Dialogue politique sur le processus électoral : Qu’est-ce que l’Apr a finalement gagné ?

Le jeudi 10 octobre 2019, sous la houlette du Mnsd Nassara, l’Alliance pour la République (Apr) a adressé une lettre au Premier ministre, président du Conseil nationale de dialogue politique (Cndp) en vue de le voir convoquer une session extraordinaire dudit conseil pour plancher sur les difficultés constatées dans la conduite du processus électoral. Sur un ton qui épouse plus les contours de la sommation que de l’invite cordiale, l’Apr a écrit d’entrée de jeu, que « depuis l’installation de la CEni, l’Apr n’a cessé d’attirer l’attention du bureau de ladite institution sur la lenteur du processus électoral, notamment, en son volet élaboration du fichier électoral biométrique ». Une mention qui fait foi de la déception, voire, du scepticisme de l’Apr quant à l’aboutissement heureux du processus électoral. Mais le coup de gueule du Mnsd Nassara et de ses alliés n’a pas prospéré. Ils ont exigé la tenue d’une session extraordinaire, mais ils ont dû attendre, impuissants, le bon vouloir du Pnds. Brigi Rafini n’a pas obtempéré à la sommation de l’Apr. Il a attendu, tranquille et serein, la date convenue pour la tenue d’une session ordinaire du Cndp pour convier les partis politiques à...un échange d’informations sur le processus électoral. Seïni Oumarou et les siens ont dû se contenter de cette session ordinaire qui ne prend d’ailleurs pas en compte les points qu’ils auraient souhaité voir inscrits à l’ordre du jour. Alors que l’Apr veut discuter, entre autres, de la délivrance des pièces d’état civil qui n’est pas effective dans presque toutes les régions du Niger, notamment, à Tillabéry et à Dosso où elle est à moins de 50% des prévisions de la CENI », Brigi Rafini leur oppose vaguement « information sur le processus électoral », histoire sans doute de ne pas donner l’impression d’avoir cédé à l’injonction de Seïni Oumarou et de ses alliés.
Brigi Rafini dans les locaux du secrétariat permanent du Cndp, la veille de la réunion Tenue le jeudi 10 octobre 2019, la session ordinaire, telle que l’a voulue Brigi Rafini, s’est effectivement tenue dans la salle habituelle des banquets du Cabinet du Premier ministre. Une session qui regroupé tant les partis formellement constitués que des partis qui n’ont pas encore fait leur congrès constitutif. La veille de cette réunion du Cndp, des sources ont signalé au Canard en furie la présence du président du Cndp, Brigi Rafini, dans les locaux du Secrétariat permanent dudit conseil où il est resté l’hôte de Yahaya Garba jusqu’après la prière d’Isha. Qu’est-ce qui a motivé un tel déplacement ? La revue du compte-rendu de la session de10 octobre ou la préparation de la session du lendemain ? Pourquoi est-ce le président du Cndp qui se déplace alors qu’il lui est loisible de convoquer le secrétaire permanent ? Quoi qu’il en soit, le Cndp s’est tenu, sur fond de confirmations des problèmes et préoccupations soulevées par l’Apr. Des problèmes techniques, liées au déploiment des opérateurs et à la configuration des tablettes, entre autres, ont été reconnues. Le président de la Ceni, Issaka Souna, a rassuré quant à la reprise du processus au plus tard le 15 octobre 2019. Quant au ministre de la Justice, Mmarou Amadou, il a déclaré que la signature des pièces d’état-civil reprendra et qu’en tout état de cause, les quelques cas de blocage ne peuvent impacter le processus d’enrôlement. Des réponses vagues qui ne rassurent guère les acteurs et les observateurs du processus électoral.


