Gouvernance politique et sociale : Hama Amadou met à nu Noma et consorts et fait la morale à Issoufou Mahamadou

aHama Amadou est sans conteste un as de la communication politique qu’il pratique avec discernement, justesse et efficience. Le 3 e congrès ordinaire de son parti, tenu le 4 août 2019 au palais des sports de Niamey a été une occasion supplémentaire de le vérifier. Dans un style dont il a, seul, le secret, Hama Amadou n’est pas passé par quatre chemins pour rappeler qu’en fin de compte, ce 3e congrès ordinaire est « en vérité, un congrès ordinaire qui se révèle finalement peu ordinaire, en ce qu’il est marqué par la volonté manifeste d’un homme d’entacher par tous les moyens sa légitimité et de semer au sein du parti les graines de la division et du chaos ». Cet home que Hama Amadou ne nomme pas, c’est Oumarou Noma qui a, durant des mois, installer un climat délétère au sein de Lumana en faisant en prenant des décisions unilatérales et contraires aux délibérations du bureau politique national, l’organe supérieur du parti entre deux congrès. Noma et consorts n’arrêtent pas pourtant de crier à tue-tête, même après l’assignation de Hama Amadou en justice dont il est l’auteur, qu’ils se battent pour lui. « Etrange soutien qui a pour finalité, à l’évidence, de confier mon destin d’homme politique à celui qui a cherché et obtenu ma déchéance à la tête du parti ». Hama Amadou ira plus loin dans cette posture plus que bizarre de Noma et de ses camarades qui ont, à Dosso, orné l’arène Salma Dan Rani aux couleurs d’un parti dont il est pourtant exclu par démission d’office constatée par le bureau politique national. En vérité, la démarche n’a rien d’insolite au Niger, les Nigériens ayant compris, tôt, où va Noma et pour le compte de qui. Mais ils sont sans doute estomaqués de constater que Noma Oumarou, Seyni Mereda, Amadou Sala sont encore plus pernicieux que tous ceux qu’ils ont eu à connaître sur la scène politique. Le bureau politique national du parti, les 25 députés que compte Lumana dans leur ensemble, les huit présidents régionaux, les délégations départementales et communales sont à Niamey ? Qu’importe, ils clament qu’ils représentent le parti et qu’ils agissent en son nom et pour son compte. Hama Amadou ne veut pas d’eux et met à nu leur supercherie ? Ils n’en ont cure et déclarent qu’il est leur candidat à l’élection présidentielle de 2021. La chose paraît sortir d’un asile de fous. Ça paraît si démentiel que Hama Amadou explique la situation en ces termes : « Tous mes efforts pour comprendre la logique et la pertinence de ce soutien hors normes butent contre la raison et le bon sens ». Et il ajoute : « C’est donc comme si on rassurait la vache en lui disant qu’on la conduit chez le boucher pour son bien ». Par ces mots de dépit, Hama Amadou a voulu sans doute étaler l’indécence qui caractérise l’action de Noma, Mereda et Sala dont la mauvaise foi, indéniable, ne les met uniquement à découvert par rapport à la mission poursuivie, mais les déshonore socialement. « Pourtant, l’adversité elle-même n’a pas encore réussi à me transformer en bête d’abattoir », avertit-il, histoire de dire, comme ce militant de Lumana, « qu’il faut bien plus que du vent pour faire tomber les pyramides ».

La logique démentielle de Noma et consorts Ces mises au point faites, Hama Amadou a clarifié, sans doute à l’attention du juge des référés et de tous ceux qui semblent mépriser le principe, que la délégation de pouvoir est personnelle et que « seul celui ou celle qui l’a donnée peut la retirer ou la maintenir ». Entrevoyant, au regard du contexte politique et des perspectives qui se dessinent, la possibilité d’une instrumentalisation de la justice pour continuer à armer le glaive que constitue Noma et ses camarades, Hama Amadou anticipe en avertissant que, dans ce cas de figure insolite et regrettable pour le Niger, « le délégataire nommé par l’Etat serait condamné à être accompagné en permanence par une centaine de policiers pour pouvoir simplement visiter le siège du Parti qu’il a la prétention de vouloir diriger contre l’agrément de ce dernier ». « A visiter le siège du parti ! » Belle illustration d’une posture dont les Nigériens ont déjà vu la manifestation à la fois tragique et comique avec un Noma Oumarou, démis d’office du parti mais qui s’est permis de procéder, sou bonne garde policière, à la fermeture du siège national. Hama Amadou ne le dit pour critiquer, il le dit parce qu’il a l’intime conviction que ceux qui entrepris de braver le bureau politique de son parti et qui ont, disent-ils, organisé un congrès sans bureau politique, sans députés, sans présidents et coordinations régionales, sont sans doute assurés de « récolter sans avoir semé ».

