Gouvernement : Voilà pourquoi Brigi Rafini doit partir

Gouvernement : Voilà pourquoi Brigi Rafini doit partirA l'occasion du vote d'une motion de censure un député disait ceci : «Depuis que ce régime (le régime semi présidentiel) a été conçu peu de temps après le retour du Général de Gaule au pouvoir en France en 1958, jamais nulle part un Premier ministre ne sera resté au pouvoir autant d'années que l'actuel Premier ministre du Niger ", au prix " d'une perversion à laquelle notre pays a payé un tribut élevé «. « Le Premier ministre semble avoir pris en bail sa fonction pour toute la durée du double mandat du Président de la République. Du coup, le régime est privé de tous les mécanismes par lesquels il aurait pu transpirer et souffler «, a-t-il continué. Et de proposer, pour éviter l'usure, des changements périodiques. «Il s'ensuit en règle générale une usure rapide commandant des changements périodiques. Ce sont ces changements de chef de gouvernement scandant le mandat présidentiel qui suscitent périodiquement l'espoir, donnent de l'entrain et l'enthousiasme indispensable pour faire face aux défis. Ce sont ces changements réguliers qui donnent cours aux innovations, aux remises en cause des pratiques routinières ainsi qu'aux inepties qui les caractérisent. Chez nous, le Premier ministre a fait deux paris difficilement supportables : le pari de l'éternité et celui de la stagnation «.

Ces propos ne sont pas de Issaka Issoufou ou de Soumana Sanda, pas plus qu'ils ne sont de Mahamane Ousmane ou de Yacouba Ibrahim. Mais ce sont les propos tenus par le député Bazoum Mohamed le 31 mai 2007, à l'occasion du vote de la dernière motion de censure contre le gouvernement de Hama Amadou. Aujourd'hui Bazoum est membre d'un gouvernement qui est dans sa huitième (8ème) année. Sept (7) ans c'était trop. Que dire de huit (8) ans ? Bazoum n'est pas pour nous une référence, mais il ne nous parait pas superflu de rappeler ces propos qui constituaient l'unique cheval de bataille de l'opposition de l'époque. Parce que les deux gestions ne sont pas les mêmes. Jamais une gouvernance n'a été aussi catastrophique, scandaleuse et tendue dans la stagnation et l'éternité que celle de Brigi Rafini. C'est ce qu'ont souligné de vive voix les députés du groupe parlementaire Zam-Zam/Lumana- Hankuri et Kiishin Kasa, le jeudi 27 juin 2019 à l'Assemblée nationale. D'une main de maître, l'opposition qui ne totalise pourtant pas du nombre requis pour signer une motion de censure, a pu réunir les signatures nécessaires.

Mais sans surprise, elle a été rejetée par la majorité parlementaire fabriquée lors des élections de 2016, que le monde entier a qualifiée d'insolites et de tropicalisées. Hama Amadou, le challenger de Mahamadou Issoufou, ainsi que les responsables régionaux de son parti étaient tous en prison pour des faux dossiers. D'ailleurs, pour l'opposition, elles n'étaient ni plus ni moins qu'un braquage électoral, un holdup. La motion a été rejetée, parce que le combat n'est pas d'idées, mais de personnes. Ceux qui se faisaient passer pour des hommes de convictions, à idées, sont devenus aujourd'hui des bourgeois compradores. Les socialistes, marxistes léninistes, scandaleusement embourgeoisés, sont aujourd'hui dans le reniement total, au contact du pouvoir et des avantages qu'il procure. Mais l'opposition a eu le mérite, de mobiliser, contre toute attente du régime de la renaissance le nombre nécessaire pour le dépôt de la motion. Pour Soumana Sanda " ce n'est que le début d'un processus électoral de démantèlement de cette majorité de circonstance ". L'opposition parlementaire, avec à leur tête Le député Issoufou Issaka, a surtout saisi avec brio cette occasion pour mettre à nu la gestion catastrophique, sur fond de prédation des ressources nationales, de violations constantes des lois et règlements de la République, de harcèlement contre les opposants, les acteurs de la société civile et des journalistes. Les connexions de certains pontes de la Renaissance avec les milieux mafieux des narcotrafiquants et de trafiquants de tous genres ont été à plusieurs reprises soulignées de vive voix. Sur cette question, Bridji, qui en sait surement plus qu'il n'en faut, a préféré ne pas répondre aux questions des députés de l'opposition. Le narcotrafic, la renaissance n'en parle pas. Ce silence est assez éloquent. Les nigériens ont compris. Les scandales politicofinanciers jalonnent la gestion des affaires publiques depuis que Bridji " trône ", comme il le dit luimême, à la tête d'un gouvernement pléthorique et notoirement inefficace. L'insécurité est à son comble, les forces terroristes ayant pratiquement occupé les régions de Diffa et de Tillabéry devant un gouvernement amorphe qui ne se contente que de compter et d'enterrer les morts. Les secteurs sociaux de base sont en lambeaux, complètement abandonnées par les autorités. Huit ans de gouvernance, autant de fois dernier en termes d'Indice du développement humain : 187ème sur 187 pays classés par le PNUD. Rien de surprenant de la part d'un gouvernement surchargé, dont les ministres ne savent même pas pourquoi ils sont nommés, en dehors de leur " soutien aux actions du président de la République ". L'impunité est à son comble et nous assistons chaque jour que Dieu fait à une justice à double vitesse, une vicieuse rupture d'égalité des citoyens devant la loi. Voici pourquoi Birgi Rafini doit partir. Inamovibles, Birgi et son gouvernement ont tué l'espoir né après les élections de 2011. Routine, usure, affairisme et clientélisme caractérisent la gouvernance d'une équipe gouvernementale dans un régime semi-présidentiel, responsable de ce fait devant le peuple. Raison pour laquelle, " des changements périodiques sont nécessaires pour insuffler un nouvel espoir ", comme dirait l'autre. Mais Birgi s'éternise on ne sait pour quel agenda, et enfonce le pays chaque jour un peu plus dans l'abîme. C'est pourquoi les députés de l'opposition n'ont pas manqué d'évoquer les détournements massifs des deniers publics par les gouvernants, l'exclusion, le népotisme et le favoritisme, ainsi que les 2,5 milliards qu'aurait reçus Bazoum Mohamed dans une affaire de drogue, citant un journal de la sous-région. Il est temps d'arrêter la descente aux enfers du Niger. Birgi doit partir.

Bisso 

7 juillet 2019
Source : Le Courrier

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