Jamhuriya : L’errance des Fama

 Jamhuriya : L’errance des FamaAu Niger, tout est à l’envers. Plus aucune valeur n’est en place. Les socialistes ont tout chamboulé. Les hommes politiques, comme les syndicalistes, souvent même comme certains leaders religieux et coutumiers, dépositaires de valeurs ancestrales, dans l’aliénation qu’ils ont subies, ne peuvent incarner aucune valeur, ne peuvent désormais promouvoir que des contre-valeurs qui témoignent aujourd’hui de la profonde crise morale de notre société. Plus qu’un autre, pour parvenir et faire fortune, les acteurs politiques, sont capables de toutes les compromissions, de toutes les prostitutions, marchant dans l’indignité pour accéder à quelques faveurs, souvent hélas, éphémères. Le PNDS s’était alors servi de ces fragilités de nos hommes qui n’ont aucune conviction dans ce qu’ils font, pour les débaucher et aliéner leur conscience : ceux qui ont peur sont mis à genoux, les ventres mous sont devenus des mendiants politiques, les cupides sont devenus des louangeurs de service. L’échiquier déborde de ces Fama, hommes politiques de paille, de pacotille aussi, qui se sont compromis, au point de ne plus être capables, de tenir un discours devant les Nigériens, parce qu’ils ont fait le choix de galvauder leur réputation pour assurer leur pitance, n’ayant que faire de leur propre honneur. Faut-il vraiment croire que l’on ne fait de la politique que pour faire fortune ? Faut-il croire qu’on ne peut plus faire de la politique au nom d’idées, de convictions moralement et politiquement défendables, de valeurs, d’un idéal qu’on porte pour les hommes afin d’améliorer leur environnement de vie ? Au Niger, il n’est que triste de voir et de comprendre que l’on va à la politique, comme on va en exode ou comme l’on ouvre boutique, dans l’espoir qu’un jour la fortune soit au rendez-vous pour délivrer de la misère matérielle, mais tant pis si celle-ci devrait être morale. Comment d’ailleurs ne pas être ulcéré et sidéré d’entendre, chez certains de nos hommes – ils sont nombreux – qu’on ne fait de la politique que pour soi et qu’il n’est que « bête » - excusez-nous du peu lecteur – de vouloir poursuivre un idéal, de croire qu’on peut se battre pour changer les choses, et peut-être même pour changer les hommes. Pour ceux-là qui n’ont que cette conception étriquée de la politique, pourquoi et comment peut-on résister à un pouvoir ? Ainsi estiment-ils,dans leur vision alimentaire de l’engagement politique, qu’il faut se soumettre à un pouvoir, afin d’avoir, par ses faveurs, à grappiller quelques subsides. C’est sans doute malheureux. Mandela, aura-t-il eu tort de se battre jusqu’au bout, purgeant plus de vingt ans de prison, sans que jamais, cela n’émousseson ardeur combattante ? La grandeur dont l’auréole l’Histoire, n’est-elle pas le fait de sa constance dans la lutte, de ses intransigeances assumées, et à la croyance aveugle qu’il avait dans ses choix politiques qui lui avaient fait croire que les inégalités raciales, l’apartheid en l’occurrence, était à proscrire dans une civilisation, dans le monde ? Pourquoi donc, les nôtres ne peuvent plus faire de la politique dans la dignité et dans l’honneur pour laisser à une génération, le bon exemple d’hommes qui donnent de la fierté aux leurs ? Sankara, n’avait-il pas choisi, de mourir, refusant de fuir son destin, pour vivre digne ? Si aujourd’hui encore, sa mémoire reste intarissable, c’est sans doute parce que notre monde lui doit ce souvenir, ce bon souvenir d’un fils digne du continent, qui a, comme il l’avait pu, essayer de montrer une voie à l’Afrique et surtout à sa jeunesse en perte de repères. Et les Nigériens, ne peuvent jamais oublier SeyniKountché dont toute la vie est vouée au mieux-être des Nigériens pour lequel, il a consacré son action, pour manquer même de temps pour une famille et pour des loisirs. Peut-on aimer plus son peuple ?

Pourquoi donc les nôtres, depuis l’avènement de la démocratie et surtout depuis l’avènement de la Renaissance, sont incapables de cette sublimation, pour rester toujours dans les égouts, cherchant là à manger, dans le déshonneur et l’humiliation, par le mensonge et le vol ?