L’Apr, silencieuse comme une carpe après la réunion du Cndp

Au sortir de la session du Cndp, l’Apr, dont l’opinion publique a attendu un feed-back en vue de statuer sur le sort réservé à ses préoccupations, n’a pas encore pipé mot de ces discussions cruciales. Par contre, Ousseïni Salatou, président du parti Labizé et porte-parole de l’Apr, s’est prononcé sur la question. Contacté par nos soins en vue d’éclairer la lanterne des Nigériens, Ousseïni Salatou a déclaré en substance que le Cndp et la Ceni ont formellement reconnu l’existence de plusieurs problèmes qui plombent le processus électoral. Des problèmes d’une délicatesse certaine d’autant plus que le retard dans l’exécution du calendrier électoral ne fait que s’accumuler davantage. Pire, de l’avis de Salatou, l’Apr est loin d’être rassurée. Il y a même de quoi s’inquiéter puisqu’il a été souligné, au cours de cette réunion du Cndp, que la Ceni, à défaut de pouvoir réaliser le fichier électoral biométrique, va recourir, s’il le faut, au fichier électoral classique. C’est la principale information de la réunion. Dans l’esprit de la plupart des participants à cette réunion, elle sonne le glas du fichier électoral biométrique. Pourtant, aucun acteur politique n’a cru devoir dénoncer une telle éventualité. Ainsi, comme dans la logique qui a prévalu dans le cadre du processus électoral de 2016, le fichier électoral biométrique risque de demeurer une chimère. L’Apr, si furieuse par le contenu de sa lettre du..., n’a pas non plus fait le moindre commentaire sur le sujet. Les alliés se sont compris, dit une source.

Désertion massive des agents d’enrôlement et tablettes et Pc non configurés
Les alertes et les mises en garde de l’Apr ont donc connu un épilogue. S’il n’est pas conforme aux exigences d’un processus électoral rigoureux, avec à la clé des règles de jeu établies en vue de garantir la compétition électorale des acteurs dans l’égalité, l’Apr semble s’y résigner tout de même. En fait, elle n’a, dès le départ, aucune chance d’être écoutée par le Pnds. La lettre par laquelle elle a exigé la convocation d’une session extraordinaire a été perçue, du côté du Pnds, comme un simple coup de gueule auquel il est habitué. Et qu’il sait manifestement gérer. Aux incertitudes se sont désormais greffées des certitudes quant à des difficultés majeures qui entravent l’élaboration du fichier électoral biométrique. Outre celles qui ont été reconnues par le Cndp, il y a également la désertion continue des agents d’enrôlement. Face à une situation prévisible que l’on peut aisément imaginer à travers les lignes du contrat signé par ces agents recruteurs, la Ceni est désemparée. Elle a complètement perdu le contrôle des opérations qui tardent à démarrer. Dans la région de Tillabéry, notamment à Simiri et à Ouallam, le député Diarra de Lumana a informé l’opinion que tous les agents d’enrôlement affectés dans les-dites localités ont déserté leurs lieux d’affectation et regagné Niamey. Sans avoir enregistré le moindre électeur. Le cas de Simiri et de Ouallam n’est pas, malheureusement, isolé. Un peu partout, dans les régions concernées par cette première phase, les recruteurs, face à l’inertie de la Ceni, sont en train de fuir. Certains ont été convoyés dans les localités qu’ils doivent couvrir depuis le 4 octobre. 1à jours après, ils sont toujours au point zéro.

Le Mnsd et l’Apr, condamnés à jouer aux figurants
À la lumière des constats dégagés lors de la réunion du Cndp et au regard de la désertion continue des agents d’enrôlement, le gouvernement a recouru aux appelés du service civique national. Des appelés du service civique national qu’il a mis à la disposition de la Ceni d’octobre 2019 à mars 2020, soit jusqu’à la tenue des élections locales. Ce recours aux appelés du service civique national prouve à suffisance le degré de l’hémorragie que subit la Ceni sur le terrain. À quelques 12 mois de la date retenue pour la tenue des élections locales, le processus électoral nigérien fait peur. L’Apr, constitué du Mnsd et de quelques petits partis sans grande obédience, n’a pas peut-être pas les moyens de son combat politique. Désormais arrimé au Pnds, le Mnsd, qui en constitue la tête de pont, est condamné, selon plusieurs sources, à jouer aux figurants. Quant à l’opérateur technique Gemalto, il étale l’étendue de son incompétence, confirmant les nombreux doutes émis à son encontre dès le départ.
Doudou Amadou

20 octobre 2019
Source : Le Canard en Furie

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