Discorde à la MRN : Sanoussi Jackou dénonce le code électoral et le président de la CENI

Discorde à la MRN : Sanoussi Jackou dénonce le code électoral et le président de la CENIDiscorde à la MRN Sanoussi Jackou dénonce le code électoral et le président de la CENI Sanoussi Tambari Jackou n’est pas à présenter aux Nigériens. L’homme – un vétéran de la politique au Niger – est connu pour ses communications fracassantes, pour ses combats anti-impérialistes, pour sa verve caustique. Il n’a jamais su se taire chaque fois que pour lui, des situations sont devenues inacceptables. Il est un des hommes politiques qui n’a jamais fait mystère de ses prises de position, et considéré à tort ou à raison comme trop bavard, STJ, président du PNAAL Oumah, est une des grandes voix bien connues des Nigériens.

On peut se rappeler qu’au temps de l’AFC dont il avait été un des acteurs de premier plan, c’était lui qui, malgré qu’il soit du camp du pouvoir, sortait, confortant une opposition dans ses allégations très critiques vis-à-vis du régime du Tchendji système que conduisait la CDS, pour décrier le Woassosso, une gestion « calamiteuse » faite de gabegie et de pillage systématique des deniers publics qu’il dénonçait alors avec véhémence ; ce que lui reprochait le journaliste et écrivain ivoirien Bernard Doza pour qui, « l’on ne crache pas dans la soupe qu’on mange », lui demandant s’il ne peut se taire, de démissionner pour mieux donner sens à ses combats et à ses dénonciations. Mais on ne comprit jamais le cri de gueule de l’homme, bien de Nigériens ne pouvant comprendre qu’on soit aussi en déphasage avec son propre système pour dénoncer ses. tares, refusant d’être le complice muet des dérives d’un système. Ailleurs, quand on n’est pas d’accord, on prend ses clics et ses clacs et on s’en va pour s’assumer. C’est d’ailleurs cela que l’éthique politique aurait voulu en appelant les hommes à ne pas soutenir aveuglément surtout lorsque ça va mal et que les intérêts de la nation sont en jeu.

Depuis 2011, il est avec Issoufou Mahamadou dont il est un des conseillers qu’il a gardés avec lui depuis près de neuf ans aujourd’hui, témoignant, si besoin est, des complicités étroites qu’il y a entre les deux hommes qui ont marché ensemble depuis plus d’une décennie. Pour autant, est-il possible pour son partenaire politique de savoir contrôler ses discours pour éviter ces dérives verbales qui peuvent ne pas plaire et même fâcher un ami ? STJ ne semble pas être un homme du genre…

Un homme après tout trop sincère ?

Depuis la démocratie, tout en lui faisant l’économie de certaines dérives désobligeantes, l’on peut retenir que l’homme n’a pas la langue dans la poche et ne se fait pas prier pour dire ses « vérités », fussent-elles blessantes. Ainsi, l’avait-on vu râler, après les élections de 2016, contestant des résultats, et disant même que des élections n’ont jamais été aussi tronquées dans le pays que celles-là, car ne pouvant comprendre qu’il n’ait aucune voix même dans un bureau où son parti est représenté avec au moins un délégué qui aurait pu lui assurer une voix. Il n’était d’ailleurs pas seul à contester ces élections, et on se rappelle que Sala Habi avait aussi exprimé toute son indignation pour des élections bancales où la machine de la fraude avait été huilée pour jouer immensément à truquer les résultats ; et c’est vrai, tout le monde s’en est rendu compte, car aucun parti dans le pays, dans des élections normales, ne peut avoir le nombre de députés que le PNDS s’était taillé pour certainement avoir une majorité qui le dispenserait d’alliance mais étourdi dans ses calculs rapides nuitamment opérés il a manqué du peu pour avoir à gouverner seul et ne pas avoir à souffrir des humeurs d’alliés qui pourraient lui imposer des partages et des caprices. Mais les acteurs politiques ne purent jamais comprendre cette ambition hégémonique du PNDS qui, par égoïsme, souffrirait tant de partager le pouvoir car, insatisfait, peut-on l’imaginer, de ne pas pouvoir toujours tout manigancer seul pour avoir à profiter des rentes du pouvoir dans l’opacité. Ainsi, ceux qui avaient eu l’audace de dénoncer les élections de 2016, finirent par se ranger on ne sait sous quelle injonction pour laisser passer l’arnaque électorale et ne pas déranger un « ami » politique qui a rusé à les mettre en marge et devant le fait accompli, devant le « crime orchestré ».

