Elections de 2021 CENI : Jusqu’où ira-t-elle dans son aventure solitaire ?

 Elections de 2021 CENI : Jusqu’où ira-t-elle dans son aventure solitaire ?Depuis les dernières élections de 2016, la situation politique ne va que de mal en pis. Le fossé ne fait alors que se creuser entre les différents protagonistes de la crise politique. Rien ne présage du bien dans les relations entre opposition et majorité d’une part, et à l’intérieur même de la mouvance avec des partis politiques qui ne peuvent accorder leur violon lorsque l’allié principal, rêvant d’assoir son hégémonie, voudrait pousser ses partenaires domptés à ne nourrir aucune ambition présidentielle pour lui laisser libre, l’autoroute devant lui permettre de conserver le pouvoir et de continuer à régenter un pays qui, déçu de sa gestion, aspire à un changement radical. Nos hommes politiques ne se parlent plus, ʺils se sont faits le coeurʺ les uns cintre les autres. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Les résultats contestés des élections de 2016 et la procédure controversée qui a permis d’y arriver, ne peuvent qu’alourdir un climat politique déjà délétère. Les relations orageuses entre les blocs politiques ne se sont pas assoupies. Le gouvernement de Brigi- Rafini n’ayant jamais fait montre de bonne disposition à avoir un dialogue sincère avec ses partenaires politiques. Le CNDP (Conseil National de Dialogue Politique) qui devrait permettre, par la concertation et la recherche du consensus minimal, d’aplanir les divergences autour de questions nationales était en panne depuis de longues années. On aura compris que les gouvernants ne veulent pas de transparence dans les jeux politiques autant que dans la gestion économique du pays, et à cette fin, il leur fallait à tout prix créer les conditions de frustration qui ne peuvent exhorter les partis de l’opposition à participer au processus. Mais si l’on peut comprendre cette attitude du PNDS qui ne se fait plus confiance pour aller dans un jeu électoral transparent et juste, l’on ne peut qu’être étonné de voir des partenaires, soutenir un processus. biaisé et une politique faite de harcèlements, visant opposants, journalistes mal-pensants et acteurs de la société civile. Comment en effet comprendre l’attitude sournoise de l’Union Européenne, de la France, des USA, de l’USAID, du NDI, du PNUD qui ne peuvent piper mot quand le régime, pour oser des opinions qui dérangent, s’en prend à des adversaires, des Nigériens persécutés, jetés en prison selon la volonté du prince ? Est-il par exemple acceptable, que le régime garde pendant plus deux ans, des opposants qu’il accuse de mauvaise gestion alors même qu’une enquête diligentée par la gendarmerie les innocentait et que des partenaires dont les fonds étaient en question, avaient salué leur gestion – et des témoignages qui leur sont délivrés font foi ? Pourquoi donc ces partenaires du pays, continuent-ils à se taire, ne pouvant dénoncer ces pratiques moyenâgeuses à l’antipode des valeurs que la démocratie poursuit et promeut ? Comment encore comprendre que pendant que l’UIP, dénonce toute la procédure qui a permis à des adversaires de condamner Hama Amadou, après l’avoir, par les mêmes brutalités qui jurent d’avec les normes, déchu de son perchoir puis de son statut de député auquel des électeurs nigériens lui ont donné droit, les mêmes partenaires continuent à garder silence, ne pouvant obliger un régime à rester en phase avec les principes démocratiques et de l’Etat de droit ?Comment comprendre que le régime ait ces méchancetés contre des hommes et des femmes dont le tort est d’avoir seulement exprimé des opinions, alors même qu’il ne peut traquer des hommes de son système, connus pour être des trafiquants notoires de drogue ? Ce sont pourtant les mêmes que l’on peut entendre ces derniers jours, s’indignant des violences qui marquent la contestation au Soudan. Quelle brutalité, n’avait-on pas subi dans le pays et notamment sous le premier mandat des camarades nigériens, où desconcitoyens, par vagues, sont souvent jetés en prison, séquestrés, embastillés. Et l’Europe donneuse de leçons, ne pouvait rien dire et ce jusqu’à ce que la situation aille de déconfiture en déconfiture. Comment comprendre, alors que les partenaires avaient misé sur la démocratie à la base, accompagnant dans le processus de décentralisation et de communalisation, ceux-ci ne peuvent plaindre les graves reculs que le régime fait accuser à notre démocratie lorsqu’il se sert de subterfuges pour s’y dérober, arguant qu’il aurait perdu le fichier électoral qu’il accuse en plus d’anomalies monstrueuses, pour s’y soustraire et reporter sine die les élections locales et ce quand même c’est cet fichier qu’il incrimine qui avait servi à élire un président et installer une assemblée dont on sait qu’elle est très loin de refléter la configuration politique de l’échiquier. On peut d’ailleurs se rappeler que beaucoup d’alliés du système, avant de se ranger, avaient ouvertement et sur les médias, décrié ces élections bancales qui seraient pour certainnombre d’entre eux, les pires de notre histoire démocratique. Et l’on laisse faire et la situation se dégrade de jour en jour. Silencieusement. Sous le nez et la barbe des partenaires.