Au MPR Jamhuriya, des Famas sont nés à la suite des dernières pluies politiques sur notre échiquier. Dans la déchirure du MNSD, ils étaient nombreux, non par conviction, à partir avec Albadé Abouba, sans croire aux raisons de ses divergences avec Seini Oumarou qui ne pouvait s’assumer : ces calculateurs et chercheurs d’or qui marchaient dans l’ombre d’Albadé qui leur avait pourtant tout donné, avaient besoin de manger. L’on savait que nombre d’entre eux, ne s’aimaient pas nécessairement. Mais les calculs qu’ils avaient, pouvaient les permettre de taire leurs divergences, jusqu’à ce que chacun trouve une position de confort dans le système, un autre dira, un poste juteux au nom duquel, peut-on le soupçonner chez lui, l’on peut brader sa conscience. Le ventre commandait l’esprit. Et tant pis.

Jamhuriya, un parti à redresser…

Le parti d’Albadé Abouba était fait de bric et de broc, d’une horde d’opportunistes qui profitaient de l’assise d’Albadé dans le système, pour se réaliser, mais incapables de porter l’idéal pour lequel il créait le MPR. C’était pour ainsi dire un cocktail explosif fait d’hommes qui n’ont jamais su s’aimer ; une certaine racaille qui ne vit que par ces calculs et par ces petits rêves de bijoux pour lesquels ils enviaient depuis des lustres, d’autres auxquels ils avaient hâte de ressembler. De Tillabéri à Niamey, en passant par Dosso, le parti d’Albadé est fait de ces hommes instables, capables de trahir à tout moment. Albadé a sans doute fini par comprendre que ses hommes n’étaient pas forcément dignes de confiance. Si la situation de Tillabéri et de Dosso sont dans la latence, à Niamey, les choses semblent se compliquer et se précipiter. Certains cadres du parti, depuis qu’ils étaient en conflit avec la direction du parti, sont rangés à la présidence, comme conseillers, et la promotion de ces « rebelles », ne pouvait pas rassurer Albadé. Il lui fallait donc veiller au grain pour s’éviter des surprises désagréables. Il n’a pas tort. Il connait ses hommes. Faits de paille.

Il a sans doute compris aussi qu’il avait des hommes qui voulaient lui créer la chienlit dans la section de Niamey et peut-être a-t-il compris qu’il ne pouvait plus longtemps, regarder faire. Il faut donc arrêter les comploteurs dans leur mission de sabordage et sauver son parti de griffes de ces hommes employés à défaire sa maison, comme d’autres l’avaient fait dans d’autres partis.

Aux grands maux, les grands remèdes… Comme c’est de mode, les deux factions partirent devant les juridictions, et pour une fois, le chef de parti eut raison. Il profita de l’aubaine pour sortir la grande artillerie, et booster hors de son parti des militants malfaisants. Ainsi des sanctions disciplinaires sont prononcées à l’encontre du président de la coordination de la Région de Niamey. Ainsi le sieur Amadou Salifou etson secrétaire général, M. HamidouGarba sont exclus pour six mois du parti. Les deux compères, dans leur aventure, sont ainsi rattrapés. Hier, les deux trahissaient Seini Oumarou, aujourd’hui, le sort les trahit. Et depuis leur exclusion, personne ne pouvait les entendre, assommés sans doute, par le coup de grâce que leur assénait l’intrépide Albadé. Une vie ne peut pas être faite que de trahison, de traitrise. Il y a à rester digne, surtout à un âge, quel que soit le prix à payer. Le virus est isolé.Jamhuriya respire mieux, débarrasser de ses « ganglions ».

Comment Albadé aurait-il pu hésiter à prendre ces lourdes sanctions, face à la « Gravité des actes posés » ? L’homme qui pouvait publiquement pleurer comme un enfant qui se découvre orphelin, peut-il franchement avoir la carrure d’un leader ? N’avait-il pas humilié ceux qui avaient cru en lui pour espérer vivre une épopée politique avec lui ? Le bureau politique n’a sans doute pas tort de les qualifier de « militants indélicats » dont le rôle finalement, est de comploter, de trahir, de se laisser manipuler. Ces turpitudes sèment trop de désordre dans le champ politique et il y a à faire payer à ces hommes et à ces femmes, désormais nombreux, qui, par leur veulerie, donnent une mauvaise image de notre démocratie.

Par où transhumer ?

Après l’aventure au Guriland, par où partir ? Qui peut encore faire confiance après tant de comportements déshonorants ? Peut-être qu’il ne reste plus qu’à prendre la carte du parti de Bazoum Mohamed, et pour l’oser, ils savent qu’ils ne peuvent conduire, comme troupeau de panurge, des militants aujourd’hui déroutés, ne sachant plus à qui faire confiance, et qui suivre pour de nouvelles aventures. Mais une disette ravage l’empire rose et le doute gagne les esprits.

Comme l’hyène aveugle des récits de DjadoSéko, les deux aventuriers en disgrâce, doivent faire face aux railleries d’un monde qui les regarde avec dédain.

Et commence, l’errance infernale…

ISAK.  

10 juin 2019
Source :  Le Nouveau Républicain

Imprimer