Et voici que les prochaines élections se profilent à l’horizon, enflammant le débat politique dans le pays qui divise profondément la classe politique en plusieurs catégories. Á côté de ceux qui constituent les deux pôles dialectiques du débat, à savoir ceux qui sont pour le processus tel qu’il est conduit car faisant leur affaire et ceux qui, opposants notoirement connus, le rejettent en bloc, sentant venir une autre arnaque, il y a également ceux qui, dans le fait, ne l’acceptent pas mais qui n’ont pas le courage de s’assumer et ces autres, sans ambition et sans vision qui ont fait le choix de vendre leur conscience pour faire plaisir au système, défendant ainsi leur pitance, leur part de gâteau.

Si le MNSD, à travers son président, au congrès qu’il a organisé à Tahoua il y a quelques semaines, comme pour. tromper les congressistes et les frondeurs tapis dans l’ombre et avoir leur confiance juste le temps des assises quand bien d’hommes et de femmes du parti commençaient à douter de lui et de son leadership, annonçait de manière fracassante sont rejet du code électoral, appelant pour des élections inclusives et justes, l’on n’est que très surpris du comportement de Seini Oumarou qu’on démarcherait pour l’amener à renoncer à ses ambitions présidentielles pour trahir son parti et son congrès, toute chose qu’un communiqué timidement publié ne réussit pas à démentir pour dissiper les inquiétudes légitimes des militants et des structures du parti qui risquent de se voir floués au nom d’intérêts personnels du chef du parti qui seraient négociés en haut lieu, sur le dos du parti devenu un moyen dérisoire pour marchander la promotion de son chef. Faut-il croire que l’ancien président de la section MNSD Nassara de Tillabéri n’ayant pas d’ambition politique, serait rentrer dans l’histoire, en « tuant » le grand baobab, perpétrant ce crime écologique, pardon politique ? Quel crime serait pour lui d’avoir réussi une telle prouesse, si c’en est une ! Triste et tragique sort pour un aussi grand et beau parti !

L’on sait que les acteurs politiques sont nombreux à ne pas accepter les conditions dans lesquelles, les socialistes, pour perpétrer un autre hold-up, voudraient organiser les prochaines élections dans le pays. C’est au congrès du MNRD-HANKURI que l’on devait entendre, le président de PNA-Al Oumah, exprimant son rejet du code électoral et faisant bien d’autres révélations sur le président de la CENI ; informations qui le discréditent. davantage aux yeux de l’opinion car on aura compris, par ces petits jeux, qu’il n’est pas prêt de jouer à la transparence, travaillant dans une logique qui ne trompe plus personne. Faut-il croire encore une fois qu’il ne s’agit que d’une autre diversion, pour, après avoir monté les enchères, se taire, ne pouvant aller au bout de sa logique ? Pourquoi d’ailleurs avoir attendu, sachant que cela fait de longs mois que le débat fait rage, l’opportunité du congrès d’un autre parti pour oser cette parole qui surprend et étonne, mais véridique dans son fond ? On est tenté de le croire car pourquoi accuser des « grands partis » d’être à la manoeuvre quand pourtant, il sait que ceux qu’il prend à témoin, notamment le parti de Mamane Ousmane et de Hama Amadou, ne sont plus dans la concertation politique depuis des années ? Comment donc, peut-il accuser ces partis de comploter « clandestinement et secrètement » et notamment pour cumuler les deux élections – présidentielles et législatives – par lesquelles, par expérience, l’on sait qu’il est facile d’abuser de la naïveté des électeurs, ce qui en vérité, n’est pas faux, faut-il le lui concéder. Au nom de quoi, peut-il croire que tous les grands partis sont dans la manoeuvre ? Il n’est que trop facile de faire croire que « les grands partis, lorsqu’il s’agit de leurs intérêts s’entendent toujours entre eux, contre les petits partis » alors même que ces grands partis ne demandent rien d’autre que de créer les conditions d’élections transparentes où chaque parti et chaque leader par leur représentativité, verront sortir d’urnes transparentes leur réel poids incontestable. Et ce n’est pas trop demander à des hommes qui se targuent d’être des démocrates !