Depuis des mois, le régime s’active à impulser un certain rythme au processus devant conduire aux élections générales de 2021. Il a pour cela refusé de créer un cadre pour une large concertation entre les différents acteurs impliqués dans le processus, élaborant sa loi électorale à sa seule convenance pour y exclure par ses précautions, des acteurs qu’il redoute, maintenant une cour constitutionnelle dont les connivences avec le système sont connues et dont la coloration de bien de ses acteurs ne peut rassurer même des alliés politiques, et installant une CENI monocolore que tous s’accordent à dire qu’elle est en mission commandée pour réaliser le dessein funeste que poursuit le PNDS, toute chose pour laquelle, le parti d’Ibrahim Yacoubou disait déjà que les résultats de 2021, sont connus d’avance s’il faut aller à ces élections avec l’actuelle CENI et la loi électorale taillée sur mesure qui divise la classe politique.

Le PNDS, accompagné de ses obligés qui n’ont pas souvent le coeur à l’ouvrage, disons suivi de toute cette horde de castrés politiques à qui l’on dénie toute ambition politique, est finalement seul dans le processus, la conduisant à ses goûts pour en faire des élections sans enjeu et qui, pour cela, ne devraient pas inciter des partenaires à avoir de l’intérêt pour de telles élections poury investir utilement leurs fonds.

Mais face à l’évidence des obstacles réels pour la tenue d’élections inclusives et justes, le régime, sous la houlette de son ministre de l’intérieur, candidat annoncé du pouvoir, décidé à se faire élire sans coup férir, ne peut lâcher du lest, décidé à avoir les élections tronquées qu’il sait être les seules par lesquelles il peut espérer gagner, disons, par lesquelles il peut espérer forcer une victoire. Or, qui ne sait pas que des élections, pour éviter des turbulences, doivent requérir un minimum de consensus afin d’éviter des tensions inutiles porteuses de discordes et de problèmes divers dont on ne peut prédire les retentissements. On apprend par-ci que des millions d’actes d’Etat civil sont produits, par-là que l’élaboration du fichier biométrique, toujours en dehors de tout consensus, est en marche, mais sans qu’on ne voit rien de concret se réaliser si ce n’est de nous apprendre que le QG vit de grandes agitations, occupé nous diton, à commencer le travail. Au même moment, les partenaires du Niger dans les processus électoraux, même si certains hésitent à donner leurs fonds pour des élections que rien ne peut aujourd’hui crédibiliser, regardent, passifs, le déroulement du processus qui exclut bien d’acteurs, ne pouvant dénoncer l’iniquité dans laquelle, les prochaines élections, explosives à tout point de vue, sont en train de s’envisager. Est-ce vraiment responsable de leur part de laisser faire, jusqu’au pire ?

Maître Souna et ses compagnons, peuvent-ils continuer à forcer leur mission quand ils ne peuvent avoir le soutien de tout un peuple, pour rester comptables des déchirements auxquels, leur entêtement pourrait conduire le pays ?

Il n’est pas tard pour bien faire. Et le travail qu’il y a devant la commission électorale, faut-il le reconnaitre, est redoutable et périlleuse s’il devrait se faire avec cette CENI controversée et ainsi être bâclé pour faire plaisir à un clan qui est incapable de faire de la vraie démocratie. Pourquoi vouloir faire perdre du temps et de l’argent aux Nigériens, quand on sait que des élections ne s’organisent que pour mettre en compétition des projets et des hommes qui s’affrontent dans le fair-play, sans ostracisme. Déjà nous avons le mauvais souvenir du CFEB qui avait travaillé à élaborer un fichier biométrique, sans jamais le pouvoir, mais consommant de gros sous pour le travail qu’il ne réalisait pas. Devait-on encore engraisser d’autres qui viennent pour faire croire qu’ils peuvent, dans l’incertitude, réussir le même job ?

La CENI actuelle, ne peut donc pas organiser des élections justes et ceux qui s’y sont engagés, alimentairement ou politiquement, doivent comprendre, que face à l’histoire, ils pourraient répondre de leur engagement qui ne tient nullement compte ni des intérêts du pays, ni de la vitalité d’une démocratie qu’un système qui les utilise est décidée à caporaliser. De grands doutes planent sur le processus : pour trouver un consensus inévitable, pour élaborer un fichier crédible. Et la montre joue contre le système.

ISAK. 
07 juin 2019
Source :  Le Nouveau Républicain

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