Mettre fin à la guerre de la terre brûlée

Rappelant, avec nostalgie, le passé politique récent du Niger où les usages reposaient sur un respect mutuel et la stricte observance de la tolérance politique, Ham Amadou a fait la leçon à Issoufou Mahamadou en disant que « le jeu partisan ne doit pas apparaître entre citoyens d’un même pays comme une guerre de Troie, dans laquelle la ville conquise n’est plus que décombres et désolation ». Précisant, à toutes fins utiles, que « la confrontation démocratique ne saurait non plus aboutir à une sorte de victoire à la Pyrrhus dont le gagnant n’est pas mieux loti que le perdant », le chef de file de l’opposition nigérienne a dit en appeler « au pouvoir en place et aux partis politiques de tous bords, je le dis sincèrement, sans aucune arrière-pensée ou calcul politique retors, et cela en ma seule qualité de citoyen nigérien convaincu, que le bonheur du Niger ne se fera jamais dans un climat de guerre perpétuelle ». Or, il se trouve que c’est la voie privilégiée par le pouvoir en place qui ne voit les choses que dans un rapport de force conflictuel, rassuré en cela de compter sur la force publique et non sur son bilan à la tête de l’Etat.

Le Niger ne peut continuer dans ce climat social et politique délétère

Indiquant que « notre pauvre pays a besoin d’un autre climat que celui qui prévaut », le chef de file de l’opposition a dit en parler « dans l’espoir que tous acceptent de revenir à l’esprit consensuel et au fair-play qui avaient, jusqu’à la fin de la dernière décennie, caractérisé les relations entre les partis politiques nigériens ». Le Conseil national de dialogue politique (Cndp) ? Il est évident que pour Hama Amadou, il est vidé de sa substance dès lors que le pouvoir actuel a substitué au consensus la loi du rapport de force. A-t-on besoin d’un Cndp alors que le nombre et la force du pouvoir d’Etat sont ce qu’il faut ? Hama Amadou est formel, le Niger n’a pas besoin de ce climat de conflit politique permanent, mais plutôt de « reconstruire son unité nationale pour faire face plus efficacement aux périls de plus en plus menaçants des groupes armés ». Si, sur ce point, il est remarquable de constater que son discours n’est pas éloigné de celui du Président Issoufou, l’on ne peut toutefois ignorer que le second a, jusqu’ici, pêché par son laxisme vis-à-vis des actes attentatoires à l’unité nationale et à la cohésion sociale, posés par des individus bien connus. Sanoussi Tambari Jackou fait partie de ces individus.

Un besoin de décrispation politique

Et pour ne point laisser le moindre doute sur les perspectives politiques auxquelles doivent s’obliger les acteurs politiques de tous bords, Hama Amadou souligne que le Niger « a besoin de décrispation sociale pour libérer les initiatives créatrices indispensables à l’épanouissement de son économie ». Véritable manifeste pour un autre Niger, celui que les Nigériens appellent de tous leurs voeux, le chef de file de l’opposition indique que notre pays « aspire à retrouver confiance et harmonie entre les citoyens et les institutions pourvoyeuses de service public ». « Il a besoin, conclue-t-il, de projeter dans le monde une autre image que celle du pays le plus pauvre du monde dont les habitants s’accroissent à une vitesse de métronome, rendant ainsi leur survie chaque jour un peu plus problématique ».

La leçon de gouvernance

La vision dégagée dans ce discours plein d’enseignements est que le chef de file de l’opposition se projette lui-même dans l’avenir. Un avenir auquel i invite, non seulement le Président Issoufou et son gouvernement, mais également ses compatriotes qui doivent nécessairement comprendre les enjeux liés aux problématiques de l’accroissement démographique et de la pauvreté croissante. Tout est clair. Alors qu’on l’attendait sur le front de la fronde et de la diatribe, notamment contre Oumarou Noma et consorts, le chef de file de l’opposition nigérienne a carrément pris tout le monde à contrepied. Dans une adresse qui s’apparente au message à la nation d’un chef d’Etat, Hama Amadou brillé, comme d’habitude, par un discours clair, limpide et agréable à écouter, mais il a fait plus. Il a fait la morale au Président Issoufou qui, suggère-t-il, doit travailler à rassembler plutôt qu’à diviser. Le langage, châtié, ne le dit pas de façon aussi brute et provocatrice, si bien qu’à l’écouter, Issoufou Mahamadou ne peut se dérober à un devoir d’introspection. À moins de deux ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, le Président Issoufou est placé devant ses responsabilités de travailler à laisser un Niger uni, travailleur et jaloux de son image à l’extérieur. Un Niger qui doit plutôt travailler que de perdre son potentiel, énorme, à la discorde et aux disputes inutiles.

Doudou Amadou

14 août 2019
Publié le 07 août 2019
Source : Le Monde d’Aujourd’hui  

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