« Nous ne sommes pas d’accord… »

Ladan Tchana n’avait pas dit plus que cela : le refus, en l’état du code électoral et d’une CENI hautement partisane dont les personnalités qui la composent, dans leur écrasante majorité, n’inspirent aucune confiance aux Nigériens et aux partis politiques. Faut-il alors comprendre que la prétendue majorité s’effrite après cette autre voix discordante qui pourrait être déroutée par le jeu trop trouble dans lequel le président sortant est en train de s’embourber ? Est-il possible qu’on entendre sa voix indignée venant des entrailles du pouvoir, pour reprendre son néologisme, à « démagouiller » ? Rien n’est moins sûr…

Réel malaise….

Il est désormais clair que la CENI et le code électoral dont elle peut se prévaloir, ne font pas consensus et divisent aujourd’hui les acteurs politiques, alors même qu’un clan du pouvoir – les caciques – refuse tout dialogue qui pourrait permettre de s’entendre sur un minimum qui préserve la quiétude sociale. C’est d’autant réel qu’aujourd’hui, ce n’est pas que l’opposition qui conteste le processus : libérés de leur asservissement, l’on sait qu’ils seront nombreux, les partis et les leaders suivistes et opportunistes à relever et à réfuter l’iniquité des élections que l’on voudrait organiser au forceps aux Nigériens. Il y a à craindre pour ce pays quand on sait que le régime lui-même risque de se perdre dans le labyrinthe dans lequel ses gros calculs sont en train de l’empêtrer. La dernière intervention du président au Nigéria, au siège de la CEDEAO dont il assure depuis des semaines la présidence en exercice, pouvaitelle être un gage de bonne volonté ? Sans doute qu’il ne s’agit là que d’une énième démagogie à laquelle, du reste, on a habitué les Nigériens, pour tromper une opinion internationale sur ce qui serait les bonnes dispositions du régime comme en 2016, avec cette profession de foi par laquelle on annonçait que des élections tropicalisées seraient un échec personnel qu’on ne saurait accepter. Et pourtant…

Les prochaines élections nigériennes sont en danger, potentiellement explosives. Ce que Sanoussi Jackou a pu dire sur les derniers comportements du président de la CENI sont graves et très compromettants pour ne plus amener l’opposition qui le contestait déjà à accepter la structure électorale controversée qu’il conduit, avec aujourd’hui des comportements qui le discréditent. Comme quoi, ce n’est pas que des dispositions du code qu’il dénonce, mais aussi des comportements du président de la CENI qui ne rassurent pas comme s’il devait être dans l’exécution d’un autre agenda.

Dès lors, il n’y a plus de choix pour la classe politique que d’imposer à ceux qui s’y refusent, désormais minoritaires, un dialogue franc pour que les règles du jeu pour les élections de 2020-2021 soient les plus claires et les plus pertinentes possibles.

Pourquoi d’ailleurs ce PNDS, si puissant et si rassuré de sa «grandeur» – si tant est cela donne quelque sérénité – semble avoir tant de frayeur, tant peur d’élections justes et équitables ?

Le pays est sur les marches de l’incertitude.

A.I

19 septembre 2019
Publié le 09 septembre
Source : Le Canard En Furie

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