Représailles contre le directeur général de la Sonidep : Ibrahim Nomao paie de son fauteuil les révélations sur la fraude d’hydrocarbures au profit de la base militaire américaine

Ibrahim Nomao Sonidep Les révélations sur la fraude d’hydrocarbures en provenance du Ghana pour le compte de la base militaire américaine au Niger et parrainée par l’ambassade du Niger au Ghana ont fait des victimes dans les milieux de l’administration pétrolière. Soupçonné d’être à la base des informations publiées par le Courrier, Ibrahim Nomao, directeur général de la Société nigérienne de produits pétroliers (Sonidep), a vu son juteux poste lui échapper à l’issue du conseil des ministres du vendredi 20 septembre 2019. Débarqué de la direction générale de la Sonidep, Ibrahim Nomao a néanmoins obtenu un lot de consolation puisqu’on l’a fait échouer à la tête de l’ARSE [Autorité de régulation du secteur de l’énergie], une structure qui, si elle est prépondérante du point de vue des missions, ne rime toutefois à rien dans le contexte de gestion opaque, d’absence de reddition de comptes et d’impunité totale qui règne dans la gestion des affaires publiques. Il sait, lui Nomao, pour être de l’intérieur, qu’on lui a refilé une coquille vide. Il a ainsi subi les représailles de sa hiérarchie, furieuse de découvrir les révélations du Courrier.

La Halcia, muette comme une carpe, malgré la gravité de la fraude

Ibrahim Nomao, qui a été, selon nos informations, approché dans un premier temps dans le cadre de ce deal, a peut-être commis la. maladresse d’opposer quelque restriction à l’exécution du contrat ou même posé des conditions inadmissibles pour les commanditaires de l’Affaire. De là à le soupçonner d’avoir vendu la mèche, il n’y a qu’un pas que le gouvernement a allègrement franchi le 20 septembre. Son départ de la Sonidep laisse à ceux qui ont décidé de le faire partir un sentiment de revanche. Mais cela n’efface pas le deal frauduleux dans lequel est impliquée la base militaire américaine au Niger. Une dénonciation a été d’ailleurs été faite auprès de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia), mais à ce jour, a indiqué l’auteur de la dénonciation, aucun signe d’intervention de l’institution. Désabusé, il dit avoir découvert que la Halcia ne traque que le menu fretin ; autrement dit, les petits types sans référence. Malgré, donc, la gravité de la fraude, la Halcia reste l’arme au pied. L’affaire concerne tout de même l’ambassadeur du Niger au Ghana, un plus-que-proche du Président Issoufou Mahamadou et implique un pays qui fait dans la morale et les leçons de conduite en matière de corruption et de fraudes assimilées.

Du carburant importé du Ghana pour la base américaine au Niger

Pour rappel, dans deux articles précédents, le courrier a fait cas d’une fraude d’hydrocarbures à bord d’une douzaine de camions citernes en provenance du Ghana. Le Niger produit du pétrole et brut et raffiné depuis 2011. Ces camions citernes approvisionnent la base militaire américaine basée à Agadez, dans le nord du pays, en carburant sur la base d’un contrat frauduleux qui contourne la Sonidep et qui la met devant le fait accompli, sans aucun moyen de s’y opposer.

C’est l’ambassadeur du Niger au Ghana, Alhousseïni Ousmane, qui a fait signer en son nom, un sauf-conduit aux conducteurs des camions citernes ghanéens, ce qui leur permet de passer sans embûches les frontières du Ghana d’abord, puis celles du Togo, du Bénin et du Niger dont les autorités civiles et militaires sont priées de les laisser passer et de leur faciliter la progression du convoi. Le conseiller de l’ambassade, Dan Barma Aboubacar, qui a signé sur instruction de l’ambassadeur Ousmane, indique par ailleurs sur le document dont sont munis les conducteurs des camions citernes, que ledit convoi transporte du carburant pour la base américaine au Niger. Une mention qui a dû certainement faire sourire de dépit les douaniers ghanéens, togolais et béninois. Quant aux douaniers nigériens, ils ont eu le choc de leur vie en découvrant que ces camions citernes ghanéens importent du carburant pour le compte de la base militaire américaine depuis…le Ghana et non pas la Soraz.

L’image des Etats Unis prend un sacré coup

Il n’y a qu’au Niger sans doute où le gouvernement va acheter ailleurs ce qu’il produit. Si Ibrahim Nomao a été éjecté de son fauteuil de directeur général de la Sonidep parce que l’information sur cette fraude s’est retrouvée dans les colonnes du courrier, il reste que la fraude ne s’est pas pour autant arrêtée. Si l’achat frauduleux de carburant à l’extérieur, sans aucune autorisation préalable de la Sonidep, est un acte de trahison contre le Niger dont l’économie accuse un manque à gagner important, il reste que l’affaire n’épargne pas également les Etats Unis dont l’image d’administration intègre prend un sacré coup.

Laboukoye

06 octobre 2019
Source : Le Courrier

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