de vie», lorsqu’il ne peut définir ce «personne». De qui parle-t-il ? Peut-il avoir le courage d’accuser ceux à qui il fait allusion, sans aller au bout de sa logique ? Qui cherche à leur arracher le pouvoir et qu’il ne saurait dire plus explicitement pour permettre à ceux qui l’écoutent d’apprécier la pertinence de ses jugements ? Le Ministre n’a pas le courage de tout dire. Mais on aura compris que des peurs s’installent dans le pouvoir et le régime commence à se fragiliser, atteignant des seuils de vulnérabilité inquiétants pour les régnants.

Le coeur déchiré d’une soeur…

Comment lire et comprendre cette introduction d’une missive écrite avec l’encre des larmes d’une soeur qui rumine des douleurs : «Les gens qui vont mourir vous saluent ! Les parents de ceux qui sont morts vous saluent aussi ! Nous saluons par la même occasion le ministre de l’intérieur, le chef d’état-major, tous ces généraux, et officiers supérieurs que Hassane Djibrilla estimait, et qui n’ont même pas envoyé un sms officiel à sa famille pour annoncer sa mort !». Et on se demande à quoi bon faire carrière dans l’armée lorsqu’on ne peut être traité qu’avec si peu de considération ? Du reste, c’est ce sentiment que donne cette lettre que de millions de Nigériens ont lu, souvent les larmes aux yeux. La rancoeur est forte qu’elle ne sent aucune compassion de la part des décideurs dans l’épreuve que leurs familles traversent. Ainsi dira-t-elle, «Nous pleurons Hassane Djibrilla, toute la toile le pleure, mais pas vous». Elle est hors d’elle-même : «En dépit du flou total sur les circonstances de sa mort, voilà que vous l’enterriez en catimini. Nous n’avions reçu aucune information, vous l’aviez enterré sans rien nous dire, même pas un SMS, pour qu’on lui fasse une Fatiha». C’est pathétique. Est-ce ainsi que la Renaissance croit réussir la sécurité du pays ? Peut-être, ne croitelle plus ni à la foi ni à l’humanité de ces gouvernants, car pour elle, l’on peut croire que les terroristes pourraient être plus humains même dans leur cruauté pour avoir quelque piété pour les leurs : «Peut-être, dira-t-elle, que les terroristes traitent mieux leurs morts». Mais le frère est parti, à la fleur de l’âge, désormais entre les mains des anges, avec ses compagnons d’infortune. Ils sont partis à jamais. Mais elle râle, rouspète pour prévenir d’autres cas similaires, afin qu’il n’y ait «plus jamais de Hassane Djibrilla».

Madouguize  

27 mai 2019
Source : Le Canard en Furie

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